SCÈNE PREMIÈRE
APFIUS, Licteurs dans le fond du théâtre.
AFPIU5.
Licteurs, laissez-moi. Veillez avec respect autour de la jeune beauté a qui ce palais sert d'asile ; dissipez un peuple tumultueux; punissez sans ménagement la main téméraire qui oserait se lever sur elle. Allez : qu'on ne laisse entrer personne; n ouvrez qu'au seul Claudius. ( Les licteurs sortent.) (dprès un instant de silence.) Ta course est déjà avancée, ô nuit silencieuse! et Appius n*a pas encore goûté le repos ! Semblable à une mer orageuse , son àme est agitée par mille sentimcns divers: l'amour, l'orgueil, la honte, le désespoir, l'ambition, sans cesse réprimés, y renaissent toujours. Quel souvenir ton regard, Virginie» a réveillé dans raon cœur! quels sentïmens!.,, Ali ! barbare! peuvent-ils appartenir au tyran, à l'oppresseur de son pays, à un meurtrier? Je ne suis plus, Virginie, cet Appius dont lu faisais la félicité, dans le temps ou Rome voyait avec espérance
i26 VIRGINIE,
mes premières vertus. 0 repos du cœur que j'ai perdu! sort cruel et mérité, seul fruit des crimes de l'ambition! Je suis puissant,.... mais suis-je heureux ? 0 dieux ! à quel prix j'ai acheté le mépris de moi-même et la haine de tous ! Sera-ce en vain que je secouerai toujours ma chaîne? et suis-je condamné à conserver une puissance qui me fait horreur? faut-il que je sois sans cesse entraîné par des conseils perfides?.... Qui s'approche? Quoi! Claudius est déjà de retour du camp! Je pressens, barbare, la nouvelle que tu m'apportes ! mais les bornes du crime sont posées; ma résolution e&t prise.