ACTE I, SCÈNE IL
La mort de Sicinius est jurée. Une sortie est projetée; et au fort de la mêlée, abandonné des siens parmi les glaives ennemis...
Je le vois; le succès n'est point douteux : c'est l'effet de ton zèle. Épargne-moi le reste.
CLAUDIOS.
Bientôt l'orgueilleuse Rome , à vos pieds, se verra toute entière enchaînée au joug de votre autorité. L'abolition du tribunat augmente chaque jour votre puissance; le sénat tremblant vous flatte ou se tait. Des dix maîtres que Rome voit avec effroi , toute la force réside en vous. Votre nom , le premier parmi ceux des décemvirs, redouté dans Rome, commande dans les camps ; et bientôt ceux-mémes qui partagent votre pouvoir ne seront plus vos égaux. Sicinius, dont l'activité pouvait vous nuire , va cesser de voir le jour, et vous laisser seul au faîte de la grandeur.
Achetée,.... ne l'oublie point, achetée par des crimes. Eh bien ! tu as vu l'armée : as-tu cherché à connaître jusqu'où je puis compter sur sa fidélité ? Sicinius captive-t-il toujours la confiance et l'amour du soldat ? Là loi que j'ai proposée sur le mariage des patriciens est-elle approuvée ou rejetée ? M arcius conserve-t-il assez de pouvoir pour soutenir utilement mes projets ? Virginius est-il écouté? sa haine pour moi est-elle toujours la même? connaît-il la violence que le peuple a exercée contre sa maison ravagée, anéantie?
128 VIRGINIE,
CLADDIUS.
La renommée Ta instruit de son danger, mais il ignorait encore quelles en avaient été les suites. Je ne m attendais point à trouver sa demeure dans l'état où elle a frappé mes regards ; vous voyez pe que peut sur le peuple votre moindre désir,
Ami , ce crime était loin de ma pensée. Une poignée d'or a égaré la fureur du peuple; le même jour Ta vue naître et mourir.
CLAUDIDS.
Tout dépend quelquefois d'un seul jour. Oui, seigneur, la mort de Sicinius découragera son parti, et le laissera sans chef. Virginius, abandonné à luimême sur le déclin de ses jours , descendra dans la nuit du tombeau oublié, et sans vengeance. Ce faible roseau s'agitera seul dans le désert. Il n'a plus que le parti du silence. On connaît l'humeur farouche de ce soldat, toujours prêt à s'armer contre le pouvoir, et nul n'est disposé à la seconder; on ne regarde ses éternels murmures que comme l'effet d'une longue et vaine habitude. On n'ignore pas non plus l'amour que vous avait inspiré sa fille, comment vous l'avez surmonté, et de quelle manière Virginius s'en est vengé. Rome , qui connaît toutes ces. circonstances, est charmée du zèle que vous montrez à vous soumettre le premier à vos lois* Le sang de Virginius ne peut plus s'unir au vôtre; mais le sacrifice d'une amante a affermi votre autorité-dans Rome. Vous savez combien elle est peu stable;