‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 96 sur 310 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

n'importe ; achevez sans crainte votre ouvrage et cette loi projetée; l'heure est venue,,..

Jamais elle ne fut plus éloignée pour cette loi.

CLAUDIUS

Comment ? lorsque Sïcinius n est plus , et que les Romains portent des fers ?

a p pi us.

Ah, Claudius! heureux celui qui, sans ambition , a confie son existence ignorée à une humble chaumière (,); qui ne s'est point exposé aux regards du monde pour être à chaque pas ballotté entre le crime et la vertu; et qui, né sans le courage de braver la haine eu inspirant la terreur, n'a point sacrifié, comme moi, sa félicité à son ambition!

claudius.

Je ne reviens pas de mon étonneraent. Ou tend ce discours? quand ces tourmens ont-ils commencé pour Appïus?

Il est, je te l'avoue, des instans où les sentimens de la nature, étouffés dans mon cœur, s y réveillent. Les honneurs consolent peu un tyran du sacrifice de son repos : à quelque hauteur qu il atteigne, il existe encore des êtres aux yeux desquels il voudrait passer pour vertueux.

claudius.

Cessez d avilir votre gloire par un si étrange langage; elhgf vous absout des crimes que votre vertu

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i3o VIRGINIE,

se reproche, Qu'a donc fait Appius, que Valérius et Brutus ne lui en eussent donné l'exemple ? Patriciens comme vous, quel droit avaient-ils de renverser le trône et de changer la forme du gouvernement de Rome? Nés pour les hautes dignités, ils se sont élevés comme vous ; un abus leur a suffi pour s'emparer des rênes de l'état , et Appius en a trouvé mille. Chaque héros cherche à illustrer son nom. Celui qui craint d'opprimer est sûr d'être opprimé : nous porterions encore le joug de Tarquin sans le courage de Brutus; sans vous l'état nagerait dans le sang des citoyens , et Rome , en proie aux factions qui la déchirent , a besoin d'un maître. Cessez de croire qu'on puisse jamais s'emparer du pouvoir sans faire des victimes. Vous agissez comme tant d'autres ont agi avant vous. Sicinius fomentait sans cesse des troubles ; il calomnia votre valeur , voulut ternir votre gloire , et vous accusa de la perte de deux batailles : votre puissance était comprimée ; la tranquillité publique en souffrait ; une ruse nécessaire vous venge ainsi que Rome. Vous avez apaisé le dépit de Sicinius en lui donnant un commandement; il; 1a accepté; sa perte assurera votre repos, , , *

Arrête , Claudius I accuse-moi si tu veux de faiblesse ; mais je dois révoquer l'ordre de cet assassinat. Il en est temps encore , sauvons Sicinius. Je me suis fait assez haïr , assez de sang a coulé pour moi ; je dédaigne une puissance achetée par des cruautés. Empêchons ce meurtre ; épargnons-nous un crime de plus. *

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