‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 38 sur 81 · Voyez le Voyage d*Ole<irius» Paris, 1650, t. I, p · texte numérisé non relu

Voyez le Voyage d*Ole<irius» Paris, 1650, t. I, p

de belle apparence. La bonne température de leur climat et la sobriété dans laquelle on les élève ne contribuent pas peu à leur beauté corporelle ; ils ne la tiennent pas de leurs pères, car, sans le mélange dont je viens de parler, les gens de qualité de Perse seraient les plus laids hommes du monde, puisqu'ils sont originaires de la Tartarie, dont les habitants sont, comme nous Tavons dit, laids, mal faits et grossiers ; ils sont au contraire fort polis et ont beaucoup d'esprit; leur imagination est vive, prompte et fertile, leur mémoire aisée et féconde ; ils ont beaucoup de dispositions pour les sciences et les arts libéraux et mécaniques, ils en ont aussi beaucoup pour les armes ; ils aiment la gloire, ou la vanité qui en est la fausse image; leur naturel est pliant et souple, leur esprit facile et intrigant; ils sont galants, même voluptueux ; ils aiment le luxe, la dépense, et ils s'y livrent jusqu'à la prodigalité: aussi n'entendent- ils ni l'économie ni le commerce. (Voyez les Voyages de Chardin, Amst., 1711, t. II, p. 34.)

Ils sont en général assez sobres, et cependant immodérés dans la quantité de fruits qu'ils mangent ; il est fort ordinaire de leur voir manger un man de melons, c'està-dire douze livres pesant ; il y en a même qui en mangent trois ou quatre mans : aussi en meurt-il quantité par les excès des fruits * .

On voit en Perse ime grande quantité de belles femmes de toutes couleurs, car les marchands qui les amènent de tous les côtés choisissent les plus belles. Les blanches viennent de Pologne, de Moscovie, de Circassie, de Géorgie et des frontières de la grande Tartarie ; les basanées, des terres du Grand Mogol et de celles du roi de Golconde , et

1. Voyez les Voyages de Thevenot. Paris, 1604, t. II, p. 181.

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du roi de Visapour ; et, pour les noires, elles viennent de la côte de Melinde et de celles de la mer Rouge *. Les femmes du peuple ont une singulière superstition : celles qui sont stériles s'imaginent que pour devenir fécondes il faut passer sous les corps morts des criminels qui sont suspendus aux fourches patibulaires ; elles croient que le cadavre d'un m/lle peut influer, même de loin, et rendre une femme capable de faire des enfants. Lorsque ce tfemède singulier ne leur réussit pas, elles vont chercher les canaux des eaux qui s'écoulent des bains, elles attendent le temps où il y a dans ces bains un grand nombre d'hommes, alors elles traversent plusieurs fois l'eau qui en sort, et lorsque cela ne leur réussit pas mieux que la première recette, elles se déterminent enfin à avaler la partie du prépuce qu'on retranche dans la circoncision : c'est le souverain remède contre la stérilité *.

Les peuples de la Perse, de la Turquie, de l'Arabie, de l'Egypte et de toute la Barbarie peuvent être regardés comme une même nation qui, dans le temps de Mahomet et de ses successeurs , s'est extrêmement étendue, a envahi des terrains immenses et s'est prodigieusement mêlée avec les peuples%iaturels de tous ces pays. Les Persans, les Turcs, les Maures, se sont policés jusqu'à un certain point, mais les Arabes sont demeurés pour la plupart dans un état d'indépendance qui suppose le mépris des lois; ils vivent, comme les Tartares, sans règle, sans police et presque sans société ; le larcin, le rapt, le brigandage, sont autorisés par leurs chefs ; ils se font honneur de leurs vices ; ils n'ont aucun respect pour la vertu , et de toutes les con-

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