Voyez le» Voyages df Chardin , p
les yeux grands, doux et pleins de feu, le nez bien fait, les lèvres vermeilles, la bouche riante et petite , et le menton comme il doit être pour achever un parfait ovale; elles ont le cou et la gorge parfaitement bien faits, la peau blanche comme neige, la taille grande et aisée, les cheveux du plus beau noir ; elles portent un petit bonnet d'étoffe noire, sur lequel est attaché un bourrelet de même couleur; mais ce qu'il y a de ridicule, c'est que les veuves portent à la place de ce bourrelet une vessie de bœuf ou de vache des plus enflées, ce qui les défigure merveilleusement. L'été, les femmes du peuple ne portent qu'une simple chemise qui est ordinairement bleue, jaune ou rouge, et cette chemise est ouverte jusqu'à mi -corps; elles ont le sein parfaitement bien fait, elles sont assez libres avec les étrangers, mais cependant fidèles à leurs maris, qui n'en sont point jaloux. (Voyez les Voyages de StruySy t. II, p. 75.)
Tavernier dit aussi que les femmes de la Comanie et de la Circassie sont, comme celles de Géorgie, très -belles et très-bien faites; qu'elles paraissent toujours fraîches jusqu'à l'âge de quarante -cinq ou cinquante ans; qu'elles sont toutes fort laborieuses, et qu'elles s'occupent souvent des travaux les plus pénibles ; ces peuples ont conservé la plus grande liberté dans le mariage , car s'il arrive que le mari ne soit pas content de sa femme et qu'il s'en plaigne le premier, le seigneur du lieu envoie prendre la femme, la fait vendre, et en donne une autre à l'homme qui s'en plaint; et de même si la femme se plaint la première, on la laisse libre, et on lui ôte son mari *.
Les Mingréliens sont, au rapport des voyageurs, tout
1. Voyez les Voya/ges de Tavernier. Rouen, 1713, t. I, p. 460.
aussi beaux et aussi bien faits que les Géorgiens ou les Circassiens, et il semble que ces trois peuples ne fassent qu'une seule et même race d'hommes. « Il y a en Min- « grélie, dit Chardin, des femmes merveiîleusement bien 0 faites, d'un air majestueux, de visage et de taille admi- « râbles; elles ont outre cela un regard engageant qui u caresse tous ceux qui les regardent : les moins belles et « celles qui sont âgées se fardent grossièrement et se pei- « gnent tout le visage, sourcils, joues, front, nez, men- « ton; les autres se contentent de se peindre les sourcils; « elles se parent le plus qu'elles peuvent. Leur habit est a semblable à celui des Persanes ; elles portent un voile «t qui ne couvre que le dessus et le derrière de la tête ; « elles ont de l'esprit, elles sont civiles et affectueuses, « mais en même temps très -perfides, et il n'y a point de « méchancetés qu'elles ne mettent en usage pour se faire « des amants, pour les conserver ou pour les perdre. Les (( hommes ont aussi bien de mauvaises qualités : ils sont « tous élevés au larcin, ils l'étudient, ils en font leur « emploi, leur plaisir et leur honneur; ils content avec une « satisfaction extrême les vols qu'ils ont faits, ils en sont « loués, ils en tirent leur plus grande gloire ; l'assassinat, « le vol, le mensonge, c'est ce qu'ils appellent de belles « actions; le concubinage, la bigamie, l'inceste, sont des « habitudes vertueuses en Mingrélie ; l'on s'y enlève les «femmes les uns aux autres, on y prend sans scrupule sa « tante, sa nièce, la tante de sa femme ; on épouse deux ou « trois femmes à la fois, et chacun entretient autant de « concubines qu'il veut. Les maris sont très-peu jaloux , « et quand un homme prend sa femme sur le fait avec son « galant , il a droit de le contraindre à payer un cochon , « et d'ordinaire il ne prend pas d'autre vengeance; le
:i70 CHEFS-D'ŒUVRE LITTÉRAIRES"
« cochon se mange entre eux trois. Us prétendent que « c'est une très -bonne et très -louable coutume d'avoir « plusieurs femmes et plusieurs concubines , parce qu'on « engendre beaucoup d'enfants qu'on vend argent comp- M tant, ou qu'on échange pour des bardes et pour des « vivres. » (Voyez les Voyages de Chardin y p. 77 et suiv.)
Au reste, ces esclaves ne sont pas fort chers, caries hommes âgés depuis vingt-cinq ans jusqu'à quarante ne coûtent que quinze écus; ceux qui sont plus âgés, huit ou dix; les belles filles d'entre treize et dix-huit ans, vingt écus, les autres moins; les femmes douze écus, et les enfants trois ou quatre. {Idem y p. 105.)
Les Turcs, qui achètent un très- grand nombre de ces esclaves, sont un peuple composé de plusieurs autres peuples : les Arméniens , les Géorgiens , les Turcomans , se sont mêlés avec les Arabes, les Égyptiens, et même avec les Européens dans le temps des croisades; il n'est donc guère possible de reconnaître les habitants naturels de l'Asie Mineure, de la Syrie et du reste de la Turquie : tout ce qu'on peut dire, c'est qu'en général les Turcâ sont des hommes robustes et assez bien faits; il est même assez rare de trouver parmi eux des bossus et des boiteux *. Les femmes sont aussi ordinairement belles, bien faites et sans défaut; elles sont fort blanches parce qu'elles sortent peu, et que quand elles sortent elles sont toujours voilées*.
« Il n'y a femme de laboureur ou de paysan en Asie, « dit Belon, qui n'ait le teint frais comme une rose, la « peau délicate et blanche , si polie et si bien tendue qu'il « semble toucher du velours ; elles se servent de terre de « Chio qu'elles détrempent pour en faire une espèce d'on-
1. Voyez le Voyage de ThèvetioL Paris, lOO^i, t. I, p. 55. tJ. fdem, t. I,p. 105.
I)£ BUFKON. «74
« guent dont elles se frottent tout le corps en entrant au « bain, aussi bien que le visage et les cheveux. Elles se « peignent aussi les sourcils en noir, d'autres se les font « abattre avec du rusma, et se font de faux sourcils avec « de la teinture noire ; elles les font en forme d*arc et « élevés en croissant : cela est beau à voir de loin , mais <t laid lorsqu'on regarde de près; cet usage est pourtant «i de toute ancienneté. » (Voyez les Observations de Pierre Selon, Paris, 1555, page 199.) Il ajoute que les Turcs, hommes et femmes , ne portent de poil en aucune partie du corps, excepté les cheveux et la barbe; qu'ils se servent du rusma pour l'ôter, qu'ils mêlent moitié autant de chaux vive qu'il y a de rusma, et qu'ils détrempent le tout dans de l'eau; qu'en entrant dans le bain on applique cette pommade, qu'on la laisse sur la peau à peu près autant de temps qu'il en faut pour cuire un œuf; dès que Ton commence à suer dans ce bain chaud, le poil tombe de lui-même en le lavant seulement d'eau chaude avec la main, et la peau demeure lisse et polie sans aucun vestige de poil. [Ideniy p. 198.) Il dit encore qu'il y a en Egypte un petit arbrisseau nommé Alcamui^ dont les feuilles dessédiées et mises en poudre servent à teindre en jaune; les femmes de toute la Turquie s'en servent pour se teindre les mains, les pieds et les cheveux en couleur jaune ou rouge; ils teignent aussi de la même couleur les cheveux des petits enfants, tant mâles que femelles, et les crins de leurs chevaux, etc. {Idem^ p. 136.)
Les femmes turques se mettent de la tutie brûlée et préparée dans les yeux pour les rendre plus noirs; elles se servent pour cela d'un petit poinçon d'or ou d'argent qu elles mouillent de leur salive pour prendre cette poudre noire et la faire passer doucement entre leurs paupières et
m CHEFS-D OEUVRB LITTÉRAIRES
leurs prunelles^; elles se baignent aussi très -souvent, elles se parfument tous les jours, et il n'y a rien qu'elles ne mettent en usage pour conserver ou pour augmenter leur beauté;* on prétend cependant que les Persanes se recherchent encore plus sur la propreté que les Turques; les hommes sont aussi de diiïérents goûts sur la beauté; les Persans veulent des brunes, et les Turcs des rousses *.
On a prétendu que les juifs, qui tous sortent originairement de la Syrie et de la Palestine, ont encore aujourd'hui le teint brun comme ils l'avaient autrefois; mais, comme le remarque fort bien Misson, c'est une erreur de dire que tous les juifs sont basanés ; cela n'est vrai que des juifs portugais. Ces gens-là se mariant toujours les uns avec les autres, les enfants ressemblent à leurs père et mère, et leur teint brun se perpétue ainsi avec peu de diminution partout où ils habitent, giême dans les pays du nord; mais les juifs allemands, comme, pai* exemple, ceux de Prague, n'ont pas le teint plus basané que tous les autres Allemands *.
Aujourd'hui les habitants de la Judée ressemblent aux autres Turcs ; seulement ils sont plus bruns que ceux de Constantinople ou des côtes de la mer Noire, comme -les Arabes sont aussi plus bruns que les Syriens , parce qu'ils sont plus méridionaux.
Il en est de même chez les Grecs; ceux de la partie septentrionale de la Grèce sont fort blancs, ceux des îles ou des provinces méridionales sont bruns : généralement parlant, les femmes grecques sont encore plus belles et
i. Voyez la Nouvelle relation du Levant^ par M. P, A. Paris, '067, p. 355.