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depuis Tcmpire du Mogol jusqu'en Barbarie, et même depuis le Gange jusqu'aux côtes occidentales du royaume de Maroc, ne sont donc pas fort différents les uns des autres, si Ton excepte les variétés particulières occasionnées par le mélange d'autres peuples plus septentrionaux qui ont conquis ou peuplé quelques-unes de ces vastes contrées. Cette étendue de terre sous les mêmes parallèles est d'environ deux mille lieues; les hommes en général y sont bruns et basanés, mais ils sont en même temps assez beaux et assez bien faits. Si nous examinons maintenant ceux qui habitent sous un climcit plus tempéré, nous trouverons que les habitants des provinces septentrionales du Mogol et de la Perse, les Arméniens, les Turcs., les Géorgiens, les Mingréliens, les Circassiens, les Grecs et tous les peuples de l'Europe, sont les hommes les plus beaux, les plus blancs et les mieux faits de toute la terre, et quoiqu'il y ait fort loin de Cachemire en Espagne, ou de la Circassie à la France, il ne laisse pas d'y avoir une singulière ressemblance entre ces peuples si éloignés les uns des autres, mais situés à peu près à une égale distance de l'équateur. Les Cachemiriens , dit Bemier , sont renommés pour la beauté ; ils sont aussi bien faits que les Européens et ne tiennent en rien du visage tartare; ils n'ont point ce nez écaché et ces petits yeux de cochon qu'on trouve chez leurs voisins; les femmes surtout sont trèsbelles : aussi la plupart des étrangers nouveau- venus à la cour du Mogol se fournissent de femmes cachemiriennes, afin d'avoir des enfants qui soient plus blancs que les Indiens, et qui puissent aussi passer pour vrais Mogols ^ Le sang de Géorgie est encore plus beau que celui

i. Voyez los Voyages de Bemier. Amsterdam, 1710, t. II, p. 281.

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de Cachemire; on ne trouve pas un laid visage dans ce pays, et la nature a répandu sur la plupart des femmes des grâces qu'on ne voit pas ailleurs : elles sont grandes , bien faites, extrêmement déliées à la ceinture , elles ont le visage charmant ^ Les hommes sont aussi fort beaux*; ils ont naturellement de l'esprit, et ils seraient capables des sciences et des arts, mais leur mauvaise éducation les rend très-ignorants et très-vicieux, et il n'y a peut-être aucun pays dans le monde où le libertinage et l'ivrognerie soient à un si haut point qu*en Géorgie. Chardin dit que les gens d'église, comme les autres, s'enivrent très- souvent et tiennent chez eux de belles esclaves dont ils font des concubines ; que personne n'en est scandalisé , parce que la coutume en est générale et même autorisée , et il ajoute que le préfet des Capucins lui a assuré avoir ouï dire au Calholicos (on appelle ainsi le patriarche de Géorgie) que celui qui aux grandes fêtes, comme Pâques et Xoël, ne s'enivre pas entièrement, ne passe pas pour chrétien et doit être excommunié®. Avec tous ces vices, les Géorgiens ne laissent pas d'être civils, humains, graves et modérés ; ils ne se mettent que très-rarement en colère, quoiqu'ils soient ennemis irréconciliables lorsqu'ils ont conçu de la haine contre quelqu'un.

Les femmes, dit Struys, sont aussi fort belles et fort blanches en Circassie, et elles ont le plus beau teint et les plus belles couleurs du monde; leur front est grand et uni, et sans le secours de l'art elles ont si peu de sourcils qu'on dirait que ce n'est qu'un filet de soie recourbé; elles ont

1. Voyez les Voyages de Chardin, première partie. Londres, 1686, p. 20 i.

2. Voyez II Genio vagante del conte Aurelio degli Anzi, In Parma, 1691, t. I,p. 170.

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