‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 63 sur 81 · Voyez le Voyage de Coréal. Paris, 1722, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Voyez le Voyage de Coréal. Paris, 1722, 1. 1, p

2. Voyez VB'utoire naturelle et morale des îles Antilles, Rotterdam, 1658, p. 351 et 3j«.

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Les naturels des îles Lucayes sont moins basanés que ceux de Saint-Domingue et de l'île de Cuba, mais il reste si peu des uns et des autres aujourd'hui, qu'on ne peut guère vérifier ce que nous en ont dit les premiers voyageurs qui ont parlé de ces peuples. Us ont prétendu qu'ils étaient fort nombreux et gouvernés par des espèces de chefs qu'ils appelaient Caciques ^ qu'ils avaient aussi des espèces de prêtres , de médecins ou de devins ; mais tout cela est assez apocryphe , et importe d'ailleurs assez peu à notre histoire. Les Caraïbes en général sont, selon le père du Tertre, des hommes d'une belle taille et de bonne mine; ils sont puissants, forts et robustes, très- dispos et trèssains ; il y en a plusieurs qui ont le front plat et le nez aplati ; mais cette forme du visage *et du nez ne leur est pas naturelle, ce sont les pères et les mères qui aplatissent ainsi la tête de l'enfant quelque temps après qu'il est né. Cette espèce de caprice qu'ont les sauvages d'altérer la figure naturelle de la tète est assez générale dans toutes les nations sauvages : presque tous les Caraïbes ont les yeux noirs et assez petits, mais la disposition de leur front et de leur visage les fait paraître assez gros; ils ont les dents belles, blanches et bien rangées, les cheveux longs et lisses, et tous les ont noirs; on n'en a jamais vu un seul avec des cheveux blonds ; ils ont la peau basanée- ou couleur d'olive , et même le blanc des yeux en tient un peu. Cette couleur basanée leur est naturelle et ne provient pas uniquement, comme quelques auteurs l'ont avancé, du rocou dont ils se frottent continuellement, puisque l'on a remarqué que les enfants de ces sauvages, qu'on a élevés parmi les Européens et qui ne se frottaient jamais de ces couleurs , ne laissaient pas d'être basanés et olivâtres comme leurs pères et mères; tous ces sauvages

ont Fair rêveur, quoiqu'ils ne pensent à rien ; ils ont aussi le visage triste et ils paraissent être mélancoliques; ils sont naturellement doux et compatissants, quoique trèscruels à leurs ennemis ; ils prennent assez indifféremment pour femmes leurs parentes ou des étrangères ; leurs cousines germaines leur appartiennent de droit, et on en a vu plusieurs qui avaient en même temps les deux sœurs ou la mère et la fille, et même leur propre fille ; ceux qui ont plusieurs femmes les voient tour à tour chacune pendant un mois, ou un nombre de jours égal, et cela suffit pour que ces femmes n'aient aucune jalousie ; ils pardonnent assez volontiers l'adultère à leurs femmes, mais jamais à celui qui les a débauchées. Ils se nourrissent de burgaux , de crabes, de tortues, de lézards, de serpents et de poissons qu'ils assaisonnent avec du piment et de la farine de manioc*. Gomme ils sont extrêmement paresseux et accoutumés à la plus grande indépendance , ils détestent la servitude, et on n'a jamais pu s'en servir comme on se sert des Nègres; il n'y a rien qu'ils ne soient capables de faire pour se remettre en liberté, et lorsqu'ils voient que cela leur est impossible , ils aiment mieux se laisser mourir de faim et de mélancolie que de vivre pour travailler ; on s'est quelquefois servi des Arrouagues, qui sont plus doux que les Caraïbes , mais ce n'est que pour la chasse et pour la pêche, exercices qu'ils aiment, et auxquels ils sont accoutumés dans leur pays; et encore faut-il, si Ton veut conserver ces esclaves sauvages , les traiter avec autant de douceur au moins que nous traitons nos domestiques en France ; sans cela ils s'enfuient ou périssent de mélancolie. Il en est à peu près de même des esclaves bré-

1. Voyez VHistoire générale des Antilles, par le père du Tertre, t. II, p. 453 jusqu'à 482. Voyez aussi les Nouveaux voyages aux Iles, Paris, 1722. I. 21

siliens , quoique ce soient de tous les sauvages ceux qui paraissent être les moins stupides, les moins mélancoliques et les moins paresseux; cependant on peut en les traitant avec bonté les engager à tout faire , si ce n'est de travailler à la terre, parce qu'ils s'imaginent que la culture de la terre est ce qui caractérise l'esclavage.

Les femmes sauvages sont toutes plus petites que les hommes; celles^ des Caraïbes sont grasses et assez bien faites; elles ont les yeux et les cheveux noirs, le tour du visage rond, la bouche petite, les dents fort blanches, l'air plus gai , plus riant et plus ouvert que les hommes; elles ont cependant de la modestie et sont assez réservées; elles se barbouillent de rocou , mais elles ne se font pas des raies noires sur le visage et sur le corps comme les hommes; elles ne portent qu'un petit tablier de huit ou dix pouces de largeur sur cinq à six pouces de hauteur; ce tablier est ordinairement de toile de coton couverte de petits grains de verre ; ils ont cette toile et cette rassade des Européens, qui en font commerce avec eux. Ces femmes portent aussi plusieurs colliers de rassade qui leur environnent le cou et descendent sur leur sein ; elles ont des bracelets de même espèce aux poignets et au-dessus des coudes, et des pendants d'oreilles de pierre bleue ou de grains de verre enfilés; un dernier ornement qui leur est particulier, et que les hommes n'ont jamais, c'est une espèce de brodequins de toile de coton , garnis de rassade, qui prend depuis la cheville du pied jusqu'audessus du gras de la jambe ; dès que les filles ont atteint l'âge de puberté , on leur donne un tablier, et on leur fait en même temps des brodequins aux jambes, qu'elles ne peuvent jamais ôter; ils sont si serrés qu'ils ne peuvent ni monter ni descendre, et comme ils empêchent le bas

de la jambe de grossir, les mollets deviennent beau* coyp plus gros et plus fermes qu'ils ne le seraient naturellement*.

Les peuples qui habitent actuellement le Mexique et la Nouvelle -Espagne sont si mêlés, qu'à peine trouve-t-*on deux visages qui soient de la même couleur; il y a dans la ville de Mexico des blancs d'Europe , des Indiens du nord et du sud de l'Amérique, des Nègres d'Afrique, des mulâtres, des métis, en sorte qu'on y voit des hommes de toutes les nuances de couleur qui peuvent être entre le blanc et le noir'. Les naturels du pays sont fort bruns et de couleur d'olive, bien faits et dispos ; ils ont peu de poil, même aux sourcils; ils ont cependant tous les cheveux fort longs et fort noirs '.

Selon Wafer, les habitants de l'isthme de l'Amérique sont ordinairement de bonne taille et d'une jolie tournure; ilâ ont la jambe fine, les bras bien faits, la poitrine large; ils sont actifs et légers à la course ; les femmes sont petites et ramassées, et n'ont pas la vivacité des hommes, quoique les jeunes aient de l'embonpoint, la taille jolie et l'œil vif : les uns et les autres ont le visage rond , le nez gros et court, les yeux grands, et pour la plupart gris, pétillants et pleins de feu, surtout dans la jeunesse; le front élevé, les dents blanches et bien rangées, les lèvres minces , la bouche d'une grandeur médiocre , et en gros tous les traits assez réguliers. Ils ont aussi tous , hommes et femmes, les cheveux noirs, longs, plats et rudes, et les hommes auraient de la barbe s'ils ne se la faisaient arracher. Ils ont le teint basané, de couleur

1. Voyez les Nouveaux voyages aux Iles, t. H, p. 8 et suivantes. S. Voyez les Lettres édifiantes, Recueil XI, p. 119. 3. Voyez les Voyages de Coréal, 1. 1, p. 116.

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de cuivre jaune ou d'orange, et les sourcils noirs comme du jais.

Ces peuples , que nous venons de décrire , ne sont pas les seuls habitants naturels de l'Isthme; on trouve parmi eux des hommes tout différents; et quoiqu'ils soient en trèspetit nombre, ils méritent d'être remarqués : ces hommes sont blancs, mais ce blanc n'est pas celui des Européens, c'est plutôt un blanc de lait qui approche beaucoup de la couleur du poil d'un cheval blanc; leur peau est aussi toute couverte, plus ou moins, d'une espèce de duvet court et blanchâtre , mais qui n'est pas si épais sur les joues et sur le front, qu'on ne puisse aisément distinguer la peau; leurs sourcils sont d'un blanc de lait, aussi bien que leurs cheveux, qui sont très -beaux, de la longueur de sept à huit pouces et à demi frisés. Ces Indiens, hommes et femmes, ne sont pas si grands que les autres, et ce qu'ils ont encore de très -singulier, c'est que leurs paupières sont d'une figure oblongue, ou plutôt en forme de croissant dont les pointes tournent en bas ; ils ont les yeux si faibles qu'ils ne voient presque pas en plein jour; ils ne peuvent supporter la lumière du soleil , et ne voient bien qu'à celle de la lune : ils sont d'une coraplexion fort délicate en comparaison des autres Indiens; ils craignent les exercices pénibles ; ils dorment pendant le jour et ne sortent que la nuit; et lorsque la lune luit, ils courent dans les endroits les plus sombres des forêts aussi vite que les autres le peuvent faire de jour, à cela près qu'ils ne sont ni aussi robustes ni aussi vigoureux. Au reste, ces hommes ne forment pas une race particulière et distincte ; mais il arrive quelquefois qu'un père et une mère qui sont tous deux couleur de cuivre jaune ont un enfant tel que nous venons de le décrire. Wafer, qui rapporte ces faits,

dit qu'il a vu lui-même un de ces enfants qui n'avait pas encore un an*.

Si cela est, cette couleur et cette habitude singulière du corps de ces Indiens blancs ne seraient qu'une espèce de maladie qu'ils tiendraient de leurs pères et mères; mais en supposant que ce dernier fait ne fut pas bien avéré, c'est-à-dire qu'au lieu de venir des Indiens jaunes ils Gssent une race à part , alors ils ressembleraient aux Chacrelas du Java, et aux Bedas de Ceylan, dont nous avons parlé; ou si ce fait est bien vrai, et que ces blancs naissent en effet de pères et mères couleur de cuivre, on pourra croire que les Chacrelas et les Bedas viennent aussi de pères et mères basanés, et que tous ces hommes blancs qu'on trouve à de si grandes distances les uns des autres sont des individus qui ont dégénéré de leur race par quelque cause atecidentelle.

J'avoue que cette dernière opinion me paraît la plus vraisemblable, et que si les voyageurs nous eussent donné des descriptions aussi exactes des Bedas et des Chacrelas que Wafer l'a fait des Dariens, nous eussions peut-être reconnu qu'ils ne pouvaient pas, plus que ceux-ci, être d'origine européenne. Ce qui me paraît appuyer beaucoup cette manière de penser, c'est que parmi les Nègres il naît aussi des blancs de pères et mères noirs; on trouve la description de deux de ces Nègres blancs dans l'histoire de l'Académie; j'ai vu moi-même l'un des deux, et on assure qu'il s'en trouve un assez grand nombre en Afrique parmi les autres Nègres *. Ce que j'en ai vu , indépendamment de ce qu'en' disent les voyageurs, ne me laisse aucun doute sur leur origine; ces Nègres blancs sont des

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