‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 66 sur 81 · Voyez le second tome des Voyages de Coréal , p. 58 et · texte numérisé non relu

Voyez le second tome des Voyages de Coréal , p. 58 et

la nature en arrondissant, en allongeant la tête de leurs enfants, auront aussi imaginé de leur faire rentrer le cou dans les épaules; il ne faut pour donner naissance à toutes ces bizarreries que l'idée de se rendre, par ces difformités, plus effroyables et plus terribles à leurs ennemis. Les Scythes, autrefois aussi sauvages que le sont aujourd'hui les Américains, avaient apparemment les mêmes idées, qu'ils réalisaient de la même façon; et c'est ce qui a sans doute donné lieu à ce que les anciens ont écrit au sujet des hommes acéphales , cynocéphales, etc.

Les sauvages du Brésil sont à peu près de la taille des Européens, mais plus forts, plus robustes et plus dispos; ils ne sont pas sujets à autant de maladies, et ils vivent communément plus longtemps; leurs cheveux, qui sont noirs, blanchissent rarement dans la vieillesse; ils sont basanés, et d'une couleur brune qui tire un peu sur le rouge ; ils ont la tête grosse , les épaules larges et les cheveux longs; ils s'arrachent la barbe, le poil du corps, et même les sourcils et les cils, ce qui leur donne un regard extraordinaire et farouche ; ils se percent la lèvre de dessous pour y passer un petit os poli comme de l'ivoire , ou une pierre verte assez groSvSe ; les mères écrasent le nez de leurs enfants peu de temps après la naissance; ils vont tous absolument nus , et se peignent le corps de différentes couleurs*. Ceux qui habitent dans les terres voisines des côtes de la mer se sont un peu civilisés par le commerce volontaire ou forcé qu'ils ont avec les Portugais; mais ceux de l'intérieur des terres sont encore, pour la plupart,

i. Voyez le Voyagé fait au Brésil, par Jean de Léry. Paris, 1578, p. i 08; le Voyage de Coréal , t. 1, p. 103 et suivantes; les Mémoires pour servir à l'histoire des Indes, 1702, p. 287; VHistoire des Indes, de MafTéc. Paris, 1665, p. 71; la seconde partie des Voyages de Pyrard, t. II, p. 337; les Uttres édifUintes , Recueil XV, p. 351 , etc.

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absolument sauvages ; ce n'est pas même par la force , et en voulant les réduire à un dur esclavage, qu'on vient à bout de les polîcer; les Missions ont formé plus d'hommes dans ces nations barbares que les armées victorieuses des princes qui les ont subjuguées. Le Paraguay n'a été conquis que de cette façon; la douceur, le bon exemple, la charité et l'exercice de la vertu, constamment pratiqués parles missionnaires, ont touché ces sauvages, et vaincu leur défiance et leur férocité ; ils sont venus souvent d'eux-mêmes demander à connaître la loi qui rendait les hommes si parfaits; ils se sont soumis à cette loi et réunis en société : rien ne fait plus d'honneur à la religion que d'avoir civilisé ces nations et jeté les fondements d'un empire , sans autres armes que celles de la vertu .

Les habitants de cette contrée du Paraguay ont communément la taille assez belle et assez élevée ; ils ont le visage un peu long et la couleur olivâtre* . 11 règne quelquefois parmi eux une maladie extrordinaire; c'est une espèce de lèpre qui leur couvre tout le corps , et y forme une croûte semblable à des écailles de poisson; cette incommodité ne leur cause aucune douleur, ni même aucun autre dérangement dans la santé '.

Les Indiens du Chili sont, au rapport de M. Frezier, d'une couleur basanée qui tire un peu sur celle du cuivre rouge, comme celle des Indiens du Pérou; cette couleur est différente de celle des mulâtres : comme ils viennent d'un blanc et d'une Négresse, ou d'une blanche et d'un Nègre, leur couleur est brune, c'est-à-dire mêlée de blanc et de noir, au lieu que dans tout le continent de

i. Voyez les Voyages de Coréal, 1. 1, p. 2i0 et 259; les Lettres édifUMntês^ Recueil XI, p. 391 ; Recueil XII, p. 6.

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