PS. XV
son Saint-Esprit; pour les nourrir et les fortifier, il lear a donné son propre corps.
Par conséquent, mes frères, c'est dans ce commerce des âmes qu'il faut faire profiter ses dons; et quand viendra le temps de rendre les comptes, ce grand économe ne rougira pas de partager avec vous un profit si honorable. 11 recevra de votre main ces âmes que vous lui aurez amenées; et de sa part, pour reconnaître un si beau travail : Venez, dira-t-il^ serviteur fi.dèle, qui avez fait valoir mon dépôt en mon esprit et selon mes ordres ; il est temps que vous receviez votre récompense*.
Quelle sera la proportion de cette glorieuse récompense? Le prophète Daniel nous le fait entendre : Qui docti fuerint , fulgehunt quasi spiendor firmamenli; et qui ad juslitiam erudiunt mullos, quasi slellœ in 'perpétuas œternitales^ : « Ceux, dit-il, qui auront appris des autres c( la sainte doctrine , brilleront comme la splendeur du
* C'est pour ce négoce céleste que cette maison est établie : on leur apprend la science, non pour retentir dans un barreau; c'est la science ecclésiastique, destinée pour négocier le salut des âmes. C'est pourquoi on les choisit des cet âge tendre , pour prévenir le cours de la corruption du siècle , et donner, s'il se peut , aux autels des ministres innocents. O innocence, que tn aurais de vertu dans les fonctions sacerdotales', que de bénédictions et de grâces! Mais où te trouvera-t-on suv la terre? On travaille du moins en cette maison à te conserver des vaisseaux sans tache; c'a toujours été l'esprit de l'Église. « On les doit retenir sons la dis- « cipline, les instruire par la doctrine ecclésiastique : » Ut ccclesiasticis utilita' tibiis pareant '. Quelles sont ces utilités ecclésiastiL|ues? Ce n'est pas d'augmenter les fermes, ni d'accroître le revenu de l'Église; mais c'est afin de gagner lésâmes. C'est dans ce dessein ciu'on les élève comme de jeunes plantes, et qu'on les fait Instruire dans cette maison. Que reste-til maintenant, messieurs, sinon que pendant que la science, comme un soleil , fera miwir les fruits , vous arrosiez la racine? La science éclaire par en haut la partie qui regarde le ciel; il reste que vous donniez la nourriture à celle qui est engagée dans la terre. Celte eau salutaire de vos aumônes, en passant par ces plantes que l'on vous cultive, se tournera en fruits de vie, pour leur prolit particulier, pour celui de toute l'Eglise au service de laquelle on les destine, et enlin, messieurs, pour le vôtre, en vous amassant dans le ciel des couronnes d'immortalité, que je vous souhaite. Amen.
On voit que ce morceau a été ajouté par le prédicateur, pour appliquer son discours à la circonstance d'un autre lieu où il devait le prêcher. {Édit. de Déforis.)
'■ Concil. Aquisgr., cap. cxxxv; apud Lab. — ^ Dan., xii, 3.
(c firmament; et ceux qui l'auront enseignée, paraîtront « comme des étoiles durant toute l'éternité. » Où vous voyez, chrétiens , par quelle sage disposition de la justice divine, ceux qui ont reçu d'ailleurs leurs instructions, sont comparés au firmament qui luit seulement par réflexion de la lumière des astres ; mais que ceux qui ont éclairé l'Église par la doctrine de vérité, sont eux-mêmes des astres brillants, et sources d'une lumière vive et immortelle.
Ainsi sainte Catherine réjouit par un double éclat la céleste Jérusalem. Elle est toute lumineuse, pour avoir appris humblement et fidèlement pratiqué ce qu'on enseigne de plus excellent dans l'école de Jésus-Christ : mais cet éclat est relevé au centuple, parce qu'elle a répandu bien loin les luuiières de la science de Dieu, et qu'elle a fait luire sur plusieurs âmes les vérités éternelles.
Ne croyez pas, chrétiens, que ceux qui ont reçu dans l'Eglise le m.inistère d'enseigner les autres, soient les seuls à prétendre à cette récompense, que même une fille a pu mériter. Tous les fidèles de Jésus-Christ doivent espérer cette gloire , parce que tous doivent travailler à s'édifier mutuellement par de saintes instructions. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul avertit en général les enfants de Dieu, qu'ils doivent assaisonner leurs discours du sel de la sagesse divine ; Sermo vester semper in gratta salo sit condltus , ut sciatis quomodo oporteat vos unicuique rcspondere^ : « Que votre entretien soit toujours « édifiant et assaisonné du sel de la sagesse, en sorte que « vous sachiez comment vous devez répondre à chaque « personne. » 0 que ces conversations sont remplies de grâce , et que ce sel a de force pour faire prendre goût
' Coloss.j IV, 6.
i\ la vérité! Lorsqu'on entend les prédicateurs, je ne sais quelle accoutumance malheureuse de recevoir par leur entremise la parole de l'Évangile fait qu'on l'écoute de leur bouche plus nonchalamment. On s'attend qu'ils reprendront les mauvaises mœurs, on dit qu'ils le font d'office; et l'esprit humain indocile y fait moins de réilexion. Mais quand un homme que l'on croit du monde, simplement et sans affectation, propose de bonne foi ce qu'il sent de Dieu en lui-même; quand il ferme la bouche à un libertin qui fait vanité du vice, ou qui raille impudemment des choses sacrées, encore une fois, chrétiens, qu'une telle conversation, assaisonnée de ce sel de grâce, a de force pour exciter l'appétit, et réveiller le goût des biens éternels!
Donc, mes frères, que tout le monde prêche l'Évangile dans sa famille , parmi ses amis, dans les conversations et les compagnies; que chacun emploie toutes ses lumières pour gagner les âmes que le monde engage, pour faire régner sur la terre la sainte vérité de Dieu , que le monde tâche de bannir par ses illusions. Si l'erreur, si l'impiété, si tous les vices ont leurs défenseurs; ô sainte vérité ! serez-vous abandonnée de ceux qui vous servent? Quoi! ceux mêmes qui font profession d'être vos amis, n'oseront-ils parler pour votre gloire ? Parlons, mes frères, parlons hautement pour une cause si juste; résistons à l'iniquité, qui, ne se contentant plus qu'on la souffre, ose encore exiger qu'on lui applaudisse. Parlons souvent de nos espérances, de la douce tranquillité d'une âme fidèle, des ennuis dévorants de la vie présente , de la paix qui nous attend en la vie future. Ainsi la vie éternelle, que nous aurons glorifiée par nos discours, nous glorifiera par ses récompenses, dans la sainte société que je vous souhaite aux siècles des siècles, avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.
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