‹ Chefs-d'œuvre oratoires de BourdaloueChapitre 14 sur 35 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je l'avoue, chréiiens, le pardon des injures est difficile, et il n'y a rien dans le cœur de l'homme qui n'y répugne : c'est ce que le christianisme a de plus sublime, de plus héroïque, de plus parfait. Pardonner sincèrement et de bonne foi, pardonner pleinement et sans réserve, voilà, dis-je, à en juger par les sentiments naturels, la plus rude épreuve de la charité, et l'un des plus grands efforts de la religion. Mais après tout, je soutiens que Dieu adroit de l'exiger de nous, et je dis qu'il l'exige en effet : comment cela? comme maître, comme père, comme modèle, comme juge. Gomme maître, parla loi qu'il nous impose ; comme père, par les biens dont il nous comble ; comme modèle, par les exemples qu'il nous donne ; et comme juge, par le pardon qu'il nous promet. Tout ceci pst d'une extrême importance, n'en perdons rien.

Pardonner les injures et aimer ses ennemis, c'est un préceple, mes chers auditeurs, fondé sur toutes les lois divines,

et aussi ancien que la vraie religion. Dans la loi de nature, dans la loi écrite, dans la loi de grâce, cet amour des ennemis a été d'une obligation indispensable : et quand on disait aux Juifs, vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi, ce n'était pas Dieu qui le disait, remarque saint Augustin, mais ceux qui interprétaient mal la loi de Dieu. Ce n'était pas une tradition de Moïse, mais une tradition des pharisiens, qui, corrompant la loi de Moïse, croyaient que le commandement d'aimer le prochain leur laissait la liberté de haïr leurs ennemis. Jésus-Christ n'a donc point établi une loi nouvelle, lorsqu'usant de toute sa puissance de législateur, il nous a dit, aimez vos ennemis et pardonnez-leur; mais il a seulement renouvelé cette loi, qui était comme effacée du souvenir des hommes : il a seulement expliqué cette loi, qui était comme obscurcie par l'ignorance et les grossières erreurs des hommes; il a seulement autorisé cette loi, qui était comme abohe par la corruption où vivaient la plupart des hommes. Car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, poursuivait le Sauveur du monde, que faites-vous en cela plus que les publicains ? et si vous n'avez que la charité que pour vos frères, qu'y a-t-ii là qui vous relève audessus des païens ? Toute votre charité alors ne peut être digne de Dieu, ni telle que Dieu la demande, puisque ce n'est point une charité surnaturelle, mais une charité purement humaine. Et voilà pourquoi, concluait le Fils de Dieu, il vous est ordonné d'aimer jusqu'à vos ennemis, de remettre à vos ennemis les offenses que vous pensez en avoir reçues, de conserver- la paix avec vos ennemis, et même de la rechercher. Ainsi l'a-t-on dû de temps, et ainsi la devez-vous maintenant, en vertu de l'ordre que je vous intime ou que je réitère, et que je vous fais entendre dans les termes les plus formels : Ego aulem dico vobis, diligite inimicos vestros (Matth. V).

Or, supposé ce précepte, je prétends, chrétiens, que Dieu a un droit incontestable de nous y assujettir, parcequ'il est le maître; et par conséquent que nous sommes indispensable»ment obligés de nous y soumettre et d'y obéir, pour recon-

naître là-dessus, aussi bien que sur tout le reste, notre dépendance, et pour rendre à son souverain pouvoir l'hommage que nous lui devons. Précepte appuyé sur les raisons les plus solides et les plus sensibles ; mais quand il s'agit de l'autorité de Dieu, et de l'absolue soumission qu'il attend de nous en qualité de souverain Etre, ce serait en quelque sorte lui faire outrage que de vouloir traiter avec lui par 7aison. Il commande, c'est assez; il dit: Ego avtem dico vn- }is, il n'en faut pas davantage. Et qui êtes-vous en effet, ô homme, pour entrer en discussion avec votre Dieu ? et vous appartient-il de raisonner sur ses adorables et suprêmes volontés ? 0 homo, tu auis 65, qui respondeas Deo (RoM. IX) ?

Quelle est donc d'abord la réponse la plus courte et la plus décisive pour renverser toutes vos excuses, et pour détruire toutes les prétendues justifications dont votre vengeance tâche de se couvrir? la voici, comprenez- la : c'est que Dieu veut que vous pardonniez, et que vous pardonniez de cœur, c'est-à-dire, que vous ne vous contentiez pas de garder certains dehors et de ne vous portez à nul éclat, mais que vous bannissiez de votre cœur toute animositô volontaire et tout ressentiment. Dieu le veut, et je vous l'annonce de sa part : Ego autem dico vobis. A cela vous ne pouvez plus rien réphquer qu'il ne tombe de lui-même. Mais ce sacrifice me coûtera bien cher! Dès qu'il est nécessaire, il n'y a point à examiner s'il vous coûtera beaucoup ou s'il vous coûtera peu, puisqu'il n'y a rien, de quelque prix qu'il puisse être, que vous ne deviez sacrifier à Dieu. Mais c'est un effort au-dessus de la nature : aussi n'est-ce pas selon la nature qu'on l'exige de vous, mais selon la grâce, qui ne vous manquera pas, et qui est assez puissante pour vous soutenir. Mais j'y sens une répugnance que je ne puis vaincre; et le moyen que je me fasse une pareille violence? Abus, répond saint Jérôme : quand Dieu vous l'ordonne, la chose dès là vous est possible, puisque Dieu n'ordonne rien d'impossible. Et qu'y a-t-il, ajoute le même saint docteur, de plus possible pour vous que ce qui dépend de vous et de

votre volonté ? Il n'y a point ici, comme à l'égard de bien d'autres préceptes, à alléguer, ou la distance des lieux, ou la fortune, ou l'âge, ou la santé, ni le reste. Mais que dira le monde ? il dira que vous êtes chrétien, et que vous vor comportez en chrétien ; il dira que vous êtes soumis à Die*^ et votre fidélité l'édifiera; ou s'il ne pense ni ne parle de la sorte, quoi qu'il pense et quoi qu'il dise, vous mépriserez ses jugements et ses discours, et vous vous souviendrez que c'est à l'ordre de Dieu, et non aux idées du monde, que vous devez vous conformer. Mais on me traitera d'esprit faible, et il y va de mon honneur. Votre plus grand honneur est de renoncer en vue de Dieu à tout honneur mondain, et l'acte le plus héroïque de la vraie force est de triompher ainsi tout à la fois, et de vous-même et du siècle profane. Mais cet homme se prévaudra de mon indulgence, et n'en deviendra que plus hardi à m'attaquer. Peut-être sera-t-il touché de votre religion ; ou s'il ne l'est pas, et qu'il en devienne plus mauvais pour vous, vous en deviendrez meilleur devant Dieu, à qui seul il vous importe de plaire. Ah ! chrétiens, que notre amour-propre est fécond en subtilités pour se justifier, et pour se soustraire impunément à la loi de Dieu ! Si j'entreprenais de découvrir tous ses artifices, c'est une matière que je ne pourrais équiser : mais fùt-il mille fois plus artificieux et plus subtil, il faudra toujours qu'il plie sous l'empire dominant du maître qui nous interdit toute haine, et qui s'en "est déclaré si expressément par ces paroles : Ego autem dico vobis, diligite ini~ micos vestros.

Mais ce n'est point, après tout, par une obéissance pure et par une soumission forcée, qu'il prétend nous engager à l'observation de sa loi; il veut que la recnnaissance y ait part, et le pardon qu'il sollicite pour le prochain, c'est encore plus comme bienfaiteur et comme père qu'il s'y intéresse, que comme législateur et comme maître. S'il nous commandait d'aimer nos ennemis, et de leur pardonner pour eux-mêmes, son précepte pourrait nous paraître dur et rigoureux : car il est vrai qu'à considérer précisément la

personne d'un ennemi qui s'élève contre nous, nous n'y trouvons rien que de choquant, rien qui ne nous pique et qui ne soit capable d'exciter le fiel le plus amer. Mais que fait Dieu ? Il se présente à vous, mon cher auditeur ; et détournant vos yeux d'un objet qui les blesse, il vous ordonne de l'envisager lui-même. Il ne vous dit pas, c'est pour celuici, c'est pour celle-là que je vous enjoins de leur pardonner; mais il vous dit, c'est pour moi. Il ne vous dit pas : pardonnez-leur parce qu'ils le méritent; mais il vous dit, pardonnez-leur, parce que je l'ai bien mérité moi-même. Il ne vous dit pas, ayez égard à ce que vous leur devez; mais il vous dit, ayez égard à ce qui m'est dû et à ce que je leur ai cédé. Ce fut ainsi que les enfants de Jacob touchèrent le cœur de Joseph leur frère, qu'ils avaient si indignement vendu, et qu'ils obtinrent de lui le pardon de l'attentat même le moins pardonnable, où leur envie les avait portés contre sa propre personne. Votre père, lui dirent-ils, et le nôtre, nous a chargés de vous faire une demande en son nom : c'est que vous ne pensiez plus aux crimes de vos frères, et que vous oubliiez l'énorme injustice qu'ils ont commise envers vous : Pater tuus prxcepit nobis ut hœc tibi verbis illius diceremus : obsecro ut obliviscaris sceleris fratrum tuorum, etpeccati, atque malitiœ quam exercuerunt in te (Gen. L). Au souvenir de Jacob, de ce père que Joseph aimait, et dont il avait été si tendrement aimé, ses entrailles s'émurent, les larmes lui coulèrent des yeux ; et bien loin d'éclater en menaces, et de reprocher à ses frères parricides leur barbare inhumanité, il les rassura : Nolitc timere (Ibjd.) ; il prit lui-même leur défense, et les excusa en quelque manière : Vos cogitaslis de me malum, sed Deus vertit illud in bonum (Ibid.) ; il se fit leur soutien et leur protecteur : Ego pascam vos et parvulos vestros (Ibid.).

Or, chrétiens, ce n'est point au nom d'un père temporel, ni au nom d'un homme comme vous ; c'est au nom du Père céleste, au nom d'un Dieu créateur, d'un Dieu rédempteur, que je m'adresse à vous. Combien de fois peut-être, vous retraçant l'idée de ses bienfaits , vous êtes-vous écrié

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comme David, dans un renouvellement de piété et de zèle : Quid retribuan Domino pro omnibus quse retribuit mihi (Ps. GXV) ? Que vous donnerai-je, ô mon Dieu, pour tout ce que vous m'avez donné, et que ferai-j e pour vous, Seigneur, après tout ce que vous avez fait pour moi? Combien de fois avez-vous désiré l'occasion oiî vous puissiez, par une marque solide, lui témoigner votre amour? N'en cherchez point d'autre que celle-ci ; et dès que vous pardonnerez pour Dieu, comptez avec assurance que vous aimez Dieu. Je ne sais si vous concevez bien toute ma pensée : elle est vraie, elle est indubitable ; et pour une âme encore susceptible de quelque sentiment de religion, je ne vois rien de plus engageant ni 'de plus consolant : expliquons-nous. La plus grande consolation que je puisse avoir sur la terre est de pouvoir croire, avec toute la certitude possible en cette vie, que j'aime Dieu, et que je l'aime, non d'un amour suspect et apparent, mais d'un amour réel et véritable, car autant que je suis certain de mon amour pour lui, autant suis-je certain de son amour pour moi et de sa grâce. Or, de tous les témoignages que je puis là-dessus souhaiter, il n'en est point de moins équivoque et de plus sûr que de pardonner à un ennemi ; pourquoi ? parce qu'il n'y a que l'amour de Dieu, et le plus pur amour, qui me puisse déterminer à ce pardon. Ce n'est point la nature qui m'y porte, puisqu'il la combat directement; ce n'est point le monde, puisque le monde a des maximes toutes contraires. D'où il s'ensuit que Dieu seul en est le motif; que le seul amour de Dieu en est le principe, et qu'en disant à Dieu, je vous aime. Seigneur, et pour preuve que je vous aime, je remets de bonne foi telle injure qui m'a été faite, je suis, en parlant de la sorte, à couvert de toute illusion.

Et quelle onction, mes chers auditeurs, n'accompagne point ce témoignage secret qu'on se rend à soi-même ? J'ai sujet de penser que j'aime mon Dieu, et que je l'aime vraiment; je fais quelque chose pour mon Dieu, que je ne puis faire que pour lui, et par conséquent que je fais purement pour lui. Quel goût né trouve^t^on point en cette réflexion ?

Maia le mal est que, sans regarder jamais Dieu dans l'homme, nous ne regardons que l'homme même; et delà ces longues et vaines déclamations sur l'indignité du traitement qu'on a reçu, sur l'audace de l'un, sur la perfidie de l'autre, sur mille sujets qu'on défigure souvent, qu'on exagère, qu'on représente avec les traits les plus noirs. Hé ! chrétiens, qu'il en soit comme vous les dites, et comme il vous plaît de l'imaginer, j'y consens; maïs ne comprendrez-vous jamais que ce n'est point là de quoi il s'agit? que quand nous vous exhortons à pardonner, nous ne prétendons pas justifier à vos yeux le prochain, puisque, s'il était innocent, il n'y aurait point de pardon à lui accorder. Que voulons-nous donc? c'est que vous vous éleviez au-dessus de l'homme; c'est que vous donniez à Dieu ce que vous refuseriez à l'homme ; c'est que vous pensiez que Dieu se tiendra honoré, glorifié, et, si j'ose dire, obligé de ce que vous ferez en faveur de l'homme. Du moment que vous vous serez bien imprimé dans l'esprit cette vérité fondamentale et essentielle, y aurat-il efi'ort qui vous étonne, ou qui doive vous étonner et vous arrêter ?

Allons plus avant, et si, pour nous exciter encore et nous régler, il nous faut un grand exemple , Dieu lui-même, comme modèle, nous en servira et nous convaincra par la vue de ses miséricordes envers nous et par la douceur de sa conduite; car nous avons beau nous plaindre et relever nos droits, il n'y a jamais eu ni jamais il n'y aura de réplique à l'argument que Dieu nous fait aujourd'hui sous la figure de ce mai trede l'Evangile : Ojnne debitum dimisi tibi ; nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui (Matth. XVIIl)? J'aime mes ennemis, et je leur pardonne; je vous ai vous-même aimé, combien de fois vous ai-je pardonné? Ne devez-vous donc pas m'imiter en cela et pardonner comme moi? Raison qui nous ferme la bouche et qui nous accable du poids de son autorité ; et pour l'examiner à fond, prenez-la, mon cher auditeur, dans tous les tours qu'il vous plaira : considérez-y les offenses de part et d'autre, et comparez la personne qui les reçoit, celle qui

les fait, le pouvoir et la manière de se venger, l'intérêt qui se trouve à pardonner, la fin que l'on peut, dans l'un ou dans l'autre, se proposer : pesez, dis-je, exactement tout cela, et en tout cela vous verrez comment l'exemple d'un Dieu voul condamne, et que c'est assez de ce seul exemple, si vous r.^ le suivez pas pour vous rendre criminel. De là vos vengeances vous paraîtront pleines d'injustice, de faiblesse, de lâcheté , d'aveuglement, d'ingratitude envers Dieu, et d'oubli de vous-même. Toutes ces considérations sont dignes de vous et demandent une attention particulière.

Car, pour en venir au détail, nous sommes piqués d'une injure, et quelquefois nous nous en prenons à Dieu même ; mais combien lui-même en souffre-t-il tous les jours et en a-t-il souffert? Nous ne pouvons supporter qu'un homme se soit attaqué à nous et qu'il nous ait outragés; mais Dieu nous fait voir des millions d'hommes, ou plutôt tous les hommes ensemble qui se soulèvent contre lui et qui le déshonorent : nous avons peine à digérer que tel et tel, depuis si longtemps, nous rendent de mauvais offices; mais Dieu nous répond que depuis qu'il a créé le monde, le monde n'a pas un moment cessé de l'insulter. Il nous est fâcheux d'avoir un ennemi dans cette famille, dans cette compagnie; mais Dieu en a par toute la terre. A quoi sommesnous si sensibles, et sur quoi faisons-nous paraître tant de délicatesse? sur une parole souvent mal entendue, sur une raillerie mal prise, sur une contestation dans l'entretien, sur une vivacité qui sera échappée, sur un mépris très-léger, sur un air froid et indifférent, sur une vaine prétention qu'on nous dispute, sur un point d'honneur. Car voilà, vous le savez, voilà ce qui fait naître parmi les hommes les plus grandes inimitiés, et même parmi ces hommes si jaloux de passer dans le monde pour sages et pour esprits forts. Mais, dit saint Chrysostome, à regarder les inimitiés des hommes dans leur principe, qu'elles sont frivoles! Et qu'y a-t-il de comparable à tout ce qui s'est fait et à t^ut ce qui se fait contre notre Dieu ; aux impiétés, aux sacrilèges, aux imprécations et aux blasphèmes, aux profanations de ses au-

tels, de son nom, de ses plus sacrés mystères; aux révoltes perpétuelles et les plus formelles contre sa loi. Mais encore, qu'est-ce que ce souverain Maître, Créateur de l'univers; et qu'est-ce que de faibles créatures, qu'il a formées de sa main et tirées du néant? Si donc, vils esclaves, nous nous récrions si hautement en toutes rencontres et sur les moindres blessures, n'a-t-il pas droit de nous confondre par son exemple, et de nous dire : Omne debitum dimisi tibi, nonne ergo oporluit et te misereri? Moi, la grandeur même, moi digne de tous les hommages, mais exposé à toute l'insolence des pécheurs et à tous les excès de leurs passions les plus brutales, j'oublie en quelque sorte pour eux, et la supériorité de mon être et l'innombrable multitude, la grièveté, l'énormité de leurs offenses; moi-même je leur tends les bras ponr les rappeler, moi-même je leur ouvre le sein de ma miséricorde pour les y recueiUir, moi-même je les préviens de ma grâce et leur communique mes plus riches dons. C'est ainsi que j'en use, tout Dieu que je suis ; mais vous, ennemis irréconciliables, vous n'écoutez que la vengeance qui vous anime et la colère qui vous transporte; mais vous, hommes vous voulez traiter dans toute la rigueur des hommes, comme vous ; Nonne oportuit et te mise' reri conservi tut ? Mais vous, sans vous souvenir de votre commune origine, qui vous égale tous devant mes yeux, vous prétendez vous prévaloir de je ne sais quelle dintinction humaine, pour exagérer tout ce qui se commet à votre égard, et pour le mettre au rang des fautes irrémissibles. Mais vous, mesurant tous vos pas et craignant de rien relâcher de vos droits plus imaginaires que réels, vous passez les années, et quelquefois toute la vie dans des divisions scandaleuses, plutôt que de faire une démarche; et pour une occasion, pour un moment oiî votre frère a manqué, vous demandez des réparations qui ne finissent point. Mais vous, comptant pour beaucoup de ne pas pcrrter les choses à l'extrémité, vous demeurez dans une indifférence qui ne témoigne que trop l'éloignement et l'ahénation de votre cœur. Sont-ce là les règles de la charité que je vousairecommandôe,etdont j'ai voulu être le modèle ?

SUR LE PARDON DES INJURES. 2o9

Malheur à nous, mes frères, si nous ne nous conformons pas à ce divin exemplaire. Le péché original de l'homme a été de vouloir être semblable à Dieu : mais ici Dieu, nonseulement nous permet, mais nous conseille, mais nous exhorte, mais nous ordonne d'être parfaits comme lui : comment accorder ensemble l'un et l'autre ? Rien de plus aisé, répond saint Augustin, expliquant cette apparente contradiction. Le premier péché de l'homme a été de vouloir être semblable à Dieu en ce qui regarde la prééminence de cet Être suprême, c'est-à-dire, qu'il a souhaité d'être grand comme Dieu, éclairé comme Dieu, indépendant comme Dieu (IsAÏ. IV). Or, c'était là un orgueil insupportable et une criminelle présomption. Mais la perfection est de ressembler à Dieu par l'imitation de sa sainteté et de ses vertus ; je veux dire, d'être charitable comme Dieu, miséricordieux comme Dieu, patient comme Dieu : Estote perfecti sicui Pater vesler cœlestis perfectus est (Matth. V).

Je dis plus, et je soutiens, mon cher auditeur, que cet exemple doit avoir sur vous d'autant plus d'efficace, qu'il vous est personnel : concevez bien ceci. Je ne vous ai parlé qu'en général de tout ce que Dieu reçoit d'outrages d<^ la part des hommes, et de tout ce qu'il leur remet si libéralement et si aisément ; mais que serait-ce, si de toutes les personnes qui composent cet auditoire, prenant chacun en particulier, je lui mettais devant les yeux tout ce qu'il a falld que Dieu, dans le cours de sa vie, lui pardonnât, et tout cd qu'il se flatte en effet que Dieu lui a pardonné? Que seraitce si je présentais à ce mondain toutes les abominations d'une habitude vicieuse, oiî il s'est livré à ses désirs les plus déréglés; oiî, sans retenue et sans frein, il s'est abandonne aux plus honteux débordements ; où, mille fois révolté conlriîl sa propre conscience, il a étouffé la voix de Dieu, qui se faisait entendre à lui ; il a rejeté la grâce de Dieu qui l'éclairail et qui le pressait, il a foulé aux pieds la loi de Dieu, qui 'importunait et qui le gênait; il a raillé les plus saints mystères de Dieu, dont la créance le condamnait, et dont l'idée le fatiguait et le troublait; il a sacrifié Dieu et tous les intérêts

de Dieu à l'objet périssable qui l'enchantait et le possédait? Que serait-ce si, parcourant tous les autres états, j'appliquais cette morale à l'impie, à l'ambitieux, à l'avare (car il n'y a que trop lieu de croire que dans cette assemblée il se trouve de toutes ces sortes de pécheurs) que serait-ce, dis-je, mon cher frère, si je vous retraçais le souvenir de toutes vos iniquités, et que je raisonnasse ainsi avec vous : voilà ce que Dieu a toléré, voilà sur quoi il a usé à votre égard de toute son indulgence, voilà ce qu'il a cent fois oublié pour vous rapprocher de lui, et pour se rapprocher de vous ? Par où jamais pourrez-vous vous défendre de suivre un exemple si puissant et si présent? Or, ce que je vous dirais, Dieu vous le dit actuellement dans le fond de l'âme : Serve nequam, omne de- Mtum dimisi tibi ; méchant serviteur, c'est spécialement à vous que j'ai tout remis : l'ibi ; je pouvais vous perdre, et je me suis employé à vous sauver ; je pouvais vous bénir éternellement de ma présence, et je vous ai recherché; vous étiez pour moi dans une indocilité, dans une insensibilité, dans une dureté de cœur capable de tarir toutes les sources de ma miséricorde, et rien ne les a pu épuiser; de quel front et par quelle monstrueuse opposition, un débiteur à qui l'on a fait grâce, et grâce sur des dettes accumulées, et dont il serait accablé, peut-il poursuivre avec une sévérité inexorable l'acquit d'une dette aussi légère que celle qui vous intéresse ? Omne debitum dimisi tibi ; nonne ergo oportiiit et te misereri conservi tui ?

Mais peut-être, chrétiens, doutez-vous de ce pardon de la part de Dieu, et par rapport à vous ; car qui sait s'il est digne d'amour ou de haine, et qui peut être certain de la rémission de ses péchés? Hé bien! si vous craignez de ne l'avoir pas encore obtenue, je viens vous enseigner le moypn infaillible de l'obtenir, en vous faisant considérer Dieu comme juge; et s'il y a une vérité qui doive faire impression sur vos cœurs, n'est-ce pas celle-ci par où je conclus cette première partie? Il est vrai ; telle est en cette vie notre triste sort, et l'affreuse incertitude où nous nous trouvons: nous savons que nous avons péché, et nous ne savons si Dieu nous a pardonné ;

les plus grands saints ne le savaient pas eux-mêmes, et des pénitents par état, après avoir passé de longues années dans les plus rigoureux exercices d'une mortification accablante, saisis néanmoins de frayeur, se demandaient les uns aux autres, comme nous l'apprend saint Jean Glimaque: ah! mon frère, pensez-vous, et puis-je penser que mes péchés devant vous soient effacés? Si des saints étaient pénétrés de ce sentiment, quel doit être celui de tant de pécheurs? Or, dans le sujet que je traite, j'ai de quoi les tirer de cette incertitude qui les trouble : j'ai de quoi leur donner l'assurance la plus solide et la plus ferme, puisqu'elle est fondée sur la parole même de Dieu, sur l'oracle de la vérité éternelle : car c'est Dieu qui nous l'a dit; et s'il nous ordonne de pardonner, c'est en ajoutant à son précepte cette promesse irrévocable et si engageante, je vous pardonnerai moi-même : Dimitte, et dimittemini(L\]c. Vil). En deux mots, quel fonds d'espérance et quel motif pour animer notre charité ! il n'y a là ni ambiguïté, ni équivoque, il n'y a point de restriction ni d'exception, tout y est inteUigible, tout y est précis et formel, remarquez-le bien. Dieu par la bouche de son Fils ne nous dit pas : pardonnez, et je vous pardonnerai certains péchés ; mais de quelque nature qu'ils puissent être, vos péchés vous seront remis : Et dimittemini. 11 ne nous dit pas : pardonnez, et je vous pardonnerai plusieurs péchés; mais leur nombre, selon l'expression du prophète, fût-il plus grand que celai des cheveux de votre tête, tous vos péchés en général vous seront remis : Et dimittemini. Il ne nous dit pas : pardonnez, et après un temps marqué pour satisfaire à ma justice, je vous pardonnerai ; mais du moment que vous aurez pardonné, vos péchés dès là vous seront remis : Et dimittemini. Tellement, chrétien, que dès que je pardonne et que je pardonne en vue de Dieu et par amour pour Dieu, -je puis autant compter sur le pardon de mes péchés, que sur l'infaillibilité de Dieu et sur son inviolable fidélité. Rempli de cette confiance, je vais à l'autel du Seigneur, et sans oublier le respect dû à cette infinie majesté, j'ose lui parler de la sorte : je suis un pécheur, et je le reconnais en

votre présence, ô mon Dieu ! mais tout pécheur que je suis, vous me* recevrez en grâce, parce que selon vos ordres j'ai moi-même fait grâce ; dans le sacrifice que je viens vous présenter, je n'ai point d'autre victime à vous offrir que mon cœur et que son ressentiment, je vous l'immole, Seigneur, et c'est une hostie digne de vous, puisqu'elle est purifiée du feu de la charité ; et si vous rejetiez cette hostie, j'en appellerais à votre parole ; et si vous m'imputiez encore quelque chose après l'avoir racheté par cette hostie, je dirais. Seigneur, et vous me permettiez de le dire, ou que vous m'avez, trompé, ou que vous avez changé ; or, ni l'un ni l'autre ne vous peut convenir.

N'en doutez point, mon cher auditeur, quand vous aurez fait un pareil effort, et que vous adresserez à Dieu une telle prière, il vous écoutera, il vous répondra dans le secret du cœur ce qu'il fit entendre à Magdelaine en la renvoyant : Allez en paix, vos péchés vous sont pardonné? : Remittun~ tur tibi peccata, vade in pace (Luc Vil). Le ministre de la pénitence, témoin d'une disposition si sainte, et comptant sur toutes les autres qui s'y trouvent renfermées, prononcera sans hésiter la sentence de votre absolution, et répandra sur vous toutes les bénédictions du ciel : vous vous retirerez content de Dieu, et content de vous-même. Or, à toutes ces conditions, et par tous ces titres, dites-moi si Dieu n'a pas droit d'exiger de vous le pardon qu'il vous ordonne, et dont il vous a fait une loi ? Mais vous, dès que vous ne le voulez pas accorder, ce pardon si légitimement dû et si expressément enjoint, ne donnez-vous pas à Dieu un droit particulier de ne vous pardonner jamais à vous-même ? C'est ce que vous allez voir dans la seconde partie.

SECONDE PARTIE

Ce que nous craignons communément le plus, et ce qui nous serait dans la vie plus fâcheux et moins soutenable, c'est, chrétiens, qu'on nous traitât comme nous traitons les autres, qu'on nous jugeât comme nous jugeons les autres.

qu'on nous poursuivît et nous condamnât comme nous poursuivons et condamnons les autres. Notre injustice va jusqu'à ce point, de ne vouloir rien supporter de ceux avec qui nous sommes liés par le nœud de la société humaine, et de prétendre qu'ils nous passent tout, qu'ils nous cèdent tout, qu'en notre faveur ils se démettent de tout ; si, par un retour bien naturel, ils se comportent envers nous selon que nous nous comportons envers eux, s'ils s'élèvent contre nous de même que nous nous élevons contre eux, et s'ils nous font ressentir toute la rigueur qu'ils ressentent de notre part, nous paraissons outrés et désolés ; mais à combien plus forte raison devons-nous donc craindre encore davantage que Dieu ne se serve pour nous de la même mesure dont nous nous servons pour le prochain, c'est-à-dire qu'il ne devienne aussi implacable pour nous que nous le sommes pour nos frères, et que le pardon que nous ne voulons pas leur accorder, il ne nous l'accorde jamais à nous-mêmes? Or, c'est justement à quoi nous nous exposons par notre inflexible dureté et par nos inimitiés, en ne voulant pas nous conformer à sa conduite ; nous l'obligeons de se conformer à la nôtre, et, nous obstinant à ne rien pardonner, nous lui donnons un droit particulier de ne nous pardonner jamais. Pourquoi cela ? Le voici : parcequ'alors nous nous rendons singulièrement coupables, et coupables en quatre manières: observons-les. Coupables envers Dieu, coupables envers Jésus-Christ, • fils de Dieu, coupables envers le prochain substitué en la place de Dieu, et coupables envers nousmêmes. Coupables envers Dieu, dont nous violons un des préceptes les plus essentiels ; coupables envers Jésus-Christ, fils de Dieu, que nous renonçons en quelque sorte dès que nous renonçons au caractère le plus distînctif et le plus marqué du christianisme ; coupables envers le prochain substitué en la place de Dieu, et à qui nous refusons ce qui lui est dû en conséquence du transport que Dieu lui a fait de ses justes prétentions ; enfin, coupables envers nousmêmes, soit en nous démentant nous-mêmes, et la prière que nous faisons tous les jours à Dieu, soit en prononçant

contre nous-mêmes, par cette prière, notre propre condamnation. Quelle ample matière et quel nouveau fond de morale ! Ecoutez-moi, tandis que je le vais développer.

Car il ne faut point se persuader, chrétiens, qu'il vous soit indifférent de pardonner ou de ne pardonner pas, et que devant Dieu vous en soyez quittes pour lui représenter la justice de vos ressentiments et de vos vengeances, par la grièveté des injures qui vous offensent. Tout offensés que vous pouvez êt'.e, Dieu vous défend de suivre les mouvements de votre cœur aigri et envenimé ; et quelque violente que soit la passion qui vous anime, il veut que vous l'étouffiez. Pourquoi ? Parce qu'il s'est réservé à lui seul le droit de vous venger et de vous faire justice, quand il lui plaira, et selon qu'il lui plaira : Mihi vindicta, et ego retnbuam (Rom. XII). Il ne prétend pas que sans sujet et sans égard on s'aitaque à vous, ni que le tort que vous recevez demeure, impuni ; mais parce que s'il vous permettait d'être vous-mêmes les juges et les exécuteurs de la juste satisfaction que vous pouvez attendre, tout le lien de la société serait bientôt rompu, et toute la charité éteinte dans le monde; pour la maintenir cette société qu'il a établie, et pour conserver entre les hommes cette charité si nécessaire, il vous ordonne de lui abandonner votre cause, de vous en reposer sur lui, et de réprimer jusqu'au moindre sentiment qui TOUS porterait aux dissensions et à une fatale désunion. Précepte si exprès et d'une obligation si étroite, qu'il entend même que sur le point de lui présenter tout autre sacrifice, vous quitterez l'autel, vous y laisserez la victime, et vous irez avant toutes choses vous réconcilier avec votre ennemi. Sans cela, quelque présent que vous' apportiez à son sanctuaire et que vous ayez à lui mettre dans les mains, il le rejette et le réprouve. Que faites-vous donc, mon cher auditeur, quand, par une division scandaleuse ou par une secrète aliénation, vous séparez ce que Dieu avait uni, et vous troublez la paix dont il était le garant et le sacré nœud ? Outre l'ennemi visible que vous avez sur la terre, et que \ous aigrissez encore davantage, vous en suscitez contre

vous un autre dans le ciel, mais plus puissant mille fois et plus redoutable, tout invisible qu il est : c'est Dieu même. Or, se rendre ainsi coupable et condamn ible aux yeux de Dieu, n'est-ce pas l'autoriser spécialement à vous punir, et à vous punir sans rémission ?

Non, cbrétiens, tant que vous serez inflexibles pour vos frères, n'espérez pas que Dieu jamais se laisse fléchir en votre faveur. Vous vous prosternerez à ses pieds, vous gémirez devant lui, vous vous frapperez la poitrine et vous éclaterez en soupirs pour le toucher; mais la même dureté que vous avez à l'égard d'un homme comme vous, il l'aura envers vous; et malgré vos gémissements et vos soupirs, n'attendez de lui d'autre réponse que ce foudroyant anathème. Point de miséricord'^ à celui qui n'a pas fait miséricorde : Judicium sine misericordiâ illi qui non fecit miser icordiam (Jacob. II). Il est vrai que dans son Église il y a un tribunal de miséricorde pour les pécheurs et pour le pardon de leurs péchés, et qu'il a revêtu ses ministres de son pouveir pour vous absoudre ; mais ce pouvoir par rapport à vous est suspendu, dès que vous voulez fomenter dans votre âme le mauvais levain qui l'environne, et le ministre alors doit vous dire en vous renvoyant : Judicium sine misericordiâ illi qui non fecit misericordiam. Il est vrai qu'à la mort Dieu commande aux prêtres de redoubler leurs soins pour votre secours, et de vous communiquer abondamment et libéralement toutes les grâces qu'ils ont à dispenser; mais s'ils ne peuvent vous engager à une réunion sincère et de cœur, et s'ils n'en ont de solides témoignages, il leur défend à ce moment môme, à ce formidable moment, de vous faire p;irt des remèdes spirituels, dont une telle disposition vous rend indignes ; et plutôt que de vous les appliquer en cet état, il veut qu'ils vous laissent mouiir sans sacremenis et en réprouvés, afin que sa parole s'accomplisse : Judicium sine misericordiâ illi qui non fecit misericordiam. Ah ! combien de pécheurs sont ainsi passés au jugement de Dieu; et si plusieurs ont consenti dans cette extrémité à de prétendues réconciliations, combien sous de

trompeuses apparences sont morts aussi ennemis qu'ils Tétaient depuis de longues années ! Car il est certain que de toutes les passions il n'en est point qui s'imprime plus profondément que la haine, ni qu'il soit plus difficile de déraciner. On a vu des chrétiens, après avoir enduré pour l'Évangile de cruels supplices, et triomphé de tous les efforts des tyrans, s'oublier eux-mêmes à la vue d'un ennemi, et sur le point de consommer leur victoire, céder à un ressentiment, et perdre avec la foi la couronne du martyre.

Je ne m'en étonne point, puisque rien n'est plus directement opposé à l'esprit de Jésus-Christ, que l'esprit de vengeance et les aversions qui l'entretiennent dans un cœur. Autre sujet de la colère et de l'indignation de Dieu; car entre les caractères de la loi évangélique, un des plus propres, et je puis le dire, le premier, c'est cette charité, qui sans distinction d'amis et d'ennemis, nous He tous ensemble, et ne fait de tous les cœurs qu'un même cœur, et de toutes les âmes qu'un même âme. Cette charité, qui va jusqu'à bénir ceux qui nous chargent de malédictions, jusqu'à prier pour ceux qui nous persécutent et qui forment contre nous les plus injustes entreprises, jusqu'à les embrasser, jusqu'à les secourir dans leurs besoins, jusqu'à les aider de tout notre pouvoir. Cette charité que pratiqua sur la croix le Fils de Dieu, notre Sauveur et notre divin exemplaire, lorsque s'adressant à son père, il prit la défense des Juifs qui poursuivaient sa mort, des juges qui l'avaient condamné, et de ses bourreaux même, qui l'outrageaient encore après l'avoir crucifié : Pate7\ dimitte illis, non enini sciunt quid faciunt (Luc XXIII). Voilà, dis-je, la perfection de la loi de grâce, voilà le précepte que Jésus- Christ semble avoir eu plus à cœur, le précepte qu'il a spécialement adopté comme son précepte,^auquel il s'est particulièrement attaché, sur lequel il a plus fortement insisté ; voilà à quoi il veut qu'on nous connaisse en quahté de chrétiens : In hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis (Joan. XIII). Quand donc, contre toutes les règles de cette charité si hautement et si expressément recommandée, nous nous éloignons les uns des autres et que.

nous vivons dans une guerre, ou déclarée, ou d'autant plus dangereuse et plus mortelle, qu'elle est plus couverte ; quand à la première atteinte qui nous blesse, nous nous récrions, nous nous emportons, nous ne pensons qu'à rendre reproche pour reproche, médisance pour médisance, mal pour mal, quel qu'il puisse être ; quand retenus par un respect tout humain et par une modération feinte, nous conservons cependant au fond de notre âme un venin qui l'empoisonne, et qui ne manque pas de se répandre dans l'occasion, quoique subtilement et sans bruit ; quand nous nous consumons de réflexions, de désirs, d'envies, que nous inspire une secrète malignité, et qui ne tendent qu'à la satisfaire ; quand nous nous laissons préoccuper des idées communes, que nous nous faisons une gloire d'avoir vengé une injure, que nous regarderions comme une opprobre de n'en avoir point effacé la tache, que nous aurions honte de n'en avoir pas eu raison par quelque voie que ce soit; n'est-ce pas alors renoncer Jésus-Christ, sinon de bouche, au moins d'effet, puisque c'est renoncer une des maximes fondamentales de la sainte religion qu'il nous a prêchée? N'est-ce pas rougir de Jésus- Christ, puisque c'est rougir de sa morale et de l'observation de sa loi ? Or, ne nous y trompons pas, et comprenons bien deux choses : premièrement, qu'il n'y a point d'autre médiateur par qui nous puissions obtenir la rémission de nos péchés, que Jésus-Christ, secondement, que quiconque aura renoncé Jésus-Christ, Jésus-Christ le renoncera, et que quiconque aura rougi de Jésus-Christ devant les hommes, Jésus- Christ devant son Père rougira de lui ; par conséquent, que si nous ne pardonnons comme Jésus-Christ, et selon la loi de Jésus-Christ, nous ne pouvons compter sur sa média tion, ni espérer par ses mérites l'abolition de nos offenses; mais si ce n'est par lui que nous l'avons, par qui l'auronsnous?

Chose étrange, mes chers auditeurs ! Nous sommes chrétiens, ou nous prétendons l'être en vertu de la profession que nous en faisons ; nous n'avons pas une fois recours à Dieu pour implorer sa grâce, que ce ne soit au nom de Je-

sus-Ghrist, comme frères de Jésus-Christ, comme membres de Jésus-Christ; et cependant nous prenons des sentimenis tout opposés à ceux de Jésus-Christ, nous tenons une conduite toute contraire à la sienne, nous le désavouons et nous le déshonorons en désavouant son Évangile et déshonorant le christianisme, où par une vocation particulière il nous a spécialement appelés. Autrefois le signe des chrétiens et la gloire du christianisme, c'était lesprit de paix qui régnait entre eux ; c'était, comme je l'ai déjà dit, ce concours unanime de tant de volontés dans une même volonté, et de tant d'intérêts dans un même intérêt; tellement que de toute une multitude il ne se faisait, pour ainsi dire, qu'un même homme. Les païens le remarquaient, et c'est ce qui les étonnait, ce qui les édifiait, ce qui les charmait. Qu'y avait-il en effet de plus admirable et de plus grand ? Ils voyaient parmi des gens de tous les pays et de tous les caractères une concorde que rien ne troublait; ils voyaient des martyrs endurer sans se plaindre, et même avec joie, les fausses accusations, les calomnies atroces, les ignominies publiques, tout ce qu'il y a de plus outrageant et de plus diffama.it; ils voyaient ces généreux soldats de Jésus-Christ, et ces fidèles imitateurs de sa charité, pardonner à leurs tyrans toute la fureur qui les animait contre eux, et embrasser ceux qui les tourmentaient, qui les déchiraient, qui les brûlaient. C'était là le triomphe de la religion ; mais en voici le scandale : c'est que parmi les successeurs de ces chrétiens si patients et si charitables, il ne se trouve presque plus de patience dans les injures ni de charité. On voit des disciples de Jésus-Christ en de perpétuelles contestations et en des discordes éternelles; on emploie toutes les considérations divines et humaines pour les adoucir et pour les accommoder ; mais souvent on y perd ses soins et l'on n'y peut réussir. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que, par la plus funeste de toutes les illusions, ce sont quelquefois les plus chrétiens en apparence et les plus déclarés pour la piété, qui gardent dans le cœur plus d'amertume et plus de fiel. Ils viennent à l'autel de Jésus- Christ, ils participent au sacrement de Jésus-Christ, ils pré**

chent la plus sévère morale de Jésus-Christ; et cependant il roule dans leur esprit mille projets de la vengeance la plus vive et la plus dure ; cependant ils forment mille intrigues et mille cabales, non point seulement contre quelques particuliers, mais contre des sociétés, contre des corps entiers, pour les noter, pour les décrier, pour les ruiner ; et cependant ils n'épargnent ni le sacré ni le profane, ni l'artifice ni le mensonge, pourvu qu'ils puissent parvenir à la fin qu'ils se proposent d'humilier, de confondre, de perdre quiconque ose les contredire, et ne donner pas aveuglément dans leurs idées, ou plutôt dans leurs erreurs. Encore prétendent-ils agir en cela pour Jésus-Christ et défendre la cause de Jésus-Christ, comme si cet Homme-Dieu, ce Dieu de charité, pour qui la défense de sa propre personne ne proféra pas une parole, autorisait dans eux, sous le vain prétexte de sa gloire, les plus aigres sentiments, les plus iniques préjugés, les plus noires médisances et les plus injustes pratiques.

Mais revenons. De ne vouloir pas pardonner, c'est se rendre coupable envers Dieu, coupable envers Jésus-Christ, Fils de Dieu, et je dis encore, coupable envers le prochain, substitué en la place de Dieu : troisième rai«on qui engage Dieu à nous juger nous-mêmes selon toute la sévérité de sa justice et sans indulgence. Car quel que puisse être cet homme contre qui vous vous tournez, et pour qui vous vous montrez si intraitable, il est re'.êtu de tous les droits de Dieu, et c'est de lui que Dieu vous a dit ce que l'apôtre saint Paul disait à son disciple Philémon, au sujet d'Onésime : Recevez-le comme moi-même, et usez-en avec lui comme vous en devez user avec moi-même : Suscipe illum sicut me (Philem., V. 7). Il vous a déplu dans une occasion, il s'est échappé à votre égard, et c'est une dette dont vous pourriez lui demander compte; mais cette dette, je la prends sur moi, et pour une juste compensation, je lui transporte celles que je pourrais à meilleur titre exiger de vous; car souvenez-vous que vous vous devez vous-même à moi, et que j'ai sur vous un droit absolu et sans réserve : Si aiitem aliquid nocuit tibi, aut débet, hoc mihi imputa ; ego reddam ut non dicam tibi quod

et te ipsum mihi debes (Ibid., v. 18). C'est ainsi, dis-jc, que Dieu s'en est expliqué, et c'est ainsi que votre frère, tout redevable qu'il vous est, a droit d'attendre de votre part un traitement favorable, et une remise entière. Mais vous, violant tous ses droits, vous n'êtes occupé que des vôtres ; vous les relevez, vous les exagérez, vous les redemandez avec une hauteur et une exactitude que vous appelez droiture, justice, équité ; mais que j'appelle, moi, inhumanité, que j'appelle cruauté, que quelquefois même je puis appeler férocité. Car qui ne sait pas quels sont les emportements d'une passion de vengeance? on se croit tout permis, et l'on ne garde nulle mesure. Dans la fausse idée que l'on se forme d'une offense que l'imagination grossit, et que notre délicatesse fait croître à l'infini, quoi qu'on dise, quoi qu'on entreprenne, quoi qu'on exécute, ce n'est jamais trop. Pour un trait, on en renvoie mille autres ; pour un mot, on en vient à mille discours remplis d'invectives les plus injurieuses et qui n'ont point de fin; pour une fois et pour un moment, on passe les années, et souvent toute la vie, à butter sans cesse un homme, à le chagriner, à le traverser, et s'il est possible à le désoler et à l'accabler : pourquoi ? parce que, aveuglés d'un amour-propre qui ne se prescrit point de bornes, nous nous infatuons de nos prétendus droits, et nous perdons tout souvenir du droit réel et solide que Dieu a transmis au prochain.

Après cela, mes chers auditeurs, allez à l'autel faire la prière que le Sauveur vous a lui-même tracée; allez aux pieds de Dieu prononcer contre vous-mêmes l'arrêt le plus foudroyant ; allez à la face de ce Dieu de majesté vous démentir vous-mêmes, vous condamner vous-mêmes, et vous rendre enfin coupables envers vous-mêmes ; c'est la dernière preuve par où je finis et dont vous devez être touchés. Nous disons tous les jours à Dieu : Seigneur, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés : Dimiite nobis, sicut et nos dimitiimiis (Matth. VI). Nous le disons; mais si nous comprenons le sens de cette prière, et que nous ayons lame ulcérée d'un sentiment qui la pique et qu'elle n'ait pas encore guéri,

cette prière de sanctification devient pour nous une prière d'abomination ; et je soutians que nous ne la devons proférer qu'en tremblant; que nous la devons regarder comme une sentence de mort, et comme l'anathème le plus terrible qui puisse tomber sur nos têtes. Et en effet, n'est-ce pas ou nous démentir nous-mêmes, ou nous condamner nousmêmes? Nous démentir nous-mêmes, si nous pensons d'une façon et que nous parlions de l'autre; si ne voulant pas sincèrement et de bonne foi que Dieu nous mette égalité parfaite entre son jugement et le nôtre, nous osons néanmoins lui tenir un langage tout opposé. Nous condamner nous-mêmes, si, consentant à ce que Dieu ne nous pardonne qu'autant que nous pardonnerons, nous ne pardonnons ; et si pour rentrer en grâce auprès de lui, nous ne remplissons pas une condition sans laquelle nous semblons conséquemment lui demander qu'il nous réprouve.

Car, qu'est-ce à dire : Pardonnez-nous, mon Dieu, de môme que nous pardonnons, lorsque réellement et dans la pratique nous ne pouvons nous résoudre à pardonner? /)^milte noUs sicut et nos dimittimus. Faites-y, mon cher frère, toute l'attention nécessaire, et je m'assure que vous en serez saisi de frayeur. C'est dire à Dieu : Seigneur, comme je porte dans mon sein une aversion que rien n'en peut arracher, ayez pour moi la même haine, et comme je ne veux jamais voir cet ennemi, ni qu'il me voie, ne souffrez pas que moi-même je vous voie jamais dans votre royaume : travaillez à ma perte, comme je travaille à la sienne, et couvrez-moi dans l'enfer d'une confusion éternelle, comme je voudrais sur la terre le combler d'opprobres : Sicut et nos. C'est dire à Dieu : Ne me pardonnez pas mieux, Seigneur, que je pardonne; et comme cette réconciliation où l'on m'engage n'est qu'apparente, ne vous réconciliez point autrement avec moi ; je suis toujours votre ennemi, soyez toujours le mien; malgré la parole que j'ai donnée, je n'attends pour me ven'ger que l'occasion qui me manque : servez-vous, pour vous venger de moi, de toutes celles qui se présenteront et qui ne vous manqueront pas : Sicut et nos. C'est dire à Dieu : De même, Seigneur,

qu'il me suffit, ou que je veux qu'il me suffise, en pardonnant, de ne point agir contre la personne, et que du reste je ne prétends la gratifier en rien, l'aider en rien, abandonnez tous mes intérêts, et ne prenez part à aucune chose qui me concerne : privez-moi de tous vos dons, et refusez-moi toute faveur, tout secours, tout bien : Siciit et nos. Est-ce ainsi, mon cher auditeur, que vous l'entendez? Du moins c'est ainsi que vous le dites, et c'est ainsi que Dieu, dans son jugement, l'accomplira. Quelle horreur ! Ah ! pensez-y, chrétiens, quelle conviction et quelle horreur, quand Dieu, en vous rejetant de sa présence, vous dira : De ore tuo tejudico ! (Luc. XIX). Il ne faut point d'autre juge que vous-même. L'arrêt de ma justice, qui vous éloigne de moi, vous paraît rigoureux, il vous consterne, il vous désespère; mais c'est vous-même qui l'avez dicté, et vous l'avez eu cent fois vous-même dans la bouche. De quoi pouvez-vous vous plaindre? je suis la règle que vous m'avez marquée; je vous pardonne comme vous avez pardonné ; ou plutôt, parce que vous n'avez jamais pardonné, ne comptez jamais que je vous pardonne ; retirez- vous : De ore tuo te judico !

C'est à vous, mes frères, à le bien méditer, ce funeste arrêt; et c'est à vous à prendre sur cela votre parti ; car il n'y a point de tempérament, point de miheu ; ou pardon de votre part, ou de la part de Dieu affreuse réprobation : choisissez de l'un ou de l'autre. Mais quoi, voudrais-je donc à ce prix me donner une satisfaction si vaine? M'est-il donc si important de réparer une injure, que je veuille qu'il m'en coule mon éternité, mon salut, mon àme? En poursuivant un ennemi, et en le haïssant, ne serait-ce pas être mille fois encore plus ennemi de moi-même, et en repoussant un mal, ne serait-ce pas m'attirer le plus grand de tous les maux, le souverain mal? Comment en jugerai-je à la mort, et comment en jugent tant d'autres? Oserais-je mourir alors dans l'état d'inimitié oiî je vis, e'. ne serait-ce pas un scandale pour le monde même, qui, malgré ses faux principes sur les injures, par la contradiction la plus sensible et par le témoignage qu'il se trouve forcé de rendre à la vérité, con-

damnerait lui-même un mourant assez endurci pour emporter avec lui son ressentiment dans le tombeau ? Or, pourquoi ne pas faire maintenant et utilement ce qu'il faudra faire nécessairement un jour, et peut-être sans fruit? Car, qu'est-ce que ces réconciliations de la mort, et que peut-on se promettre de ce qui n'est souvent qu'une cérémonie et qu'un usage? S'il y a quelques difficultés à surmonter, et quelques victoires à remporter sur moi, j'en serai bien dédommagé par l'onction divine qu'on y goûte. Jamais Joseph ne ressentit plus de consolation que lorsqu'il embrassa ses Irères, qui l'avaient vendu : il en pleura, non pas de douleur, mais de la joie la plus douce et la plus solide. Q.;oi qu'il en soit, chrétiens, nous sommes pécheurs (car voilà toujours où il en faut revenir), et pécheurs en toutes manières. Comme pécheurs, nous avons un besoin infini que Dieu nous pardonne. Pardonnons, et espérons tout de sa miser corde dans le temps et dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.

Df'xtt Jésus discipulis suis : Attendite à falsis Prophetis, gui veniunt ad vos in vestimentis ovium, intrinsecics aulem sunt lupi rapaces.

Jésus dit à ses diiciples: Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, et qui dans le fond sont des loups ravissants.

Mattii. VII.

C'est de tout temps qu'il y a eu de faux prophètes et dos hypocrites dans l'Église de Jésus-Christ; et c"est à nous,

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mes chers auditeurs, aussi bien qu'aux premiers disciples, que s'adressent ces paroles de notre adorable maître. Il n'est rien de plus saint que la piété, rien de plus excellent et de plus divin ; mais ne puis-je pas dire avec douleur qu'il n'est rien aussi de plus exposé aux profanations et aux abus, ni rien de plus dangereux que ces âmes artificieuses qui, sous le voile d'une dévotion apparente, cachent ou le venin d'une doctrine corrompue ou le dérèglement d'une conduite criminelle? Ceci, chrétiens, m'engagerait à parler aujourd'hui contre l'hypocrisie, si Dieu ne m'avait inspiré un autre dessein, qui, quoique différent de celui-là, ne laisse pas de s'y rapporter, et dont je me promets encore plus de fruit pour la réformation de vos mœurs. L'hypocrisie, dit. ingénieusement saint Augustin, est cette ivraie de l'Évangile, que l'on ne peut arracher sans déraciner en même temps le bon grain : laissons-la croître jusqu'à la moisson, selon le conseil du père de famille, pour ne nous point mettre en danger de confondre avec elle les fruits de la grâce et les saintes semences d'une piété sincère et véritable. Au heu donc d'employer mon zèle à combattre l'hypocrisie, j'entreprends de combattre ceux qui raisonnant mal sur le sujet de l'hypocrisie, ou en tirent de malignes conséquences, ou en reçoivent de funestes impressions, ou s'en forment de fauses idées au préjudice de la vraie piété. Je veux considérer l'hypocrisie, non pas en elle-même, mais hors d'elle-même; non pas dans son principe, mais dans ses suites; non pas dans la personne des hypocrites, mais dans ceux qui ne le sont pas : en un mot, je veux, autant qu'il m'est possible, vous préserver des tristes effets que produit communément en vous l'hypocrisie d'autrui. Esprit saint, vous qui êtes souverainement et par excellence l'esprit de vérité, éclairez-nous et conduisez-nous par votre grâce, afin que nous marchions en assurance dans le chemin du salut, et que nous ne recevions nul dommage de l'imposture et du mensonge. C'est ce que je vous demande par l'intercession de la Vierge, à qui vous communiquâtes vos plus pures lumières, et que je salue en lui disant : Ave, etc.

Vous avez trop de pénétration, chrétiens, pour n avoir pas compris d'abord le dessein et le plan de ce discours. Je distingue dans le christianisme trois sortes de personnes, qui, sans être hypocrites ni le vouloir être, se font de l'hypocrisie d'autrui un obstacle essentiel à leur salut; remarquez-en bien les divers caractères : les premiers, ce sont les mondains et les libertins du siècle, qui, déclarés contre Dieu et contre son culte, se prévalent ou veulent se prévaloir de l'hypocrisie d'autrui, pour autoriser leur libertinage et s'élever contre la vraie piété. Les seconds, ce sont les chrétiens lâches à qui l'hypocrisie d'autrui est une occasion de scandale et de trouble, jusqu'à les dégoûter et à les rebuter de la vraie piété. Et les derniers, ce sont les ignorants et les simples, qui ne consultant ni leur foi ni leur raison, se laissent séduire par l'hypocrisie d'autrui et la prennent pour la vraie piété. Ainsi les impies pensent trouver dans l'hypocrisie d'autrui la justification de leur impiété, les lâches le prétexte de leur lâcheté, les simples l'excuse de leur imprudence et de leur témérité. Mais je prétends leur montrer à tous combien leur conduite est insoutenable et leurs raisonnements frivoles. Je prétends, dis-je, faire voir au libertin combien il est mal fondé, quand, pour se confirmer dans son libertinage et son désordre, il se sert de l'hypocrisie d'autrui, ce sera la première partie : au lâche, combien il est faible et coupable dans sa faiblesse, quand il se trouble de l'hypocrisie d'autrui, jusqu'à s'éloigner des voies de Dieu, ce sera la seconde partie : à rign*orant et au simple, combien il e.-t inexcusable devant Dieu lorsqu'il se laisse surprendre à l'hypocrisie d'autrui, ce sera la troisième partie. Trois points d'une extrême importance, et que je traiterai selon que le temps me le permettra. Commençons.

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