TROISIÈME PARTIE
' A bien considérer tous les traits sous lequels le Fils de Dieu nous représente aujourd'hui le mauvais riche, il y aurait presque de quoi s'étonner d'abord, que Jésus-Christ l'ait si hautement réprouvé, et qu'il ait prononcé contre lui un jugement si rigoureux. Car enfin quels crimes lui im* pute-t-on, pour en tirer cette affreuse conséquence, J/or-* tuus est dives, et sepultus est in inferno (Luc. XVI) ; le riche mourut, et il fut enseveli dans l'enfer ? Qu'avait-il fait pour être condamné au feu éternel? Il se faisait honneur de son bien : quoi de plus raisonnable ? il était vêtu de lin et de pourpre : sa condition ne le demandait-elle pas ? il se traitait tous les jours magnifiquement : sans cela ^2ue,lui eût-il servi d'être riche et dans l'opulence? C'est ainsi que le monde en juga? mais c'est en quoi le jugement du monde est corrompu, puisqu'il est opposé ù celui de la vérité éternelle, qui dans un mot réfute mille erreurs grossières dont
les esprits mondains se laissent prévenir touchant l'emploi des richesses, et par là même établit une loi aussi équitable que sévère, selon laquelle les riches du siècle doivent dès maintenant se juger eux-mêmes, s'ils ne veulent pas être ju^és^de Dieu.
En eflet, pour yous expliquer ma pensée, et pour justifier cet arrêt de réprobation porté contre le riche de l'Évangile, quoique les arrêts du Seigneur, comme parle le prophète royal, n'aient pas besoin de nos justiûcations, et qu'ils se justifient assez par eux-mêmes, Judicia Domini vcra, justificata in semetipsa (Ps. XVIIl), c'est une grande illusion de croire que dès là^jju'on est riche, l'on ait droit do vivre plus somptueusement, plus voluptueusement, plus grassement; et que le luxe, la dépense, la bonne chère doivent croître à proportion des biens. Si je consultais sur ce point la morale du paganisme, peut-être me fourniraitelle de quoi faire rougir et de quoi confondre bien des chré-" liens, qui, malgré leur relâchement, se piquent encore d'être spirituels et parfaits dans leur religion ; car en cela, com.me en beaucoup d'autres matières, les paiens dont nous déplorons l'aveuglement et l'infidélité, nous ont appris notre devoir. Ils ont cru que pour être riche, on n'en devait pas être moins réglé, moins chaste, moins abstinent, moins détaché des commodités de la vie; et que d'user des biens pour choyer son corps, pour satisfaire ses sens, pour vivre dans la mollesse et dans le plaisir, c'était un désordre que la seule raison de l'homme condamnait.
Je ne me refuserai rien, dites-vous, parce que j'ai de grands revenus, et une fortune qui suffirait aux princes et aux souverains : ainsi parle un riche prodigue dans son abondance. Hé bien, lui répond le satirique romain, et cette réponse n'est-elle pas digne du christianisme? n'avezvous rien de meilleur à quoi employer ce que vous avez de trop? n'y a-t-il point de pauvres qui gémissent? les temples sont-ils décemment et religieusement entretenus? Pourquoi faut- il que tant de misérables soient abandonnés? pourquoi les maisons consacrées à la charité publique ont-
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elles peine à subsister pendant que vous êtes dans les délices? serez-vous donc le seul qui vous ressentirez de votre prospérité? n'y aura-t-il que vous qui en jouirez, et qui serez à votre aise? Voilà comment raisonnaient des infidèles»! ^ -^j^^^ Mais la morale de l'Évangile va bien encore plus loin : car !/j elle nous apprend que plus un chrétien est riche, p\Jîs il doit être pénitent; c'est-à-dire, plus il doit se retrancher les douceurs de la vie ; et que ces grandes maximes de re- ^ noncemcnt, de dépouillement, de détachement, de cruel- ' fiement, si nécessaires'au salut, sont beaucoup plus pour lui que pour le pauvre. ^Pourquoi^? par. trois excellentes raisons qu'en apporte saint Chrysostome : comprenez-les. ,, Premièrement, dit ce saint docteur, parce que le riche est beaucoup plus exposé que le pauvre à la corruption des sens, et que ses richesses le mettant en état de pouvoir tout ce qu'il veut, elles le mettent dans une tentation continuelle de vouloir tout ce qu'il ne doit pas. Il est donc juste que, pour se garantir de ce danger, il soit toujours en guerre contre lui-même; et que, regardant sa propre chair comme son plus redoutable ennemi, bien loin de lui fournir de quoi irriter ses appétits, il lui refuse même ce qui peut seulement les entretenir. Or il a besoin pour cela, et d'une mortification salutaire, et d'une pauvreté de cœur qui le ' dégage, autant qu'il est possible, de toute affection terrestre. Sçço^ndement, parce qu'étant riche, il est communément - » plus chargé d'offenses, et plus redevable à la justice de Dieu, par conséquent plus obligé à ces satisfactions pénibles et mortifiantes à quoi nous engage la quahté de coupables, et que Dieu, comme vengeur des crimes, exige de ceux qui les ont commis. Or, vivant dans le plaisir, accomplira-t-il un devoir si indispensable? Le jeûne, la cendre, le cilice, selon la règle du Saint-Esprit, doivent être le partage des riches pécheurs ; et ce sont les riches pécheurs qui usent des mets les plus délicats, qui se parent des vêtements les plus magnifiques. Comment soutenir devant Dieu une telle contradiction? Il faut donc que le riche oublie ce qu'il est, ou plutôt, (jae, se souvenant de ce qu'il a été, et des in-
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pombPdMes désordres où il est tombé, il cesse de vivre en riche, pour vivre en pécheur converti. ^Enfin, poursuit saint Chrysostome, et ceci n'est qu'un éclaircissement de la seconde raison, parce que le riche, trouve dans sa condition des obstacles presque invincibles à la pénitence, qui néanmoins est la seule voie par où il puisse retourner à Dieu et se sauver : Nisi pœnitentiam egeritis, omnes similiter pe~ ribitis; si vous ne faites pénitence, vous périrez tous, disait le Sauveur du monde. Or, vous, mon cher auditeur, qui goûtez au milieu de vos biens et dans le monde tout ce que le monde a de plus doux, quelque universelle et quelque sévère que soit cette loi, vous la violez sans cesse et en tout. Le pauvre, par une heureuse nécessité, est éloigné de tout ce qui pourrait le corrompre : le pauvre, pour peu qu'il corresponde à la grâce de son état conserve donc aisément l'innocence de son cœur; le pauvre, s'il pèche par fragilité, trouve dans sa pauvreté même le remède de son péché, c'est-à-dire, une espèce de pénitence, d'autant plus sûre qu'elle est moins de son choix, et d'autant plus satisfactoire qu'elle est plus opposée à toutes les inclinations de la nature. Mais vous dont la bénédiction aussi bien que celle d'Ésaû est dans la graisse de la terre, quelque heureux que vous soyez dans l'idée du siècle, vous n'avez aucun de ces avantages. Vous êtes plus dangereusement tenté, plus infailliblement vaincu, plus difficilement guéri : plus dangereusement tenté par l'esprit impur, plus infaiUiblement vaincu par la passion, plus difficilement guéri de vos habitudes criminelles. Il n'y aurait donc qu'un dégagement héroïque, tel que vous le prescrit saint Paul, et qui consiste à user de vos richesses comme n'en usant pas, lequel pût vous préserver de tous ces malheurs.
Mais si cela est, à quoi me servira mon bien ? Ah ! mon frère, répond saint Chrysostome, êtes-vous encore assez aveugle pour croire que Dieu, qui a réglé toutes choses, ait abandonné ce bien à votre discrétion, et qu'il ait prétendu vous- le donner pour le dissiper à votre gré et selon les caprices de notre esprit? Non, non, ni sa bonté ni sa sagesse
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n'ont pu former ce dessein. Votre bien vous servira pour mille autres biens plus importants et plus essentiels à quoi vous le devez rapporter : il vous servira pour honorer Dieu, pour exercer la charité envers vos frères, pour en faire, comme dit l'Écriture, le prix de la rédemption de votre âm.e. Mais voas est-il môme permis de penser que vous l'ayez reçu pour fomenter votre libertinage et votre impénitence? Tel est néanmoins l'abus qui règne aujourd'hui dans le monde et dans le monde chrétien. Parce qu'on est riche, on veut avoir, je ne dis pas suffisamment, mais abondamment, mais avec superfluité, avec profusion, toutes les aises de la vie : et parce qu'il est impossible, parmi les aises de la vie, de conserver la pureté des mœurs, de là vient un débordement et une corruption générale.
Je ne parle point de ce qui s'entreprend et qui s'exécute par là de plus scandaleux. Car à Dieu ne plaise que je veuille ici révéler ces abominations que l'esprit de Dieu faisait voir au prophète, lorsqu'après lui avoir ordonné de percer la muraille et de pénétrer dans les demeures les plus secrètes des enfants d'Israël, il lui découvrait ce qui^'y passait de plus infâme : Fili hominis, fode parietem, et videbis abominationes pessimas (Ezech. VIII). A Dieu ne plaise que je vous conduise, quoique seulement en esprit, dans les maisons de tant de riches voluptueux, dont cette ville est remplie, et que, tirant le rideau, je fasse paraître comme sur la scène toutes les impuretés qui sly commettent, et que je pourrais justement appeler les abominations de cette capitale : Ingredere, et vide abominationes pessimas, quas isti faciunt hic (Idem). Quelque précaution que je pusse prendre pour vous les représentet, votre pudeur en souf* frirait. Je ne parle point des concubinages, dont l'argent prodigué est le soutien; des adultères, dont il est l'attrait; de mille autres péchés abominables, dont il est la récompense. Car, dit saint Jérôme, c'est l'argent qui séduit la simplicité des vierges, qui ébranla la constance d„s veuves, qui souille les mariages les plus honorables : c'est par les folles dépenses oii l^a^gent se consume, que l'on persuade
qu'on aime, et qu'on sait malheureusement se faire aimer; qu'on est recherché des plus fières, que l'on triomphe même des prudes et des spirituelles : c'est par là que subsistent ces damnables commerces, qui dans les familles les mieux établies causent tous les jours de si funestes divisions et de si tristes renversements. On demande à quoi cet homme s'est ruiné, et l'on en est surpris. Mais voici d'où sa ruine est venue et d'où elle a dû venir. Une débauche secrète qu'il entretenait ; une passion à laquelle il a tout sacrifié, et pour laquelle il s'estpiqué de n'épargner rien : voilà ce qui a épuisé ces revenus si clairs et si amples. La convoitise de la chair, cette sangsue, selon la parole de Salomon, qui crie toujours, apporte, apporte, et qui ne dit jamais, c'est assez ; voilà ce qui dissipe les biens de la plupart des riches. Encore si l'on n'y employait que les biens ordinaires, peut-être m'en consolerais-je : mais ce que nous appelons par respect les biens de l'Église, ces biens qui de droit naturel et de droit divin sont des biens sacrés, depuis que la piété des fidèles les a légués à Jésus-Christ dans la personne de ses ministres ; voilà à quoi ils sont prostituég. Combien de fois, ô opprobre de notre religion ! combien de fois le revenu d'un bénéfice a-t-il été le prix (Tune chasteté d'abord disputée, et enfin vendue à l'incontinence sacrilège d'un^hbertin, engagé par sa profession dans les fonctions les plus augustes du sacerdoce ? Je ne sais si le prophète aurait pu enchérir sur ce que je dis, ni s'il avait vu de plus grandes abominations : Vade, et adhuo conversus videbis abominationes majores lus (lem.). Mais laissons ces horreurs, et arrêtons-nous à ce que la coutume et l'esprit du siècle ont rendu non-seulement supportable, mais louable, quoique essentiellement opposé aux lois de l'Évangile et de la raison. Parce qu'on a du bien, on en veut jouir sans restriction, et dans toute l'étendue des désirs qu'un attachement infini à soi-même et à sa personne peut inspirer : on veut que le fruit des richesses soit tout ce qui peut contribuer à une vie commode, pour ne pas dire délicieuse : meubles curieux, équipages propres, nombre de domesti-
ques, table bien servie, divertissements agréables, logements superbes, politesses et luxe partout. Luxe, ajoute saint Jérôme, qui insulte aux souffrances de Jésus-Christ, aussi bien qu'à la misère des pauvres : luxe à qui Dieu dans l'Écriture a donné sa malédiction, quand il disait, par la bouche d'un autre prophète : Et percutiam doinum hiemaîem ciim domo ssstiva, et peribunt domus ehurnese, et disperdam habitatores de domo voluptatis (Amos, I et IIT). Je détruirai ces maisons de plaisance, ces appartements d'hiver et d'été, ces édifices qui semblent n'être construits que pour y faire habiter la volupté même ; je les renverserai, et je déchargerai md colère sur ceux qui y vivent comme enseveUs dans une molle oisiveté et dans un profond repos.
Tel est, à proportion des biens que chacun possède, l'usage qu'en fait l'amour-propre, quand il n'est pas combattu ni réglé par la mortification chrétienne. Or, j'ai dit, et il n'y a personne qui n'en convienne d'abord avec moi, que, tant que les choses seront dans ce désordre, il ne faut pas espérer que la chair soit jamais sujette à l'esprit, ni l'esprit à Dieu : Incrassatus est dilectus, et recalcitravit, paroles admirables de Moïse : Incrassatus, impinguatus, dilatatus, dereliquit Deum façtorem suum, et recessit à Deo salutari sua (Deux. XXXII. ). Ce peuple, autrefois chéri, s'est en- ,graissé des biens qui lui avaient été confiés, et~ênsuite il est devenu rebelle : à mesure qu'U s'est rem£[i, qu'il s'est bien nourri, qu'il a vécu de l'abondance, il a quitté Dieu, l'auteur de son__être et de son salut. Et ne peut-on pas dire aussi que presque tous les riches sont des hommes corrompus, ou pluiôt perdus par l'intempérance des passions charnelles qui les dominent ? nourquoi ? parce qu'ils ont tous les moyens do l'être, et qu'ils "n'usent de leurs richesses que pour assouvir leurs brutales cupidités. Victimes réservées à la colère de Dieu, et engraissées de ses propres biens ! Combien en voyez-vous d^âûtres dans le monde ? combien en voyez-vous qui dans l'opulence s'étudient à mater leur corps et à le réduire en servitude ? un riche coriÏÏnent ou pénitent, n'est-ce pas une espèce de miracle?
Pleurez donc, mes frères, concluait l'apôtre saint Jacques en parlant aux riches du siècle, pleurez^ poussez de hauts cris dans la vue de tant de périls qui vous environnent, et des calamités qui doivent fondre sur vous : Agite nimc, divites ; plorate ululantes in miseriis vestris, quie advenient vobis (Jac. V). Maintenant vous vivez dans le faste et dans le luxe, et dans la mollesse et dans le plaisir ; mais le temps viendra oii vos biens vous seront enlevés, et vous vous trouverez devant Dieu dans la dernière disette : Divitiœ vestrx •putrefactsB sitnt (Ibid,)- La rouille qui rongera votre or et votre argent, portera témoignage contre vous, et vous fera souvenir, mais trop tard, mais à votre confusion, mais à votre désespoir, qu'il ne fallait pas mettre votre confiance dans des richesses périssables : Aurum et argentum vestrvm œruginavit ; et xrugo eorum in testimonium vobis erit (Imn.). Vous amassez de grands trésors ; mais après avoir été pour vous sur la terre des trésors d'iniquité, ce seront au jugement de Dieu des trésors de colère et de vengeance : Tliesaurizastis vobis iram in novissimis diebus. (Ibid.).
Cependant voulez-vous en faire des trésors de justice et de sainteté ? après les avoir légitimement acquis, partagezles avec les pauvres. Cherchez-les ces pauvres, dans les prisons, dans les hôpitaux, en tant de maisons particulières, disons mieux, dans ces tristes et sombres retraites où ils languissent : allez être témoins de leurs misères, et vous n'ajire]^ jamais l'àme assez dure pour leur refuser votre secours : il y aurait là une inhumanité, une cruauté dont je ne vous puis croire capables. Votre cœur s'attendrira pour eux, vos mains s'ouvriront en leur faveur, et ils vous serviront d'avocats et de protecteurs auprès de Dieu. Voilà le fruit sohde que vous pouvez tirer de vos biens ; voilà le saint emploi que vous en devez faire. Craignez le sort du mauvais riche, profitez de son exemple et de mon conseil. Et vous, pauvres, apprenez à vous consoler dans votre pauvreté ; apprenez à l'estimer, puisqu'elle vous met à couvert des dangers et du malheur des riches : toute nécessaire qu'elle est, faites-en une pauvreté volontaire, en l'ac-
ceptant avec soumission, et lti la supportant avec patience. Car que vous servirait-il d'être pauvres, si vous brûliez au même temps du feu Me l'avarice : Quid tibi prodest si ega facultate, et ardes cupiditale (August.)? Que vous servirait d'être dépourvus de biens, si vous aviez le cœur plein de désirs ? Heureux les pauvres, mais les pauvres de cœur, les pauvres dégagés de toute affection aux richesses de la terre ; telle est la pauvreté que Jésus-Christ canonise dans son Évangile, et qui convient à tous les états. C'est ainsi que nous pouvons tous être pauvres en ce monde, et mériter les biens immortels de l'autre, que je vous sou haite, etc.
F!N DES CnEFS-D'OEnVRT-: ORATOIRES
petit nombre des élus; de quelle manière il faox l'entendre, et le fruit qu'on peut retirer de cette considération.
11 est constant que le nombre des élus sera le plus ps^tit, et qu'il y aura incomparablement plus de réprouvés. Or, c'est une question que font les prédicateurs, savoir, s'il est à propos d'expliquer aux peuples cette vérité, et de la traiter dans la chaire, parce qu'elle est capable de troubler les âmes, et de les jeter dans le découragement. J'aimerais autant qu'on me demandât s'il est bon d'expliquer aux peuples l'Évangile, et de le prêcher dans la chaire. Hé ! qu'y a-t-il en effet de plus marqué dans l'Évangile, que ce petit nombre des élus? qu'y a-t-il que le Sauveur du monde, dans ses divines instructions, nous ait déclaré plus aulhentiquement, nous ait répété plus souvent, nous ait fait plus formellement et plus clairement entendre ? Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (Matth. Il) : c'est ainsi qu'il conclut quelquesunes de ses paraboles : Le chemin qui mène à la perdition est large et spacieux, dit-il ailleurs : le grand nombre va là. Mais que la voie qui conduit à la vie est étroite ! il y en a peu qui y marchent. Faites effort pour y entrer (Matth. VJI). Est-il rien de plus précis que ces paroles? Voilà ce que le Fils de Dieu enseignait publiquement; voilù ce qu'il inculquait à ses disciples, ce qu'il représentait sous différentes figures, qu'il serait trop long de rapporter. Sommes-nous mieux instruits que lui de ce qu'il convient ou ne convient pas d'annoncer aux fidèles? Prêchons l'Évan-
giie, et prôclions-le sans en rien retrancher ni en rien adoucir; prêchons-le dans toute son étendue, dans toute sa pureté, dans toute sa sévérité, dans toute sa force. Malheur à quiconque s'en scandalisera ! il portera lui-même, et lui seul, la peine de son scandale.
On dit : Ce petit nombre d'élus, cette vérité fait trembler; mais aussi l'apôtre veut-il que nous opérions notre salut avec crainte et avec tremblement. On dit : C'est une matière qui trouble les consciences; mais aussi est-il bon de les troubler quelquefois, et il vaut mieux les réveiller en les troublant, que de les laisser s'endormir dans un repos oisif et trompeur. Enfin, dit-on, l'idée d'un si petit nombre d'élus décourage et désespère : oui, cette idée peut décourager et peut même désespérer quand elle est mal conçue, quand elle est mal proposée, quand elle est portée trop loin et surtout quand elle est étabhe sur de faux principes et sur des opinions erronées. Mais qu'on la conçoive selon la vérité de la chose; qu'on la propose telle qu'elle est dans son fond, et non point telle que nous l'imaginons; qu'on la renferme en de justes bornes, hors desquelles un zèle outré et une sévérité mal réglée peuvent la porter ; qu'on l'établisse sur de bons principes, sur des maximes constantes, sur des vérités connues dans le christianisme : bien loin alors qu'elle jette dans le découragement, rien n'est plus capable de nous émouvoir, de nous exciter, d'allumer toute notre ardeur, et de nous engager à faire les derniers efforts pour assurer notre salut, et pour avoir place parmi la troupe bienheureuse des prédestinés. 11 s'agit donc présentement de voir comment ce sujet doit être louché, quels écueils il y faut éviter, et selon quels principes il y faut raisonner, aûn de le rendre utile et profitable.
Je l'avoue d'abord, et je m'en suis assez expliqué ailururs, il y a certaines doctrines suivant lesquelles on ne peut prêcher le petit nombre des élus sans ruiner l'espérance chrétienne, et sans mettre ses auditeurs au désespoir. Par exemple, dire qu'il y aura peu d'élu?, parce que Dieu ne veut pas le salut de tous les hommes; parce qu*^ Jésus-
Christ, Fils de Dieu, n'a pas répandu son sang ni offert sa mort pour le salut de tous les hommes; parce qu'il ne donne pas sa grâce, ni ne fournit pas les moyens de salut à tous les hommes; parce qu'il réserve à quelques-uns ses bénédictions, qu'il épanche sur eux avec profusion toutes ses richesses et toutes ses miséricordes, tandis qu'il laisse tomber sur les autres toute la malédiction attachée à ce péché d'origine qu'ils ont apporté en naissant: je le sais, encore une fois, et j'en conviens, débiter dans une chaire chrétienne de pareilles propositions, et s'appuyer sur de semblables preuves pour conclure précisément de là que très-peu entreront dans l'héritage céleste et parviendront à la vie éternelle, c'est scandaliser tzz) un auditoire, et ralentir toute sa ferveur, en renversant toutes ses prétentions au royaume de Dieu. Chacun dira ce que les apôtres dirent au Sauveur du monde, et le dira avec bien plus de sujet qu'eux : Si cela est de la sorte, qui est-ce qui pourra être sauvé (Matth. XIX). Aussi l'Église a-t-elle foudroyé de si pernicieuses erreurs, et a-t-elle cru devoir prévenir par ses anathèmos de si funestes conséquences.
Pour ne pas donner dans ces extrémités, et pour prendre le point juste où l'on doit s'en tenir, si j'entreprenais de faire un discours sur le petit nombre des élus, voici, ce me semble, quel en devrait être le fond. Je poserais avant toutes choses les principes suivants:
1. Que nous avons tous droit d'espérer que nous seronf> du nombre des élus. Droit fondé sur la bonté et sur la mi<-' séricorde de Dieu, qui nous aime tous comme son ouvrage, et dont la providence prend soin de tous les êtres que sa puissance a créés ; droit fondé sur les promesses de Dieu, qui nous regardent tous, surtout comme chrétiens : car c'est à nous, aussi bien qu'aux fidèles de Gorinthe, que saint Paul disait : Ayant donc, mes très-chcrs frères, de telles promesses de la part du Seigneur, purifions-nous de toute souillure, et achevons de nous sanctifier dans la crainte de Dieu (Cor. VU). Droit fondé sur les mérites infinis de Jésus-Christ, auxquels nous participons tous, et en vertu
desquels nous pouvons et nous devons tous le reconnaî-.'e comme notre Sauveur; droit fondé sur la grâce de notre adoption, puisque i)ous tous qui avons été baptisés en Jésus- Christ, nous avons acquis un pouvoir spécial de devenir enfants de dieu (Joan. III). Or, tous les enfants ont droit à rhéritage du père, et, par conséquent, en qualité d'enfants de Dieu, nous avons tous droit à l'héritage de Dieu.
2. Que non-seulement nous sommes tous en droit, mais dans une obligation indispensable d'espérer que nous serons du nombre des élus. Gomment cela? c'est que Dieu nous commande à tous d'espérer en lui, de même qu'il nous commande à tous de croire en lui et de l'aimer. L'espérance en Dieu est donc pour nous d'une obligation aussi étroite que la foi et que l'amour de Dieu. Or, être obligé d'espérer en Dieu, c'est être obligé d'espérer le royaume de Dieu, la possession éternelle de Dieu, la gloire et le bonheur des élus de Dieu; de sorte qu'il ne nous est jamais permis, tant que nous vivons sur la terre, de nous entretenir volontairement dans la pensée et la créance formelle que nous serons du nombre des réprouvés : pourquoi ? parceque dès lors nous ne pourrions plus pratiquer la vertu d'espérance, ni en accomplir le commandement.
3. Qu'il n'y a point même de pécheur qui ne doive conserver cette espérance ; qui ne commette un nouveau péché quand il vient à perdre cette espérance; qui ne se rende coupable du péché le plus énorme, ou plutôt qui ne mette le comble à tous ses péchés, quand il renonce tout à fait à cette espérance, et qu'il l'abandonne. Car, comme je l'ai déjà fait remarquer, on peut être actuellement pécheur, et être un jour au nombre des élus : témoin saint Pierre, témoin saint Paul, témoin Madeleine. Ce n'est pas, à Dieu ne plaise, en demeurant toujours pécheur, mais en se convertissant. Or, il n'y a point de pécheur dont Dieu ne veuille la conversion : Ce n'est point la mort des 'pécheurs que je demande ; mais je veux quils se convertissent et quils vivent (Ezech. XXXIII). Il n'y a point de pécheur que Jésus-Christ ne soit venu chercher et racheter : Lorsque nous étions encore 'pécheurt
OPUSCULES. ol7
et ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés par son Fils (Rom. V). Il n'y a point de pécheur qui ne doive réparer ses péchés par une vie pénitente : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous (Luc. XII). Donc tout cela étant essentiellement lié avecl'espérance en Dieu, il n'y a point de pécheur qui ne la doive toujours garder dans son cœur, quelque pécheur qu'il soit du reste, et en quelque abîme qu'il se trouve plongé.
Ces principes supposés comm.e- autant de maximes incontestables, j'examinerais ensuite, non point s'il y aura peu d'élus, puisque Jésus-Christ nous l'a lui-même marqué expressément dans son Évangile, mais pourquoi il y en aura peu; et il ne me serait pas difficile d'en donner la raison, savoir, qu'il y en a peu et fort peu qui marchent dans la voie du salut, et qui veuillent y marcher. Je ne dis pas qu'il y en a peu qui puissent y marcher; car une autre vérité fondamentale que j'établirais, c'est que nous le pouvons tous avec la grâce divine, qui ne nous est point pour cela refusée; que tous, dis-je, nous pouvons, chacun dans notre état, accomplir ce qui nous est prescrit de la part de Dieu pour mériter la couronne et pour assurer notre salut. Sur quoi je reprendrais et je conclurais que si le nombre des élus sera petit, même dans le christianisme, c'est par la faute et la négligence du grand nombre des chrétiens; que c'est par leur conduite toute mondaine, toute païenne, toute contraire à la loi qu'ils ont embrassée, et à la religion qu'ils professent.
De là, prenant l'Évangile et entrant dans le détail, je dirais : A qui est-ce que le salut est promis? à ceux qui se font violence : Depuis le temps de Jean-Baptiste jusque à présent, le royaume des deux se prend par force, et ceux qui y emploient la force le ravissent (jMaïth. XI) ; à ceux qui se renoncent euxmêmes, qui portent leur croix, qui la portent chaque jour et qui consentent à la porter : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix, qu'il la porte tous les jours, et qu'il me suive (Matth. XVI); à ceux qui observent les commandements, surtout les deux commandements, les plus essentiels, qui sont l'amour de Dieu et h charité du prochain : Vous aimerez le Seigncr votre Dieu
de tout votre cœur, et votre prochain comme vous-même ; faites cela, et vous vivrez (Luc. X); à ceux qui travaillent pour Dieu, qui agissent selon Dieu, qui pratiquent les bonnes œuvres, et font en toutes choses la volonté de Dieu : Ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas tous dans le royaume des deux ; mais celui qui fera la volonté de mon Père céletse, celui-là entrera dans le royaume des deux (Matth. YII); à ceux qui mortifient leurs passions, qui surmontent les tentations, qui s'éloignent des voies du monde et de ses scandales, qui se préservent du péché, qui se maintiennent dans la règle, dans l'innocence, ou qui se relèvent au moins par la pénitence, et y persévèrent jusqu'à la mort. Voilà le caractère des élus; mais sans cela ce serait immanquablement des réprouvés. Or, y en a-t-il beaucoup, parmi les chrétiens même, à qui ces caractères conviennent ? Là-dessus je renverrais à l'expérience : c'est la preuve la plus sensible et la plus convaincante. Sans juger mal de personne en particulier, ni damner personne, il suffit de jeter les yeux autour de nous, et de parcourir toutes les conditions du monde, pour voir combien il y en a peu qui fassent quelque chose pour gagner le ciel ; peu qui sachent profiter des croix de la vie, et qui les reçoivent avec soumission ; peu qui donnent à Dieu ce qui lui est dû, qui l'aiment véritablement, qui le servent fidèlement, qui cherchent à lui plaire en accomplissant ses saintes volontés; peu qui s'acquittent envers le prochain des devoirs de la charité, qui en aient dans le cœur les sentiments, et qui dans la pratique en exercent les œuvres; peu qui veillent sur eux-mêmes, qui fuient les occasions dangereuses, qui combattent leurs passions, qui résistent à la tentation de l'intérêt, à la tentation de l'ambition, à la tentation du plaisir, à la tentation de la vengeance, à la tentation de l'envie, à toutes les autres, et qui ne tombent, en y succombant, dans mille péchés; peu qui reviennent de leurs égarements, qui se dégagent de leurs habitudes vicieuses, qui fassent, après leurs désordres passés, une pénitence solide, efficace, durable. Et quel est aussi le langage ordinaire sur la corruption des mœurs? ce ne sont point seu-
lement les gens de bien, mais les plus libertins, qui en parlent hautement. N'entend-on pas dire sans cesse que tout est renversé dans le monde, que le dérèglement y est général; qu'il n'y a ni âge, ni sexe, ni état, qui en soit exempt; qu'on ne trouve presque nulle part ni religion, ni crainte de Dieu, ni probité, ni droiture, ni bonne foi, ni justice, ni charité, ni honnêteté, ni pudeur; que ce n'est partout, ou presque partout, que libertinage, que dissolution, que mensonge, que tromperies, qu'envie de s'agrandir et de dominer, qu'avarice, qu'usure, que concussions, que médisance, qu'un monstrueux assemblage de toutes les iniquités? Yoilà comment on nous représente le monde, voilà quelle peinture on en fait, et comment on s'en explique. Or, parler de la sorte, n'est-ce pas rendre un témoignage évident du petit nombre des élus?
Et si l'on se retranchait à me dire que c'est la mort, après tout, qui décide du sort éternel des hommes ; que ce n'est ni du commencement, ni même du cours de la vie que dépend absolument le salut, mais de la fin; et que tout consiste à mourir dans des dispositions chrétiennes : il est -vrai, répondrais-je; mais on ne peut guère espérer de mourir dans ces dispositions chrétiennes qu'après y avoir vécu ; et puisqu'il y en a très-peu qui y vivent, je conclurais qu'il y en a très-peu qui y meurent. Car il me serait aisé de détruire la fausse opinion des mondains, qui se persuadent que, pour bien finir et pour mourir chrétiennement, il n'est question que de recevoir dans l'extrémité de la maladie les derniers sacrements de l'Église, et de donner certains signes de repentir. Ah ! qu'il y a là-dessus d'illusions ! A peine oseraisje déclarer tout ce que j'en pense.
Non certes, il ne s'agit point seulement de les recevoir, ces sacrements si saints en eux-mêmes et si salutaires, mais il faut les recevoir saintement, c'est-à-dire qu'il faut les recevoir avec une véritable conversion de cœur, et voilà le point de la difficulté. Je n'entreprendrais pas d'approfondir ce terrible mystère, et j'en laisserais à Dieu le jugement. Mais, du reste, n'ignorant pas à quoi se réduisent la plupart de ces conversions de la mort, de ces conversions
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précipitées, de ces conversions commencées, exécutées, consommées dans l'espace de quelques moments oii l'on ne connaît plus guère ce que l'on fait ; de ces conversions, qui seraient autant de miracles, si c'étaient de bonnes et de vraies conversions; et sachant combien il y entre souvent de politique, de sagesse mondaine, de cérémonie, de respect humain, de complaisance pour des amis ou des parents, de crainte servile et toute naturelle, de demi-christianisme, je m'en tiendrais au sentiment de saint Augustin, ou plutôt à celui de tous les Pères, et je dirais en général qvCil est bien à craindre que la pénilence d'un mourant, qui n^est pénitent qu'à la mort, ne meure avec lui, et que ce ne soit une pénitence réprouvée. A ce nombre presque infini de faux pénitents à la mort, j'ajouterais encore le nombre très-considérable de tant d'autres que la mort surprend, qu'elle enlève tout d'un coup, qui meurent sans sacrements, sans secours, sans connaissance, sans aucune vue ni aucun sentiment do Dieu. Et de tout cela, je viendrais, sans hésiter, après le Sauveur du monde, à cette affreuse conséquence : Beaucoup d'appelés et peu d'élus (Matth. XXII).
Cette importante matière, traitée delasorte,nedoitproduiro aucun mauvais effet, et en peut produire de très-bons. Elle ne doit désespérer personne, puisqu'il n'y a personne qui ne puisse être du petit nombre des élus. Je dis plus, et quand il y en aurait quelques-uns que ce sujet désespérât, qui sontils ? ceux qui ne veulent pas bien leur salut, ceux qui ne sont pas déterminés, comme il le faut être, à tout entreprendre et à tout faire pour leur salut; ceux qui prétendent conciher ensemble et accorder une vie molle, sensuelle, commode, et le salut; une vie sans œuvres, sans gêne, sans pénitence, et le salut; l'amour du monde, et le salut ; les passions, les inclinations naturelles, et le salut; ceux qui cherchent à élargir, autant qu'ils peuvent, le chemin du salut, et qui ne sauraient souffrir qu'on le leur propose aussi étroit, qu'il l'est, parce qu'ils ne sauraient se résoudre à tenir une route si difficile. Ceux-là, j'en conviens, à l'exemple de ce jeune Lomme qui vint consulter le Fils de Dieu, s'en retourneront
tout tristes et tout abattus; mais cette tristesse, cet abattement, ils ne pourront l'attribuer qu'à eux-mêmes, qu'à leur faiblesse volontaire, qu'à leur lâcheté : et, tout bien examiné, il vaudrait mieux, si je l'ose dire, les désespérer ainsi pour quelque temps, que de les laisser dans leur aveuglement et leurs fausses préventions sur l'affaire la plus essentielle, qui est le salut.
Quoi qu'il en soit, tout auditeur sage et chrétien profitera de cette pensée du petit nombre des élus, et, saisi d'une juste frayeur, il apprendra : i° à redoubler sa vigilance et à se prémunir plus que jamais contre tous les dangers où peut l'exposer le commerce de la vie ; 2° à ne pas demeurer un seul jour dans l'état de péché mortel, s'il lui arrive quelquefois d'y tomber, mais à courir incessamment au remède et à se relever par un prompt retour ; 3° à se séparer delà multitude, et par conséquent du. monde, à s'en séparer, dis-je, sinon d'effet, car tous ne le peuvent pas, au moins d'esprit, de cœur, de maximes, de sentiments, de pratiques; 4° à suivre le petit nombre des chrétiens vraiment chrétiens, c'est-à-dire des chrétiens, réglés dans toute leur conduite, fidèles à tous leurs devoirs, assidus au service de Dieu, charitables envers le prochain, soigneux de se perfectionner et de s'avancer par un continuel exercice des vertus, dégagés de tout intérêt humain, de toute ambition, de tout attachement profane, de tout ressentiment, de toute fraude, de toute justice, de toutce quipeut blesser la consr^ence et la corrompre ; 5" à prendre résolument et généreusement la voie étroite, puisque c'est l'unique voie que Jésus-Christ est venu nous enseigner; à s'efforcer, selon la parole du même Sauveur, et à se roidir contre tous les obstacles, soit du dedans, soit du dehors, contre le penchant de la nature, contre l'empire des sens, contre le torrent de la coutume, contre l'attrait des compagnies, contre les impressions de l'exemple, contre les discours et les jugements du public, n'ayant en vue que de se sauver, ne voulant que cela, ne cherchant que cela, n'étant en peine que de cela; 6^ enfin à réclamer sans cesse la grâce du ciel, à recommander sans cesse son âme à Dieu, et à lui faire chaque
jour l'excel'iente prière de Salomon : Dieu de miséricorde, Seigneur, donnez-moi la vraie sagesse, qui est la science du salut, et ne me rejetez jamais du nombre de vos enfants (Sap. IX), qui sont vos élus. Oui, mon Dieu, souvenez-vous de mon âme, souvenez-vous du sang qu'elle a coûté. Elle vous doit être précieuse par là. Sauvez-la, Seigneur, ne la perdez pas, ou ne permettez pas que je la perde moi-même; car si jamais elle était perdue, c'est de moi-même que viendrait sa perte. Je la mets, mon Dieu, sous votre protection toute puissante, mais en même temps je veux, à quelque prix que ce soit, la conserver : je redoublerai pour cela tous mes efforts, je n'y épargnerai rien. Telle est ma résolution. Seigneur ; et puisque c'est vous qui me l'inspirez, c'est par vous que je l'accomplirai.
Heureux le prédicateur qui renvoie ses auditeurs en do si saintes dispositions ! Son travail est bien employé, et tout sujet qui fait naître de pareils sentiments ne peut être que très-solide et très-utile.