LA FOI VICTORIEUSE DU MONDE
Ne craig/.ez point, disait Jésus-Christ à ses apôtres; fai vaincu le monde (Joan. XVI). Il l'a en effet vaincu : et par où? par la foi qu'il est venu nous enseigner, et par la sainte religion qu'il a étabUe sur la terre. Aussi, écrivait saint Jean aux premiers fidèles, quelle est, mes frères, cette victoire qui nous a fait triompher du monde? c^est notre foi (1 JoAN. III). Pour bien entendre ceci, il faut, selon la belle observation de saint Augustin, distinguer dans le monde trois choses qui nous perdent : ses erreurs, ses doucears et ses rigueurs. Les erreurs du monde nous séduisent, ses douceurs nous corrompent, et ses rigueurs ou ses persécutions nous inspirent une crainte lâche, et nous tyrannisent par un respect humain dont nous ne pouvons presque nous défendre. Or, la rehgion, je dis la vraie religion, qui est la rehgion chrétienne, nous élève au-dessus
de tout cela, et nous en rend victorieux. Elle nous détrompe des erreurs du monde, elle nous dégoûte des douceurs du monde, elle nous fortifie contre les rigueurs du monde.
I. Le monde est rempli d'erreurs, et même d'erreurs les plus sensibles et les plus grossières. Ce sont mille fausses maximes, dont il se fait autant de vérités prétendues et autant de principes incontestables. Quelles sont, par exemple, les maximes de tant de mondains ambitieux, qui mettent la fortune à la tête de tout, et qui, se la proposant comme leur fin, concluent qu'il y faut parvenir à quelque prix que ce puisse être ? Quelles sont les maximes de tant de mondains intéressés, qui se font de leurs richesses une divinité, et qui, pensant ne valoir dans la vie qu'à proportion de ce qu'ils possèdent, regardent le soin d'amasser et de grossir leurs revenus comme une affaire capitale à laquelle toutes les autres doivent céder? Quelles sont les maximes de tant de mondains abandonnés à leurs plaisirs, qui s'imaginent n'être sur la terre que pour se divertir et pour flatter leurs sens, et qui, livrés à des passions honteuses, ne connaissent point de plus grand bonheur que de les contenter en toutes les manières, et de vivre au gré de leurs désirs ? Mais surtout à quelles maximes la prudence humaine et la politique n'a-t-elle pas donné cours ? Voilà les règles de conduite que suit le monde, et où il se croit bien fondé. Qui voudrait en appeler et les contredire passerait pour un esprit faible, sans connaissance, et, si je l'ose dire, pour un imbécile qui n'est bon à rien, pour un insensé. Ce sont néanmoins des règles, ce sont des maximes où l'on ne voit, à les bien examiner, ni saine raison, ni humanité, ni charité, ni honnêteté, ni probité, ni bonne foi, ni justice, ni équité. Or, la religion nous détrompe de toutes ces erreurs: comment cela? parce que, raisonnant sur des principes tout opposés à ceux dont le monde se laisse prévenir et aveugler, elle en tire des conséquences et des maximes toutes contraires.
Car sur quels principes sont établies tant de maximes
erronées et absolament fausses, dont le monde est infatué ? sur l'amour de soi-même, sur l'attachement aux plaisirs, sur la cupidité, la sensualité, sur l'intérêt, l'ambition, la politique; sur toutes les inclinations de la nature corrompue et toutes les passions du cœur. De telles racines, il n'est paî surprenant qu'il vienne des fruits infectés et gâtés ; et du mensonge, que peut-il naître autre chose que le mensonge? Mais la religion a des vues bien différentes, et appuie ses raisonnements et ses décisions sur des principes bien plus solides et plus relevés, qui sont : un attachement inviolable à Dieu et à la loi de Dieu, l'amour du prochain et même des ennemis, le renoncement à soi-même et au monde, le désintéressement, la fidélité, la droiture de cœur, la mortification des sens, la sanctification de son ûme et le zèle de son salut. De cette opposition de principes suit une opposition entière de maximes et de règles de vie. Ainsi un chrétien, c'est un homme qui juge des choses et qui en pense tout autrement que le monde ; et voilà la première victoire que la religion a remportée et qu'elle remporte tous les jours, en faisant revenir une infinité de mondains des opinions du monde, et leur en découvrant l'illusion et le danger. Le monde se récrie contre ces vérités, et les rejette comme de vaines imaginations ; mais un chrétien instruit de sa religion s'en tient à l'oracle de saint Paul : Qu'il a plu à Dieu de sauver les hûinmes par cela même qui paraît au monde égarement et folie (l Cor. I).
Je dis par cela même qui paraît égarement d'esprit, mais qui, bien loin de l'être, est plutôt la souveraine sagesse. Car, à bien examiner tous les principes et toutes les maximes de l'Évangile, on n'y trouvera rien que de conforme à la raison la plus éclairée et la plus juste dans ses vues. Aussi voyons-nous que, dès que le feu de la passion commence à s'amortir dans un homme, et qu'il est plus en état de discerner le bien et le mal, le vrai et le faux, parce qu'il a les yeux plus ouverts et qu'il considère les objets d'un sens plus rassis, c'est alors que ces maximes et ces principes évangéliques, contre lesquels il se récriait tant, lui som-
blent beaucoup mieux fondés qu'il ne voulait se le persuader. La foi qui se réveille dans son cœur les lui repréiente dans un jour tout nouveau pour lui. Plus il s'applique à en rechercher les motifs, à en suivre les conséquences, à ^n observer les salutaires effets, plus il y découvre de solidité gt de vérité. Il est surpris de l'aveuglement où il était : du moins il commence à se déGer de ses anciens préjugés; et la lumière dont il aperçoit les premiers rayons, perçant peu à peu au travers des nuages qui l'obscurcissaient, et se répandant avec plus de clarté, cet homme enfin, par un changement qu'on ne peut attribuer qu'à la vertu de la foi et de la grâce qui l'accompagne, se déclare, comme saint Paul, un des plus zélés défenseurs des vérités mêmes qu'il attaquait auparavant, et qu'il combattait avec plus d'obstination. Triomphe qui honore la religion, et dont elle profite pour faire d'autres conquêtes, et pour convaincre les plus incrédules et les soumettre. Ainsi l'exemple de Saul élevé dans le judaïsme et l'un des plus ardents persécuteurs de l'Église, mais devenu, par une conversion éclatante, apôtre de Jésus- Christ, et le docteur des Gentils, était un argument sensible contre les Juifs, et leur faisait admirer malgré eux l'efficace et le pouvoir de la foi chrétienne.
IL Gomme le monde par ses erreurs aveugle l'esprit, c'est par ses douceurs qu'il gagne et qu'il pervertit le cœur. Dans l'un il agit par voie de séduction, et dans l'autre par voie d'attrait et de corruption. Ce que nous appelons douceurs du monde, c'est ce que saint Jean appelle concupiscence des yeux, concupiscence de la chair, et orgueil de la vie ; c'est-à-dire que sous ce terme nous comprenons tout ce qu'il y a dans le monde qui peut éblouir les yeux , charmer les sens , piquer la curiosité , nourrir l'amourpropre, rendre la vie aisée, commode, agréable, molle et délicieuse. Voilà par où le monde, dans tous les temps, s'est acquis un empire si absolu sur les cœurs des hommes ; voilà par où il nous attire, ou plutôt par où il nous enchante et nous entraîne. Ce n'est pas que souvent on ne connaisse la bagatelle et le néant de tout cela : on en est détrompé
ceîon les vues de l'esprit ; mais par une espèce d'ensorcellement, tout détrompé qu'on est de ces fausses douceurs du monde, on y trouve toujours un certain goût dont on a toutes les peines imaginables à se déprendre. En vain la raison veut-elle venir au secours : nous avons beau raisonner et faire les plus belles réflexions, toutes nos réflexions et tous nos raisonnements n'empêchent pas que ce goût ne se fasse sentir, et qu'il ne nous emporte par une espèce de violence.
Il n'y a que la religion à qui il soit réservé de le bannir de notre cœur ou de l'y étoufl'er. Gomment cela? 1. Par l'esprit de péniîence qu'elle nous inspire. Car elle nous fait souvenir sans cesse que nous sommes pécheurs, et cette vue fréquente de nos péchés et des justes châtiments qui leur sont dus, nous remplit d'une sainte haine de nousmêmes, et nous donne ainsi du goût pour tout ce qui flatte notre sensualité, comme étant peu convenable à des pénitents. 2. Par l'estime des biens éternels, où elle nous fait porter toutes nos prétentions et tous nos désirs. Le cœur occupé de la haute idée que nous concevons de cette béatitude qui nous est promise se dégage peu à peu de tous les objets mortels, et devient comme insensible à tout ce que le monde peut lui offrir de plus attrayant. Que tout ce que je vois sur la terre me paraît méprisable et insipide, s'écriait un grand saint, quand je lève les yeux au ciel (Ignace) ! Bien d'autres avant lui l'avaient pensé de même, et bien d'autres l'ont pensé après lui. 3. Par les consolations, divines que l'esprit de religion répand dans les âmes vraiment chrétiennes. Consolations cachées aux mondains, parce que l'homme sensuel, dit le grand Apôtre, ne peut comprendre ce qui est de Dieu. Consolations spirituelles d'autant plus relevées au-dessus de tous les plaisirs des sens, que l'esprit est plus noble que le corps. Consolations Si douces et si abondantes, que le cœur en est quelquefois comme inondé et enivré. A peine les saints les pouvaient-ils soutenir, tant ils en étaient comblés et transportés. Saint François Xavier' s'écriait en s'adressant à Dieu : Cest assez. Seigneur, c^est
assez. Sainte Thérèse tenait le même langage, demandait que Dieu interrompît pour quelque temps le cours de ces douceurs célestes dont elle était toute pénétrée. D'autres en tombaient dans des extases et des défaillances où ils nemeuraient les heures entières, et qui les ravissaient hors d'euxmêmes. Le monde en jugera tout ce qu'il lui plaira. Ce qui est de certain, c'est qu'avec tous ses agréments et tous ses charmes, il n'a rien de comparable à ces saintes délices et à ces joies secrètes que la religion nous fait goûter. Une âme qui les a une fois ressenties ne sent plus rien de tout le reste.
C'est la merveille qu'on a vue dans tous les temps, et dont nous sommes encore témoins. On a vu une multitude innombrable de personnes de tout sexe, de tout âge, de tout état, renoncer aux plaisirs du monde les plus engageants et les plus touchants. C'étaient de jeunes vierges à qui le monde présentait dans un long cours d'années la fortune la plus riante. C'étaient des riches du siècle, des hommes opulents, des grands qui, dans leur grandeur et leur opulence, jouissaient ou pouvaient jouir de toutes les aises de la vie. Mais par quel prodige ont-ils méprisé tout cela, ont-ils quitté tout cela, se sont-ils volontairement dépouillés de tout cela ? A ces richesses dont le monde est si avide, et où il fait presque consister tout son bonheur, parce qu'il y trouve de quoi satisfaire toutes ses convoitises, ils ont préféré une pauvreté qui leur accordait à peine le nécessaire, ou pour la nourriture, ou pour le vêtement, ou pour la demeure. A cet éclat et à ces honneurs dont le monde est si joloux, et dont il cherche à repaître si agréablement son orgueil, ils ont préféé l'obscurité de la retraite, si opposée à l'ambition naturelle, et se sont condamnés à vivre inconnus et dans l'oubli. A toutes les délicatesses et toutes les commodités du monde, ils ont préféré la pénitence du cloître et les plus dures pratiques de la mortification religieuse, aussi ennemis d'eux-mêmes et de leur chair, qu'on en est communément esclave et idolâtre. Qui leur a inspiré ce renoncement, ce détachement, et qui les a soutenus dans un
genre de vie si contraire au penchant de la nature et à l'esprit du monde? c'est la foi dont ils étaient remplis, et dont ils suivaient les divines impressions. En vain le monde étalait-il devant eux ses pompes les plus brillantes, et en vain pour les attirer leur faisait-il voir une carrière semée de fleurs : la foi dissipait tous ces prestiges, et rien ne les touchait que le grand sentiment de l'apôtre : Pour moi, Dieu me garde de me glorifier jamais en aucune autre chose quedans la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ , par qui k monde m'est crucifié et je suis crucifi,é au monde (Ga- LAT. VI) !
III. Outre ses erreurs et ses douceurs, le monde a encore ses rigueurs. Ce sont ces persécutions qu'il suscite à la vertu, et où elle a besoin d'une force supérieure. Car l'apôtre a bien eu raison de dire que ceux qui veulent vivre saintement selon Jésus-Christ doivent s'attendre à de rudes combats. On a des railleries à essuyer, et mille respects humains à surmonter. On refroidit un ami et on l'indispose, en refusant d'entrer dans ses intrigues , et de s'engager dans ses entreprises criminelles. On devient un objet de contradiction pour toute une famille, pour toute une société, pour tout un pays, parce qu'on veut y établir la règle, y maintenir l'ordre, y rendre la justice : ainsi de tant d'autres sujets. Voilà ce qui fait un des plus grands dangers du monde, et ce qui cause dans la vie humaine tant de désordres. Car il est difficile de tenir ferme en de pareilles rencontres, et nous voyons aussi qu'on y succombe tous les jours et presque malgré soi. Un homme gémit de l'esclavage où il est, et un fonds d'équité, de droiture, de conscience, qu'il a dans l'àme, lui fait désirer cent fois de secouer le joug et de s'affranchir d'une telle tyrannie ; mais le courage lui manque, et quand il en faut venir à l'exécution, toutes ses résolutions l'abandonnent. Or, qui peut le déterminer, l'affermir, le mettre à toute épreuve? c'est la religion. Avec les armes de la foi, il pare à tous les coups, il résiste à toutes les attaques, il est invincible. Il n'y a ni amitié qu'il ne rompe, ni société dont il ne s'éloigne, ni menaces qu'il
ne méprise ; ni espérances, ni intérêt, ni avantages qu'il ne sacrifie à Dieu et à son devoir.
Telles sont, dis-je, les dispositions d'un homme animé de l'esprit du christianisme et soutenu de la foi qu'il professe. C'est ainsi qu'il pense, et c'est ainsi qu'il agit. La raison est qu'étant chrétien, il ne reconnaît point, à proprement parler, d'autre maître que Dieu, ou que, reconnaissant d'autres puissances, il ne les regarde que comme ^es puissances subordonnées au Tout-Puissant, lequel doit être mis au-dessus de tout sans exception. Ce sentiment sans doute est généreux : mais il ne faut pas se persuader que ce soit un pur sentiment, ni une spéculation sans conséquence et sans effet. Il n'y a rien là à quoi la pratique n'ait répondu, et dont elle n'ait confirmé mille fois la vérité. Combien de discours et de jugements, combien de mépris et d'outrages ont essuyés tant de vrais serviteurs et de vraies servantes de Dieu, plutôt que de se départir de la vie régulière qu'ils avaient embrassée, et des saintes observances qu'ils s'y étaient prescrites ? Combien d'efforts, de reproches, d'oppositions, ont surmontés de tendres enfants, et avec quelle constance ont-ils résisté à des pères et à des mères qui leur tendaient les bras pour les retenir dans le monde, et les détourner de l'état religieux? A combien de disgrâces, de haines, d'animosités, de revers, se sont exposés, ou de sages vierges qu'on n'a pu gagner par les plus pressantes solHcitations, ou des juges intègres qu'on n'a pu résoudre par les plus fortes instances à vendre le bon droit, ou de vertueux officiers, des subalternes, des domestiques que nulle autorité n'a pu corrompre, ni retirer des voies d'une exacte probité ? Quels tourments ont endurés des millions de martyrs ? Rien ne les a étonnés : ni les arrêts des magistrats, ni la fureur des tyrans, ni la rage des bourreaux, ni l'obscurité des prisons, ni les roues, ni les chevalets, ni le fer, ni le feu. Que l'antiquité nous vante ses héros; jamais ces héros que le paganisme a tant exaltés, et dont il a consacré la mémoire, firent-ils voir une telle force? Or d'où venait-elle? d'où venait, dis-je. à ces glorieux
soldats de Jésus- Lnrist cette fermeté inébranlable, si ce n'est de la religion, qu'ils portaient vivement empreinte dans le cœur ? Elle les accompagnait partout, partout elle leur servait de bouclier et de sauvegarde : miracle dont les ennemis mêmes de la foi chrétienne et ses persécuteurs étaient frappés. Mais nous, de tout ceci, que devons-nous conclure à notre confusion ? La conséquence, hélas ! n'est que trop évidente, et que trop aisée à tirer. C'est qu'étant si préoccupés des erreurs du monde, si épris des douceurs du monde, si timides et si faibles contre les respects et les considérations du monde, il faut, ou que nous ayons bien peu de foi, ou que notre foi même soit tolit à fait morte ?
Car le moyen d'allier ensemble, dans un même sujet, deux choses aussi peu compatibles entre elles que le sont une foi vive qui nous détrompe de toutes les erreurs du monde, et cependant ces mêmes erreurs tellement imprimées dans nos esprits, quelles deviennent la règle de tous nos jugements et de toute notre conduite ? Gomment avec une foi qui, dans sa morale, ne tend qu'au crucifie* ment de la chair et à l'abnégation de soi-même, accorder une recherche perpétuelle des douceurs du monde, de ses fausses joies, et de ses voluptés même les plus criminelles ? Enfin, par quel assemblage une foi qui nous apprend à tenir ferme pour la cause de Dieu contre tous les raisonne* ments du monde, contre tous ses mépris et tous ses efforts, peut-elle convenir avec une crainte pusillanime qui cède à la moindre parole, et qui asservit la conscience à de vains égards et à des intérêts tout profanes ? Sont-ce là ces victoires que la foi a remportées avec tant d'éclat dans les premiers siècles de l'Église ? a-t-elle changé dans la suite des temps ; et, si elle est toujours la même, pourquoi n'opèret-elle pas les mêmes miracles ? Car au lieu que la foi était alors victorieuse du monde, il n'est maintenant que trop ordinaire au monde de l'emporter sur la foi, d'imposer silence à la foi, de triompher de la foi. Nous n'en pouvons imaginer d'autre cause, sinon que la foi s'est affaiblie à mesure que l'iniquité s'est fortifiée ; et parce que l'iniquité
jamais ne fut plus abondante qu'elle est, ni plus dominante, de là -vient aussi que la foi jamais ne fut plus languissante ni moins agissante. Encore combien y en a-t-il chez qui elle est absolument éteinte ! et doit-on s'étonner, après cela que cette foi qui produisait autrefois de si beaux fruits de sainteté, soit si stérile parmi nous ? Prions le Seigneur qu'il la ranime, qu'il la ressuscite, et qu'il lui fasse reprendre dans nous sa première vertu. Travaillons nous-mêmes à la réveiller par de fréquentes et de solides réflexions. Confondons-nous de toutes nos faiblesses, et reprochons-nous amèrement devant Dieu l'ascendant que nous avons laissé prendre sur nous au monde, lorsqu'avec une étincelle de foi nous pouvions résister à ses plus violents assauts, et repousser tous ses traits. Le Fils de Dieu rendant raison à ses disciples pourquoi ils n'avaient pu chasser un démon, ni guérir un enfant qui en était possédé, leur disait : C'est à cause de votre incrédulité (Matth. XVII) ; puis, usant d'une comparaison assez singulière ; Si votre foi, ajoutait le même Sauveur, égalait seulement un grain de sénevé, quelque petite qu'elle fût, elle vous suffirait pour trans' porter les montagnes d'un lieu à un autre, et tout vous deviendrait possible. Que serait-ce donc si nous avions une foi parfaite, et de quoi ne viendrait-on pas à bout ?