I. Job, vra, 11. — i. IHd., xm, t
seur supplée à notre inattention^ et nous aide à nous juger et à nous connaître nous-mêmes. Mais» dans ce dernier moment, le pécheur mourant n*aura pas besoin de ce secours; la justice de Dieu, qui Tavait livré durant la santé à toute la profondeur de ses ténèbres, Téclairera alors dans sa colère. Tout ce qui enyironne le lit de sa mort fait revivre dans son souvenir quelque nouveau crime : des domestiques quMl a scandalisés; des enfants qu'il a négligés; une épouse qu'il a contristée par des passions étrangères; des ministres de l'Église qu'il a méprisés; les images criminelles de ses passions encore peintes sur ses murs; les biens dont il a abusé; le luxe qui l'entoure, dont les pauvres et ses créanciers ont souffert; l'orgueil de ses édiûces, que le bien de la veuve et de l'orphelin, que la misère publique a peut-être élevés; tout enfin, le ciel et la terre, dit Job, s'élèvent contre lui, et lui rappellent l'histoire affreuse de ses passions et de ses crimes : Revelabunt eœli iniquitatem ejus^ et terra eansurget ad-
versus eum
Voilà comme le souvenir du passé forme une des plus terribles situations du pécheur mourant, parce qu'il n'y trouve que des peines perdues, des plaisirs qui n'ont duré qu'un instant, et des crimes qui vont durer éternellement.
Hais tout ce qui se passe à ses yeux n'est pas moins triste pour cet infortuné : ses surprises, ses séparations, ses changements.
Ses surprises. Il s'était toujours flatté que le jour du Seigneur ne le surprendrait point. Tout ce qu'on disait là-dessus dans la chaire chrétienne ne l'avait pas empêché de se promettre qu'il mettrait ordre à sa conscience avant ce dernier moment : et cependant l'y voilà arrivé, encore chargé de tous ses crimes, sans préparation , sans avoir fait aucune démarche pour apaiser son Dieu; l'y voilà arrivé : il n'y a pas encore pensé, et il va être jugé.
Ses surprises. Dieu le frappe au plus fort de ses passions, dans
le temps que la pensée de la mort était plus éloignée de son es-
. prit; qu'il était parvenu à certaines places, qu'il avait jusque-là
vivement désirées; et que, semblable à l'insensé de l'Évangile,
il exhortait son &me à se reposer, et à jouir en paix du fruit de
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ses travaux. Cest dans ce moment que la justice de Dieu le surprend y et qu'il voit d'un clin d'œil sa vie et toutes ses espérances éteintes.
Ses surprises. Il va mourir; et Dieu permet que personne n'ose lui dire qu'il ne doit plus compter sur la vie. Ses proches le flattent y ses amis le laissent s*abuser; on le pleure déjà en se^ cret comme mort, et on lui montre encore des espérances de vie ; on le trompe , afin qu'il se trompe lui-même. Il faut que les Écritures s'accomplissent, que le pécheur soit surpris dans ce dernier moment : vous l'avez prédit, 6 mon Dieu, et vous êtes véritable dans vos paroles.
Ses surprises. Abandonné de tous les secours de l'art ^ livré tout seul & ses maux et à ses douleurs, il ne peut se persuader encore qu'il va mourir; il se flatte, il espère encore : la justice de Dieu ne lui laisse, ce semble, encore un reste de raison, qu'afin qu*il l'emploie à se séduire. A voir ses terreurs, son étonnement, ses inquiétudes, on voit bien qu'il ne comprend pas encore qu'on meure : il se tourmente , il s*agite , comme s*il pouvait se dérober à la mort ; et ses agitations ne sont qu'un regret de perdre la vie, et non pas une douleur de l'avoir mal passée. Il faut que le pécheur aveugle le soit jusqu'à la fin , et que sa mort ressemble à sa vie.
Enfin ses surprises. U voit alors que le monde l'a toujours trompé; qu'il l'a toujours mené d'illusion en illusion, et d'espé^ rance en espérance ; que les choses ne sont jamais arrivées comme il se les était promises, et qu'il a toujoui-s été la dupe de ses propres erreurs. Il ne comprend pas que sa méprise ait pu être si constante; qu'il ait pu s'obstiner, durant tant d'années, à se sacrifier pour un monde, pour des maîtres qui ne l'ont jamais payé que de vaines promesses , et que toute sa vie n'ait été qu'une indifférence du monde pour lui, et une ivresse de lui pour le monde. Mais ce qui l'accable, c'est que la méprise n'a plus de ressource; c'est qu'on ne meurt qu'une fois; et qu'après avoir mal fourni sa carrière, ou ne revient plus sur ses pas pour reprendre d'autres routes. Vous êtes juste, ô mon Dieu , et vous voulez que le pécheur prononce d'avance contre lui-même, afin que vous le jugiez par sa propre bouche.
Les surprises du pécheur mourant sont donc alors acca-
iU LA MORT DU PÉCHEUR
Mantes ; mais les séparations qui se font dans ce dernier mo* ment ne le sont pas moins pour lui. Plus il tenait au monde, à la yie, à toutes les créatures, plus il souffre quand il faut s'en séparer : autant de liens qu'il faut rompre, autant de plaies qui le déchirent : autant de séparations, autant de nouvelles morts pour lui.
Séparation de ses biens qu'il avait accumulés avec des soins si longs et si pénibles, par des voies peut-être si douteuses pour le salut ; qu'il s'était obstiné de conserver , malgré les reproches de sa conscience ; qu'il avait refusés durement à la nécessité de ses frères. Ils lui échappent cependant; ce tas de boue fond à ses yeux : il n'en emporte avec lui que l'amour, que le regret de les perdre , que le crime de les avoir acquis.
Séparation de la magnificence qui l'environne; de l'orgueil de ses édifices, où il croyait s'être bftti un asile contre la mort; du luxe et de la vanité de ses ameublements, dont il ne luirestera que le drap lugubre qui va l'envelopper dans le tombeau ; de cet air d'opulence au milieu duquel il avait toujours vécu. Tout s'enfuit, tout l'abandonne : il commence à se regarder comme étranger au milieu de ses palais, où il aurait toujours dû se regarder de même ; comme un inconnu qui n'y possède plus rien ; comme un infortuné qu'on va dépouiller de tout à ses yeux, et qu'on ne laisse jouir encore quelque temps de la vue de ses dépouilles, que pour augmenter ses regrets et son supplice.
Séparation de ses charges, de ses honneurs, qu'il va laisser peut-être à un concurrent; où il était parvenu à travers tant de périls, de peines, de bassesses, et dont il avait joui avec tant d'insolence. Il est déjà dans le lit de la mort, dépouillé de toutes les marques de ses dignités, et ne conservant de tous ses titres que celui de pécheur, qu'il se donne alors en vain et trop tard. Hélas ! il se contenterait en ce dernier moment de la plus vile des conditions; il accepterait comme une grflce l'état le plus obscur et le plus rampant, si l'on voulait prolonger ses jours; il envie la destinée de ses esclaves qu'il laisse sur la terre : il marche à grands pas vers la mort , et il tourne encore les yeux avec regret du côté de la vie.
Séparation de son corps, pour lequel il avait toujours vécu.
avec lequel il avait contmcté des liaisons si vives , si étroites, en favorisant toutes ses passions 1 n sent que cette maison de boue s'écroule; il se sent mourir peu à peu à chacun de ses sens : il ne tient plus à la vie que par un cadavre qui s'éteint par les douleurs cruelles que ses maux lui font sentir , par l'amour excessif qui Ty attache, et qui devient plus vif à mesure qu'il est plus près de s'en séparer.
Séparation de ses proches, de ses amis, qu'il voit autour de son Ut , et dont les pleurs et la tristesse achèvent de lui serrer le cœur, et de lui faire sentir plus cruellement la douleur de les perdrai
Séparation du monde, où il occupait tant de places; où il s'était établi, agrandi, étendu, comme si c'avait dû être le lieu de sa demeure étemelle; du monde sans lequel il n'avait jamais pu vivre; dont il avait toujours été un des principaux acteurs; aux événements duquel il avait eu tant de part; où il avait paru avec tant d'agréments et tant de talents pour lui plaire. Son corps en va sortir, mais son cœur, mais toutes ses affections y demeurent encore; le monde meurt pour lui, mais lui-même, en mourant, ne meurt pas encore au monde.
Enfin, séparation de toutes les créatures. Tout est anéanti autour de lui : il tend les mains à tous les objets qui Tenvironnent, comme pour s'y prendre encore ; et il ne saisit que des fantômes, qu'une fumée qui se dissipe, et qui ne laisse rien de réel dans ses mains : et nihil inveneruni amnei viri dipitianm fo mami* btêssuiê*.
C'est alors que Dieu est grand aux yeux du pécheur mourant, Cest dans ce moment terrible, que le monde entier fondant, disparaissant à ses yeux, il ne voit plus que Dieu seul qui demeure, qui remplit tout, qui seul ne passe et ne change point, n se plaignait autrefois, d'un ton d'ironie et d'impiété, qu'il était bien difficile de sentir quelque chose de vif pour un Dieu qu'on ne voyait point; et de ne pas aimer des créatures qu'on voyait, et qui occupaient tous nos sens. Ah! dans ce dernier moment, il ne verra plus que Dieu seul ; l'invisible sera visible pour lui; ses sens déjà éteints se refuseront à toutes les choses
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sensibles; tout s'évanouira autour de lui; et Dieu prendra la place de tous ces prestiges qui rayaient abusé pendant sa vie.
Ainsi tout change pour cet infortuné; et ces changements font, avec ses surprises et ses séparations, la dernière amertume du spectacle de sa mort.
Changement dans son crédit et dans son autorité. Dès qu'on n'espère plus rien de sa vie , le monde commence à ne plus compter sur lui : ses amis prétendus se retirent; ses créatures se cherchent déjà ailleurs d'autres protecteurs et d'autres maîtres; ses esclaves même sont occupés à s'assurer après sa mort une fortune qui leur convienne : à peine en reste-t-il auprès de lui pour recueillir ses derniers soupirs. Tout l'abandonne, tout se retire ; il ne voit plus autour de lui ce nombre empressé d'adulateui*s : c'est peui^tre un successeur qu'on lui désigne déjà» chez qui tout se rend en foule, tandis que lui, dit Job, seul dans le lit de sa douleur, n'est plus environné que des horreurs de la mort, entre déjà dans cette solitude affreuse que le tombeau lui prépare, et fait des réflexions amères sur l'inconstance du monde, et sur le peu de fond qu'il y a à fadre sur les hoounes : affiigetur reliclus in tabemaeulo suo*.
Changement dans l'estime publique, dont il avait été si flatté, si enivré. Hélas! le monde, qui l'avait tant loué, l'a déjà oublié. Le changement que sa mort va faire sur la scène, réveiUera encore durant quelques jours les discours publics ; mais, ce court intervalle passé, il va retomber dans le néant et dans l'oubli ; à peine se souviendra-t-on qu'il a vécu ; on ne sera peut-^tre occupé que des merveilles d'un successeur, qu'à l'élever sur les débris de sa réputation et de sa mémoire. H voit déjà cet oubli : qu'il n'a qu'à mourir ; que le vide sera bientôt rempli ; qu'il ne restera pas même de vestiges de lui dans le monde; et que les gens de bien tout seuls, qui l'avaient vu environné de tant de gloire, se diront à eux-mêmes : Où est-il maintenante que sont devenus ces applaudissements que lui attirait sa puissance? Voilà à quoi conduit le monde, et ce qu'on gagne en le servant : et gui eum viderant, dicent : Ubi est^?
Changement dans son corps. Cette chair qu'il avait taAt flattée,