‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 99 sur 121 · Sap., V · texte numérisé non relu

Sap., V

t. Job, xxTn, tf.

Ce n'est pas que le pécheur mourant ne trouve dans sa vie passée que des peines perdues : il y trouve encore le souvenir de ses plaisirs; mais c*est ce souvenir même qui le consterne et qui l'accable. Des plaisirs qui n*ont duré qu'un instant ! il voit qu'il a sacrifié son &me et son éternité à un moment fugitif de volupté et d*ivresse. Hélas I la vie lui avait paru trop longue pour être tout entière consacrée à Dieu; il n'osait prendre de trop bonne heure le parti de la vertu , de peur de n'en pouvoir soutenir l'ennui, les longueurs, et les suites; il regardait les années qui étaient encore devant lui, comme un espace immense qu'il eût fallu traverser en portant la croix, en vivant séparé du monde , dans la pratique des œuvres chrétiennes : cette seule pensée avait toujours suspendu tous ses bons désirs, et il attendait, pour revenir à Dieu, le dernier ftge, comme celui où la persévérance est plus sûre. Quelle surprise» dans cette dernière heure, de trouver que ce qui lui avait paru si long n'a duré qu'un moment; que son enfadce et sa vieillesse se touchent de si près, qu'elles ne forment presque qu'un seul jour; et que du sein de sa mère il n'a fait, pour ainsi dire, qu'un pas vers le tombeau l Ce n'est pas encore ce qu'il trouve de plus amer dans le souvenir de ses plaisirs. Us ont disparu comme un songe; mais lui, qui s'en était fait autrefois honneur, en est maintenant couvert de honte et de confusion : tant d'emportements honteux, tant de faiblesse et d'abandonnement ! Lui qui s'était piqué de raison , d'élévation , de fierté devant les hommes, 6 mon Dieu, il se retrouve alors le plus faible, le plus méprisable de tous les pécheurs ! Une vie sage peut-être en apparence, et cependant toute dans l'infamie des sens et la puérilité des passions! une vie glorieuse peut-être devant les hommes, et cependant aux yeux de Dieu la plus honteuse, la plus digne de mépris et d'opprobre ! une vie que le succès avait peut-être toujours accompagnée, et cependant en secret la plus insensée, la plus frivole, la plus vide de réflexions et de sagesse! Enfin, des plaisirs qui ont été même la source de tous ses chagrins; qui ont empoisonné toute la douceur de sa vie; qui ont changé ses plus beaux jours en des jours de fureur et de tristesse; des plaisirs qu'il a toujours fallu acheter bien cher, et dont il n'a presque jamais senti que le désagrément et l'amertume : voilà à

quoi se réduit cette vaine félicité. Ce sont ses passions qui l'ont fait vivre malheureux; et il n'y a eu de tranquillité dans toute sa vie que les moments où son cœur en a été libre. Les jours de mes plaisirs se sont enfuis, se dit alors à lui-même le pécheur, mais dans des dispositions bien différentes de celles de Job; ces jours, qui ont Cedt tous les malheurs de ma vie, qui ont troublé mon repos, et changé même pour moi le calme de la nuit en des pensées noires et inquiètes : dies met tramierunt^ cogitatith nef Pieœ dissipatœ sunt torquenies eor meum*; et cependant, grand Dieu, vous punirez encore les chagrins et les inquiétudes de ma vie infortunée I vous écrivez contre moi dans le livre de votre colère toutes les amertumes de mes passions; et vous préparez à des plaisirs qui ont toujours fait tous mes malheurs, un malheur sans fin et sans mesure ! Scribis enim contra me amariiudines^ et fionsumerê me vis peceaiis adolescentiœ meœ^»

Et voilà ce que le pécheur mourant trouve encore dans le souvenir du passé : des crimes qui dureront éternellement, les faiblesses de Fenfance, les dissolutions de la jeunesse, les passions et les scandales d'un &ge plus avancé; que sais-je? peutêtre encore les dérèglements honteux d'une vieillesse licencieuse. Âh ! mes frères, durant la santé nous ne voyons de notre conscience que la surface : nous ne rappelons de notre vie qu'un souvenir vague et confus : nous ne voyons de nos passions que celle qui actuellement nous captive : une habitude d'une vie entière ne nous parait qu'un crime seul. Hais au lit de la mort, les ténèbres répandues sur la conscience du pécheur se dissipent. Plus il approfondit son cœur, plus de nouvelles souillures se manifestent : plus il creuse dans cet abime, plus s'offrent à lui de nouveaux monstres. Il se perd dans ce chaos; il ne sait par où s'y prendre, pour commencer k l'éclaircir; il lui faudrait une vie entière, hélas ! et le temps passe; et à peine reste-t-il quelques moments; et il faut précipiter une confession à laquelle le plus grand loisir pourrait à peine suffire, et qui ne dpit précéder que d'un moment le jugement redoutable de la justice de Dieu. Hélas ! on se plaint souvent durant la vie qu'on a la mémoire infidèle, qu'on oublie tout; il faut qu'un confes*

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