‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 105 sur 121 · Non. nu · texte numérisé non relu

Non. nu

iSO LA MORT DU PÊCHEUR

jours de sa vie mortelle , n'osait regarder d*UD œil fixe la profondeur des jugements de Dieu; elle opérait son salut avec crainte et tremblement; elle frémissait à la seule pensée de cet avenir terrible, où les justes même seront à peine sauvés, s*ils sont jugés sans miséricorde : mais au lit de la mort, ah ! le Dieu de paix, qui se montre à elle, calme ses agitations : ses frayeurs cessent tout d'un coup, et se changent en une douce espérance. Elle perce déjà avec des yeux mourants le nuage de la mortalité qui l'environne encore, et voit comme Etienne le sein de la gloire, et le Fils de Thomme à la droite de son Père, tout prêt à la recevoir ; cette patrie immortelle, après laquelle elle avait tant soupiré, et où elle avait toujours habité en esprit; cette sainte Sion, que le Dieu de ses pères remplit de sa gloire et de sa présence, où il enivre ses élus d'un torrent de délices, et leur fait goûter tous les jours les biens incompréhensibles qu'il a préparés à ceux qui l'aiment ; cette cité du peuple de Dieu , le séjour des saints, la demeure des justes et des prophètes, où elle retrouvera ses frères que la charité lui avait unis sur la terre, et avec lesquels elle bénira éternellement les miséricordes du Seigneur, et chantera avec eux les louanges de sa grâce.

Àh ! aussi , quand les ministres de l'Église viennent enfin annoncer à cette âme que sou heure est venue, et que Tétemité approche ; quand ils viennent lui dire , au nom de l'Église qui les envoie : c Partez, âme chrétienne; » Prqficiscere^ anima christiana; sortez enfin de cette terre où vous avez été si longtemps étrangère et captive ; le temps des épreuves et des tribulations est fini ; voici enfin le juste Juge qui vient briser les liens de votre mortalité : retournez dans le sein de Dieu d'où vous étiez sortie ; quittez enfin un monde qui n'était pas digne de vous : Proficiscerej anima christiana. Le Seigneur s'est enfin laissé toucher à vos larmes ; il vient enfin vous ouvrir la voie des saints et les portes étemelles : Partez, âme fidèle, allez vous réunir à l'Église du ciel qui vous attend; souvenez-vous seulement de vos frères que vous laissez sur la terre, encore exposés aux tentations et aux orages; laissez-vous toucher au triste état de PÉglise d'ici-bas, qui yous a engendrée en Jésus-Christ , et qui vous voit partir avec envie; sollicitez la fin de sa captivité, et sa réunion entière avec son Époux, dont elle est encore séparée :

Prqficiscerey anima christiana. Ceux qui donnent dans le Seigneur ne péridsent pas sans ressource; nous ne vous perdrons sur la terre que pour vous retrouver dans peu avec Jésus-Christ dans le royaume de ses saints : le corps que vous allez laisser en , proie aux vers et à la pourriture, vous suivra bientôt immortel et glorieux; pas un cheveu de votre tête ne périra; il restera dans vos cendres une semence d'immortalité jusqu'au jour de la révélation, où vos os arides se ranimeront, et paraîtront plus brillants que la lumière. Quel bonheur pour vous, d'être enfin, quitte de toutes les misères qui nou3 affligent encore ; de n'être plus exposée comme vos frères à perdre le Dieu que vous allez posséder ; de fermer enfin les yeux à tous les scandales qui nous contristent ; à la vanité qui nous séduit, aux exemples qui nous entraînent, aux attachements qui nous partagent, aux agitations qui nous dissipent! Quel bonheur de sortir enfin d'un lieu où tout nous lasse et tout nous souille ; où nous nous sommes à charge à nous-mêmes, où nous ne vivons que pour nous rendre malheureux; et d'aller dans un séjour de paix, de joie, de sérénité, où l'on n'a plus d'autre occupation que de jouir du Dieu que Ton aime ! Prqfieiscere, anima christiana.

Quelle nouvelle de joie et d'immortaliié alors pour cette âme juste ! Quel ordre heureux! Avec quelle paix, quelle confiance, quelle action de grftces l'accepte-t-elle! Elle lève au ciel, comme le vieillard Siméon, ses yeux mourants; et, regardant son Seigneur qui vient à elle : Brisez, 6 mon Dieu, quand il vous plaira, lui dit-elle en secret, ces restes de mortalité, ces faibles liens qui me retiennent encore ; j'attends dans la paix et dans l'espérance l'effet de vos promesses étemelles. Ainsi, purifiée par les expiations d'une vie sainte et chrétienne, fortifiée parles derniers remèdes de l'Église, lavée dans le sang de l'Agneau, soutenue de l'espérance des promesses , consolée par l'onction secrète de l'esprit qui habite en elle, mûre pour l'éternité, elle ferme les yeux avec une sainte joie à toutes les créatures, elle s'endort tranquillement dans le Seigneur, et s'en retounie dans le sein de Dieu, d'où elle était sortie.

Mes frères, les réflexions sont ici inutiles. Telle est la fin de ceux qui ont vécu dans la crainte du Seigneur : leur mort est précieuse devant Dieu comme leur vie. Telle est la fin déplo-

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