DE LOUIS LE GRAND, ROI DE FRANCE
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DAMS LA SAINTE-CHAPELLE DE PABIS
Bett magnut tfftetut tum, «( prœo99$i OfMMi tapiêntia qui fu9rutU anl9 m« in JwuioUm,,, et agnovi quod tu Att piêqu9 êêi»l Utbin- «< affUetio «pt'rilM.
Je fois daTeon grud , et j*ai sorpaMé en gloire et en sagesse tons ceux qui m*oiit précédé dans Jérosalem ; et j'ai reconnn qn*eii cela même il D*y avait qo» ranlté et affliction d*esprit.
£CCLES., 1, 16, 17.
Dieu seul est grand', mes frères, et dans ces derniers moments surtout, où il préside à la mort des rois de la terre : plus leur gloire et leur puissance ont éclaté, plus, en s*évanouissant alors, elles rendent hommage à sa grandeur supème : Dieu paraît tout ce qu'il est, et l'homme n'est plus rien de tout ce qu'il croyait être.
Heureux le prince dont le cœur ne s'est point élevé au milieu de ses prospérités et de sa gloire; qui, semblable à Salomon, n'a pas attendu que toute sa grandeur expirât avec lui au lit de la mort, pour avouer qu'elle n'était que vanité et affliction d'esprit , et qui s'est humilié « sous la main de Dieu , dans le temps
1. RepTésentons-noQS Masslllon dans la chaire, prêt à faire roraison ftinèbra de Lonis XTV, jetant d*abord les yeu autour de loi, les fixant quelque temps sur cette pompe Ingnbre et imposante qoi suit les rois jnsqne dans ces asiles de mort , où il n*y a que des cercueils et des cendres, les baissant ensuite un moment arec Tair de la méditation, puis les relcTant fers le de), et prononçant ces mots d'nne voix ferme et grave : Dieu eeul eet grand, met frirei ! Qnel exorde renfermé dans une seule parole accompagnée de cette action ! Gomme elle dev ent sublime par le spectacle qui entoure ]*oratear! Comme ce seul mot anéantit tout ce qui n'est pasDien! (La Harpe.)
même que Fadulation semblait le mettre au-dessus de l'homme !
Oui, mes frères , la grandeur et les victoires du roi que nous pleurons ont été autrefois assez publiées : la magnificence des éloges a égalé celle des événements : les hommes ont tout dit, il y a longtemps, en parlant de sa gloire. Que nous reste-t-il ici, que d'en parler pour notre instruction?
I Ce roi, la terreur de ses voisins, l'étonnement de l'univers, le père des rois; plus grand que tous ses ancêtres, plus magnifique que Salomon dans toute sa gloire, a reconnu comme lui que tout était vanité. Le monde a été ébloui de l'éclat qui l'environnait; ses ennemis ont envié sa puissance; les étrangers sont venus des îles les plus éloignées baisser les yeux devant la gloire de sa majesté ; ses sujets lui ont presque dressé des autels ; et le prestige qui se formait autour de lui n'a pu le séduire lui-même.
Vous l'aviez rempli , ô mon Dieu ! de la crainte de votre nom, vous l'aviez écrit sur le livre étemel, dans la succession des saints rois qui devaient gouverner vos peuples; vous l'aviez revêtu de grandeur et de magnificence. Mais ce n'était pas assez, il fallait encore qu'il fût marqué du caractère propre de vos élus: vous avez récompensé sa foi par des tribulations et par des di&grâces. L'usage chrétien des prospérités peut nous donner droit au royaume des deux ; mais il n'y a que l'affliction et la violence qui nous l'assurent*
Voyons-nous des mêmes yeux, mes frères, la vicissitude des choses humaines? Sans remonter aux siècles de nos pères, quelles leçons Dieu n'a-t-il pas données au nôtre? Nous avons vu toute la race royale presque éteinte; les princes, l'espérance et l'appui du trône , moissonnés à la fleur de leur âge; l'époux et l'épouse auguste , au milieu de leurs plus beaux jours, enfermés dans le même cercueil , et les cendres de l'enfant suivre tristement et augmenter l'appareil lugubre de leurs funérailles; le roi, qui avait passé d'une minorité orageuse au règne le plus glorieux dont il soit parlé dans nos histoires, retomber de celte gloire dans des malheurs presque supérieurs à ses anciennes prospérités , se relever encore plus gi*and de toutes ces pertes, et survivre à tant d'événements divers pour rendre gloire à Dieu et s'affermir dans la foi des biens immuables.
Ces grands objets passent devant nos yeux comme des scènes fabuleuses : le cœur se prête pour un moment au spectacle ; rattendrissement finit avec la représentation» et il semble que Dieu n*opère ici-bas tant de révolutions que pour se jouer dans Tunivers, et nous amuser plutôt que nous instruire.
Ajoutons donc les paroles de la foi à cette triste cérémonie , qui sans cela nous prêcherait en vain : racontons , non les merveilles d*un règne que les hommes ont déjà tant exalté » mais les merveilles de Dieu sur le roi qui nous est ôté. Rappelons ici ses vertus plutôt que ses victoires; montrons- le plus grand encore au lit de la mort quil ne Tétait autrefois sur son trône , dans les jours de sa gloire. N'ôtons les louanges à la vanité que pour les rendre à la grftce. Et quoiqu'il ait été grand et par réclat inouï de son règne, et par les sentiments héroïques de sa piété, deux réflexions sur lesquelles va rouler ce devoir de religion que nous rendons à la mémoire de très-haut, trèspuissant, et très-excellent prince Louis XIV du nom, roi de France et de Navarre , ne parlons de la gloire et de la grandeur de son règne que pour en montrer les écueils et le néant qu'il a connus ; et de sa piété, que pour en proposer et immortaliser les exemples.
Louis se trouva seul, jeune, paisible, absolu, puissant, à la tête d'une nation belliqueuse , maître du cœur de ses sujets et du plus florissant royaume du monde, avide de gloire, environné des vieux chefs, dont les exploits passés semblaient lui reprocher le repos où il les laissait encore.
Qu'il est difficile, quand on peut tout, de se défier qu'on peut aussi trop entreprendre !
Les succès justifient bientôt nos entreprises. La Flandre est d'abord revendiquée comme le patrimoine de Thérèse; et tandis que les manifestes éclairassent notre droit, nos victoires le décident.
La Hollande, ce boulevard que nous avions élevé nousmêmes contre l'Espagne, tombe sous nos coups : ces villes, devant lesquelles l'intrépidité espagnole avait tant de fois échoué, n'ont plus de murs à l'épreuve de la bravoure française, et Louis est sur le point de renverser en une campagne l'ouvrage lent et pénible de la valeur et de la politique d'un siècle entier.
Déjà le feu de la guerre s*allume dans toute l'Europe : le nombre de nos victoires augmente celui de nos ennemis; et plus nos ennemis augmentent, plus nos victoires se multiplient. L'Escaut, le Rhin, le Pô, le Ther, n'opposent qu'une faible digue à la rapidité de nos conquêtes. Toute l'Europe se ligue, et ses forces réunies ne servent qu'à montrer la supériorité des nôtres ; les mauvais succès irritent nos ennemis sans les désarmer ; leurs défaites, qui doivent finir la guerre, l'éternisent; tant de sang déjà répandu nourrit les haines, loin de les éteindre ; les traités de paix ne sont que comme l'appareil d'une nouvelle guerre. Munster, Nimègue, Ryswick, où toute la sagesse de l'Europe assemblée promettait de si beaux jours, ne forment que des éclairs qui annoncent de nouveaux orages : les situations changent , et nos prospérités continuent. La monarchie n'avait pas encore vu des jours si brillants : elle s'était relevée autrefois de ses malheurs ; elle a pensé périr et écrouler sous le poids de sa propre gloire.
La terre toute seule ne semblait pas même suffire à nos triomphes : la mer encore gémissait sous le nombre et sous la grandeur énorme de nos navires. Nos flottes, qui suffisaient à peine, sous les derniers règnes, pour mettre nos côtes à couvert de l'insulte des pirates , portaient partout au loin la terreur et la victoire. Les ennemis, attaqués jusque dans leurs poris, avaient paru céder à l'étendard de la France Tempire des deux mers. La Sicile, la Manche, les îles du nouveau monde, avaient vu leurs ondes rougies par les défaites les plus sanglantes. Et l'Afrique même , encore fière d'avoir vu autrefois échouer sur ses côtes la valeur de saint Louis et toute la puissance de Charles- Quint, ne trouvant plus d'asile sous ses remparts foudroyés, avait été obligée de venir s'humilier, et d'en chercher un au pied du trône de Louis.
Nous nous élevions de tant de prospérités, et nous ne savions pas que l'orgueil des empires est toujours le premier signal de leur décadence.
Telle fut la grandeur de Louis dans la guerre. Jamais la France n'avait mis sur pied des armées si formidables; jamais l'art militaire, c'est-à-dire l'art funeste d'apprendre aux hommes à s'exterminer les uns les autres, n'avait été poussé si loin; jamais
tant de généraux fameux; et, pour ne parler que de ces premiers temps, unCondé, dont le premier coup d*œil décidait toujours de la victoire; un Turenue, qui, plus tardif en apparence, n*en était que plus sûr du succès ; un Créqui, plus grand le jour de sa défaite que dans les jours de ses triomphes ; un Luxembourg, qui semblait se jouer de la victoire; et tant d'autres venus depuis, que nos annales mettront un jour parmi les Guesclins et les Dunois de notre siècle.
Mais, hélas! triste souvenir de nos victoires, que nous rappelez-vous? Monuments superbes, élevés au milieu de nos places publiques pour en immortaliser la mémoire , que rappellerezvous à nos neveux, lorsqu'ils vous demanderont, comme autrefois les Israélites, ce que signifient vos masses pompeuses et énormes? Quando interrogaverint vosfilii vestri cras, dicentes : Quid sibi voluni isti lapides^? Vous leur rappellerez un siècle entier d'horreur et de carnage ; l'élite de la noblesse française précipitée dans le tombeau ; tant de maisons anciennes éteintes; tant de mères point consolées, qui pleurent encore sur leurs enfants ; nos campagnes désertes, et, au lieu des trésors qu'elles renferment dans leur sein , n'offrant plus que des ronces au petit nombre des laboureurs forcés de les négliger; nos villes désolées; nos peuples épuisés; les arts à la fin sans émulation; le commerce languissant : vous leur rappellerez nos pertes plutôt que nos conquêtes, Quando interrogaverint vosfilii vestri cras, dicentes : Quid sibi volunt isti lapides ? Vous leur rappellerez tant de lieux saints profanés ; tant de dissolutions capables d'attirer la colère du ciel sur les plus justes entreprises; le feu, le sang, le blasphème, l'abomination, et toutes les horreurs qu'enfante la guerre : vous leur rappellerez nos crimes plutôt que nos victoires : Quando interrogaverint vosfilii vestri cras^ dicentes : Quid sibi volunt isti lapides ?
fléau de Dieu! ô guerre! cesserez-vous enfin de ravager l'héritage de Jésus-Christ? glaive du Seigneur! levé depuis longtemps sur les peuples et sur les nations, ne vous reposerez* vous pas encore? mucro Dominif usquequo non quiesces? Vos vengeances, ô mon Dieu! ne sont-elles pas encore accomplies?