I. LX)bMr?atoira
s*éleTa hors de uos murs, où, en observant le cours des astres et toute la magnificence des deux, on marque au pilote des roules certaines sur la vaste étendue de l'Océan, et on apprend au phi* losophe à s'humilier sous la majesté immense de l'Auteur de l'univers. Nos flottes, aidées de ces secours, nous apportaient tous les ans, comme celles de iSalomon , les richesses du nouveau monde. Hélas ! ces nations insulaires et simples nous envoyaient leur or et leur argent, et nous leur portions peut-éUre en échange, au lieu de la foi, nos dérèglements et nos vices.
Le commerce, si étendu au dehors, fut focihté au dedans par des ouvrages dignes de la grandeur des Romains. Des riyièrcs, malgré les terres et les collines qui les séparaient, virent réunir leurs eaux, et porter au pied des murs de la capitale le tribut et les richesses diverses de chaque province. Les deux mers qui entourent et qui enrichissent ce vaste royaume se donnèrent pour ainsi dire la main; et un canal miraculeux, parla hardiesse et les travaux incompréhensibles de Tentreprise, rapprocha ce que la nature avait séparé par des espaces immenses.
Il était réservé à Louis d'achever ce que les siècles précédents de la monarchie n'auraient même osé souhaiter; c'était le règne des prodiges : nos pères ne les avaient pas même imaginés, et nos neveux n'en verront jamais de semblables; mais, plus heureux que nous, ils verront peut-être le règne de la paix, de la frugalité, et de l'innocence. Qu'ils n'arrivent jamais au comble frivole de notre gloire, plutôt que de l'acheter au prix des vices et des malheurs où elle nous a précipités !
Il est vrai que les soins de Louis, pour augmenter l'éclat et le bon ordre du royaume, ne se proposaient point de bornes. La ville régnante, l'abord de toutes les nations, et qui rassemble le choix comme le rebut de nos provinces, vit ce nombre prodigieux d'habitants si difTérents de mœurs, d'intérêts, de pays, vivre comme un seul homme. La poHce y ôta au crime la sûreté que la confusion et la multitude lui avaient jusque-là donnée. Au milieu de ce chaos régnèrent l'ordre et la paix, et, dans ce concours innombrable d'hommes si inconnus les uns aux autres, nul presque ne fut Inconnu à la vigilance du magistrat.
Le royaume entier changea de face comme la capitale : la jus tice eut des lois fixes; et le bon droit ne dépendit plus ou du
caprice du juge, ou du crédit de la partie ; des règlements utiles, et qui deviendront la jurisprudence de tous les règnes à venir» furent publiés ; Tétude du droit français et du droit public se ranima; des sénateurs célèbres , et dont les noms formeront un jour la tradition des grands hommes qui embelliront Thistoire de la magistrature 9 ornèrent nos tribunaux; Féloquence et la science des lois et des maximes brillèrent dans le barreau, et la tribune du sénat principal devint aussi célèbre par la majesté des plaidoyers publics, que l'avait été, sous les Hortense et sous les Gicéron, celle de Rome.
A quel point de perfection les sciences et les arts ne furent-ils pas portés? Vous en serez les monuments éternels, écoles fameuses rassemblées autour du trône, et qui en assurez plus l'éclat et la majesté que les soixante vaillants qui environnaient le trône de Salomon^ ! l'émulation y forma le goût; les récompenses augmentèrent l'émulation; le mérite, qui se multipliait, multiplia les récompenses.
Quels hommes et quels ouvrages vois-je sortir à la fois de ces assemblées savantes? des Phidias, des Apelles, des Platons, des Sophocles, des Piaules, des Démosthènes, des Horaces; des hommes et des ouvrages, au goût desquels le goût des âges futurs de la monarchie se rappellera toujours? Je vois revivre le siècle d'Auguste, et les temps les plus polis et les plus cultivés de la Grèce, n fallait que tout fût marqué au coin de l'immortalité sous le règne de Louis, et que les époques des lettres y fussent aussi célèbres que celles des victoires.
La France a retenti longtemps de ces pompeux éloges, et nous nous sommes comme rassasiés là-dessus de nos propres louanges. Mais, le dirai-je ici? en ajoutant à la science, nous avons ajouté au travail et à la malice ; les arts, en flattant la curiosité, ont enfanté la mollesse; le théâtre plus florissant, mais toujours le triste fruit de l'abondance, de l'oisiveté, et de la corruption, ou a donné du ridicule au vice sans corriger les mœurs, ou a corrompu les mœurs en rendant le vice plus aimable ; la poésie, en nous rappelant tout le sel et tous les agréments des anciens, nous en a rappelé les séductions et la licence : la phi-
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losophie a paru perdre du côté de la simplicité de la foi ce qu'elle acquérait de plus sur les connaissances de la nature : Téloquence, toujours flatteuse dans les monarchies, s'est afTadie par des adulations dangereuses aux meilleurs princes; enfin, la science même de la religion, plus exacte et plus approfondie, et d*où devaient naître la paix et là vérité, a dégénéré en vaines subtilités, et éternisé les disputes. siècle si vanté ! votre ignominie s'est donc multipliée avec votre ^totraV mais la gloire af^ partenait à Louis, et l'abus qu'on en a foit a été notre seul ouvrage. Ainsi éclatait au loin la grandeur et la réputation de la France, tandis qu'au dedans elle s'afiTaiblissait par ses propres avantages.
Je ne rappelle ici qu'une partie des merveilles dont vous avez été témoins. Tout ce qui fait la gi*andeur des empires se trouvait réuni autour de Louis. Des ministres sages et habiles, ressource des peuples et des rois ; nos frontières reculées , et qui semblaient éloigner de nous la guerre pour toujours; des forteresses inaccessibles élevées de toutes parts, et qui paraissaient '0lus destinées à menacer les États voisins qu'à mettre nos États à couvert ; l'Espagne , forcée de nous céder , par un acte solennel, la préséance qu'elle nous avait jusque-là disputée ; Rome même désavouer, par un monument public , le droit des gens violé, et l'outrage fait à une couronne de qui elle tient sa splendeur et la vaste étendue de son patrimoine : enfin, le souverain luimême d'une république florissante, descendre de son trône d'où ses prédécesseurs n'étaient pas encore descendus, quitter ses citoyens et sa patrie , et venir mettre les marques fastueuses de sa dignité aux pieds de Louis, pour fléchir sa clémence.
Grands événements qui nous attiraient la jalousie bien plus que l'admiration de l'Europe ! Et des événements qui font tant de jaloux peuvent bien embellir l'histoire d'un règne , mais ils n'assurent jamais le bonheur 4*un État.
Que manquait-il, dans ces temps heureux, à la gloire de Louis? Arbitre de la paix et de la guerre ; maître de l'Europe; formant presque avec la même autorité les décisions des cours étrangères que ceDes de ses propres conseils; trouvant dans