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justes et naturelles, et une heureuse habitude d'être vertueux, non pas pour l'honneur, mais pour la justice qu'il y a de l'être ! Mais il ne m'appartient pas de pénétrer jusqu'au fond de ce cœur magnanime; et il était réservé à une bouche plus élo* quente que la mienne d'en exprimer tous les mouvements et toutes les inclinations intérieures.
Pour récompenser tant de vertus par quelque honneur ex* traordinaire , il fallait trouver un grand roi qui crût ignorer quelque chose, et qui fût capable de l'avouer. Loin d'ici ces flatteuses maximes, que les rois naissent habiles, et que les autres le deviennent; que leurs âmes privilégiées sortent des mains de Dieu, qui les crée, toutes sages et intelligentes; qu'il n'y a point, pour eux d'essai ni d'apprentissage; qu'ils sont vertueux sans travail, et prudents sans expérience. Nous vivons sous un prince qui, tout grand et fout éclairé qu'il est, a bien voulu s'instruire pour conmiander; qui, dans la route de la gloire, a su choisir un guide fidèle, et a cru qu'il était de sa sagesse de se servir de celle d'autrui. Quel honneur pour un sujet d'accompagner son roi, de lui servir de conseil, et, si je l'ose dire, d'exemple dans une importante conquête ! Honneur d'autant plus grand que la faveur n'y put avoir part; qu'il ne fut fondé que sur un mérite universellement connu , et qu'il fut suivi de la prise des villes les plus considérables de la Flandre ^
Après cette glorieuse marque d'estime et de confiance, quels projets d'établissement et de foriune n'aurait pas faits un homme avare et ambitieux ! Qu'il eût amassé de biens et d'honneurs, et qu'il eût vendu chèrement tant de travaux et de services ! Mais cet homme sage et désintéressé, content des témoignages de sa conscience, et riche de sa modération, trouve dans le plaisir qu'il a de bien faire la récompense d'avoir bien fait. Quoiqu'il puisse tout obtenir, il ne demande et ne prétend rien ; il ne désire, à l'exemple de Salomon ', qu'un état frugal et honnête entre la pauvreté et les richesses; et, quelques ofires qu'on lui fasse, il n'étend ses désirs qu'à proportion de ses besoins, et se resserre dans les bornes étroites du seul nécessaire. Il n'y eut qu'une ambition qui fut cafttble de le toucher,
1 . Gharleroi, Doui, Toonui, Ath, Lille, etc. ' S. Ikoy.,c30.
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ce fot de mériter l'estime et la bienveillaDce de son maître. Cette ambition fiit satisfaite, et notre siècle a vu un sujet aimer son roi pour ses grandes qualités, non pour sa dignité ni pour sa fortune; et un roi aimer son sujet plus pour le mérite qu'il connaissait en lui, que pour les services qu*il en recevait
Cet honneur, Messieurs, ne diminua point sa modestie. A ce mot, je ne sais quel remords m'arrête. Je crains de publier ici des louanges qu'il a si souvent rejetées, et d'ofTenser après sa mort une vertu qu'il a tant aimée pendant sa vie. Mais accom* plissons la justice, et louons-le sans crainte, en un temps où nous ne pouvons être suspects de flatterie, ni lui susceptible de vanité. Qui fit jamais de si grandes choses? qui les dit avec plus de retenue? Remportait-il quelque avantage, à l'entendre, ce n'était pas qu'il fût habile, mais l'ennemi s'était trompé. Ren dait-il compte d'une bataille, il n'oubliait rien, sinon que c'était lui qui l'avait gagnée. Racontait-il quelques-unes de ces actions qai l'avaient rendu si célèbre, on eût dit qu'il n'en avait été que le spectateur, et l'on doutait si c'était lui qui se trompait, ou la renommée. Revenait-il de ces glorieuses campagnes qui rendront son nom immortel, il fuyait les acclamations populaires, il rougissait de ses victoires, il venait recevoir des éloges comme on vient foire des apologies, et n'osait presque aborder le roi, parce qu'il était obligé, par respect, de souffrir patiemment les louanges dont Sa Majesté ne manquait jamais de l'honorer.
C'est alors que, dans le doux repos d'une condition privée, ce prince se dépouillant de toute la gloire qu'il avait acquise pendant la guen-e, et se renfermant dans une société peu nombreuse de quelques amis choisis, il s'exerçait sans bruit aux vertus civiles : sincère dans ses discours, simple dans ses actions, fidèle dans ses amitiés, exact dans ses devoirs, réglé dans ses désirs, grand même dans les moindres choses. Il se cache; mais sa réputation le découvre; il marche sans suite et sans équipage, mais chacun dans son esprit le met sur un char de triomphe. On compte, en le voyant, les ennemis qu'il a vaincus, non pas les serviteurs qui le suivent; tout seul qu'il est, on se figure autour de lui ses vertus et ses victoires qui l'accompagnent; il y a je ne sais quoi de noble dans cette honnête sim-
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plicité; et moins il est superbe, plus il devient vénérable.
U aurait manqué quelque chose à sa gloire, si, trouvant partout tant d'admirateurs, il n*eût fait quelques envieux. Telle est l'injustice des hommes, la gloire la plus pure et la mieux acquise les blesse ; tout ce qui s'élève au-dessus d*eux leur devient odieux et insupportable; et la fortune la plus approuvée et la plus modeste n'a pu se sauver de cette Iftche et maligne passion. C'est la destinée des grands hommes d'en être attaqués; et c'est le privilège de M. de Turenne d'avoir pu la vaincre. L'envie fut étouffée, ou par le mépris qu'il en fit, ou par des accroissements perpétuels d'honneur et de gloire : le mérite l'avait fait naître, le mérite la fit mourir. Ceux qui lui étaient moins favorables ont reconnu combien il était nécessaire à l'État ; ceux qui ne pouvaient souffrir son élévation se crurent enfin obligés d'y consentir, et, n'osant s'affliger de la prospérité d'un homme qui ne leur aurait jamais donné la misérable consolation de se réjouir de quelqu'une de ses fautes, ils joignirent leur voix à la voix publique, et crurent qu'être son ennemi, c'était l'être de toute la France.
Mais à quoi auraient abouti tant de qualités héroïques, si Dieu n'eût fait éclater sur lui la puissance de sa gr&ce, et si celui dont sa providence s'était si noblement servie eût été l'objet étemel de sa justice? Dieu seul pouvait dissiper ses ténèbres, et il tenait en sa puissance l'heureux moment qu'il avait marqué pour l'éclairer de ses vérités.
n arriva ce moment heureux , ce point où se rapportait toute sa véritable gloire. Il entrevit des pièges et des précipices que sa prévention lui avait jusqu'alors entièrement cachés. Il commença à marcher avec précaution et avec crainte dans c^ routes égarées où il se trouvait engagé. Certains rayons de grâce et de lumières lui firent apercevoir qu'en vain remplirait-il les plus beaux endroits de l'histoire, si son nom n'était écrit dans le livre de vie; qu'en vain gagnerait-il le monde entier, s'il perdait son âme; qu'il n'y avait qu'une foi et un Jésus- Christ, et une vérité simple et indivisible, qui ne se montre qu'à ceux qui la cherchent avec un cœur humble et une volonté désintéressée. Il n'était pas encore éclairé; mais il commençait d'être docile. Combien de fois consulta-t-il des amis savants et
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fidèles? Combien de fois, soupirant après ces lumières vives et efficaces, qui seules triomphent des erreurs de Tesprit humain , dit-il à Jésus^hrist, comme cet aveugle de l'Évangile : c Seigneur, faites que je voie*? » Combien de fois essaya-t-il d'une main impuissante d*arracher le bandeau fatal qui fermait ses yeux à la vérité? Combien de fois remonta-t-il jusqu^à ces sources anciennes et pures que Jésus-Christ a laissées à son Église, pour y puiser avec joie les eaux d'une doctrine salutaire? Habitude, prétextes, engagement, honte de changer, plaisir d'être regardé comme le chef et le protecteur d'Israël, vaines et spécieuses raisons de la chair et du sang, vous ne pûles le retenir. Dieu rompit tous ses liens, et, le mettant dans la liberté, de ses enfants, le fit passer de la région des ténèbres au royaume de son Fils bien-airaé, à qui il appartenait par son élection éternelle : ici un nouvel ordre de choses se présente à moi. Je vois de plus grandes actions, de plus nobles motifs , une protection de Dieu plus visible. Je parle désormais d'une sagesse que la véritable piété accompagne, et d'un courage que l'esprit de Dieu fortifie. Renouvelez donc votre attention en cette dernière partie de mon discours, et suppléez dans vos pensées à ce qui manquera à mes expressions et à mes paroles.
TROISIÈME PARTIS
Si M. de Turenne n'avait su que combattre et vaincre ; s'il ne s'était élevé au-dessus des vertus humaines ; si sa valeur et sa pnidence n'avaient été animées d'un esprit de foi et de charité, je le mettrais au rang des Scipion et des Fabius, je laisserais à la vanité le soin d'honorer la vanité , et je ne viendrais pas dans un lieu saint faire Têloge d'un homme profane. S'il avait fini ses jours dans l'aveuglement et dans Terreur, je louerais en vain des vertus que Dieu n'aurait pas couronnées; je répandrais des larmes inutiles sur son tombeau ; et si je parlais de sa gloire , ce ne serait que pour déplorer son malheur. Mais, grâce à Jésus-Christ, je parie d'un chrétien éclairé des lumières de la foi, agissant par les principes d'une religion