‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 16 sur 121 · Mtlior ftf iopittUia quam ormaMlica, Egclbs., q, IS · texte numérisé non relu

Mtlior ftf iopittUia quam ormaMlica, Egclbs., q, IS

8. Mtlior ttt patUnt viro fortig 9t qui dominatur auimo *«o, tatpygnatort urbium. Proy. in, 32.

heureux , mais il n'était jamais surpris. Il distinguait le temps d'attaquer et le temps de dérendre. Il ne hasardait jamais rien que lorsqu'il avait beaucoup à gagner, et qu'il n'avait presque rien à perdre. Lors même qu'il semblait céder, il ne laissait pas de se faire craindre. Telle enfin était son habileté, que, lors-, qu'il vainquait, on ne pouvait en attribuer l'honneur qu'à sa prudence , et lorsqu'il était vaincu , on ne pouvait en imputer la faute qu'à la fortune.

Souvenez-vous, Messieurs, du commencement et des suites de la guerre, qui, n'étant d'abord qu'une étincelle, embrase aujourd'hui toute l'Europe. Tout se déclare contre la France. On soulève les étrangers, on débauche les alliés, on intimide les amis, on encourage les vaincus, on arme les envieux. Sur des craintes imaginaires et des défiances artificieusement inspirées, les intérêts sont confondus, la foi violée, et les traités méprisés. D fallait, je l'avoue, pour résister à tant d'armées jointes ensemble contre nous, des troupes aussi vaillantes et des capitaines aussi expérimentés que les nôtres. Mais rien n'était si formidable que de voir toute l'Allemagne, ce grand et vaste corps, composé de tant de peuples et de nations différentes, déployer tous ses étendards, et marcher vers nos fron-. tières, pour nous accabler par la force , après nous avoir effrayés par la multitude.

D fallait opposer à tant d'ennemis un homme d'un courage ferme et assuré, d'une capacité étendue, d'une expérience consommée, qui soutint la réputation et qui ménageât les forces du royaume; qui n'oubliât rien d'utile et de nécessaire, et ne fit rien de superflu; qui sût, selon les occasions, profiter de ses avantages, ou se relever de ses pertes; qui fût tantôt le bouclier, et tantôt l'épée de son pays : capable d'exécuter les ordres qu'il aurait reçus, et de prendre conseil de lui-même dans les rencontres.

Vous savez de qui je parle, Messieurs; vous savez le détail de ce qu'il fit , sans que je le dise. Avec des troupes considérables , seulement par leur courage et par la confiance qu'elles avaient en leur général, il.arrête et consume deux grandes armées, et force à conclure la paix par des traités, ceux qui croyaient venir tenniner la guerre par notre entière et prompte défaite. Tantôt^

il s'oppose à la jonction de tant de secours ramassés, et rompt le cours de tous ces torrents qui auraient inondé la France. Tantôt il les défait ou les dissipe par des combats réitérés. Tantôt il les repousse au delà de leurs rivières, et les arrête toujours par des coups hardis , quand il faut rétablir la réputation ; pai' la modération , quand il ne faut que la conserver.

Villes que nos ennemis s'étaient déjà partagées , vous êtes encore dans Fenceinte de notre empire. Provinces qu'ils avaient déjà ravagées dans le désir et dans la pensée *, vous avez encore recueilli vos moissons. Vous durez encore, places que l'art et la nature ont fortifiées, et qu'ils avaient dessein de démolir; et vous n'avez tremblé que sous des projets frivoles d'un vainqueur en idée, qui comptait le nombre de nos soldats, et qui ne songeait pas à la sagesse de leur capitaine.

Cette sagesse était la source de tant de prospérités éclatantes. Elle entretenait cette union des soldats avec leur chef, qui rend une armée invincible ; elle répandait dans les troupes un esprit de force , de courage et de confiance , qui leur faisait tout souffrir, tout entreprendre dans l'exécution de ses desseins ; elle rendait enfin des hommes grossiers capables de gloire; car, Messieurs, qu'est-ce qu'une armée? C'est un corps animé d'une infinité de passions différentes , qu'un homme habile fait mouvoir pour la défense de la patrie ; c'est une troupe d'hommes armés qui suivent aveuglément les ordres d'un chef, dont ils ne savent pas les intentions; c'est une multitude d'âmes, pour la plupart viles et mercenaires, qui, sans songer à leur propre réputation, travaillent à celle des rois et des conquérants; c'est un assemblage confus de libertins qu'il faut assujettir à l'obéissance, de lâches qu'il faut mener au combat , de téméraires qu'il faut retenir, d'impatients qu'il faut accoutumer à la constance. Quelle prudence ne faut-il pas pour conduire et réunir au seul intérêt public tant de vues et de volontés différentes ! Comment se JEaire craindre sans se mettre en danger d'être bai , et bien souvent abandonné ? Comment se faire aimer, sans perdre un peu de l'autorité , et relâcher de la discipline nécessaire?

Qui trouva jamais mieux tous ces justes tempéraments, que

I. SaDnstê dit, an pariant de JngarUia : Totwm Adh9rbaU§ regmm «mimo jamMivattrai, naaTH., XX.

ce prince que nous pleurons? Il attacha par des noeuds de respect et d'amitié ceux qu'on ne retient ordinairement que par la crainte des supplices, et se fit rendre par sa modération une obéissance aisée et volontaire. D parle » chacun écoute ses orades ; il commande» chacun avec joie suit ses ordres; il marche, chacun croit courir à la gloire. On dirait qu'il va combattre des rois confédérés avec sa seule maison*, comme un autre Abraham ; que ceux qui le suivent sont ses soldats et ses domestiques; et qu'il est et général et père de fomille tout ensemble. Aussi rien ne peut soutenir leurs efforts : ils ne trouvent point d'obstacles qu'ils ne surmontent ; point de difficultés qu'ils ne vainquent; point de péril qui les épouvante; point de travail qui les rebute; point d'entreprise qui les étonne; point de conquête qui leur paraisse difficile. Que pouvaient-ils refuser à un capitaine qui renonçfit à ses commodités pour les faire vivre dans l'abondance; qui, pour leur procurer du repos, perdait le sien propre; qui soulageait leurs fatigues, et ne s'en épargnait aucune; qui prodiguait son sang, et ne ménageait que le leur?

Par quelle invisible chaîne entralnait-il ainsi les volontés? Par cette bonté avec laquelle il encourageait les uns, il excusait les autres, et donnait à tous les moyens de s'avancer, de vaincre leur malheur, ou de réparer leurs fautes; par ce désintéressement qui le portait à préférer ce qui était plus utile à l'État à ce qui pouvait être plus glorieux pour lui-même; par cette justice qui, dans la distribution des emplois, ne lut permettait pas de suivre son inclination au préjudice du mérite; par cette noblesse de cœur et de sentiments, qui l'élevait au-dessus de sa propre grandeur, et par tant d'autres qualités qui lui attiraient l'estime et le respect de tout le monde. Que j'entrerais volontiers dans les motiCs et dans les circonstances de ses actions ! Que j'aimerais à vous montrer uue conduite si régulière et si uniforme, un mérite si éclatant et si exempt de faste et d'ostentation; de grandes vertus produites par des principes encore plus grands; une droiture universelle qui le portait à s'appliquer à tous ^ devoirs; et à les réduire tous à leurs fins

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