‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 27 sur 121 · Ntmo honuif nui imiM Dnu. Makc. x · texte numérisé non relu

Ntmo honuif nui imiM Dnu. Makc. x

n ORAISON FUNÈBRE

entre eux et lui des barrières impénétrables ? Fallut-il essuyer à sa porte de mauvaises heures, pour attendre un de ses moments commodes ? Fut-il jamais inaccessible, je ne dis pas à ses amis, je dis aux indiscrets et aux importuns? Refusa-t-il à quelqu'un la liberté de lui dire les choses nécessaires? N'accordat-il pas à plusieurs la consolation de lui en dire de superflues? Quelqu'un , lui parlant d'une affaire, put-il, par quelque marque de chagrin ou d'impatience, s'apercevoir qu'il en eût d'autres? Âffligea-t-il les malheureux? et leur fit-il acheter par quelque dureté la justice qu'il leur a rendue? Je parle avec d'autant plus de confiance , que j'ai pour témoins de ce que je dis la plupart de ceux qui m'entendent.

Il ne régla jamais sur la faveur ou sur la disgrâce des personnes le bon ou le mauvais accueil qu'il leur pouvait faire. Il écoutait avec patience, et répondait avec douceur. «N'ajou- € tons pas, a-t-il dit souvent, au malheur qu'ils ont d'avoir des € procès, celui d'être mal reçus de leurs juges; nous sommes € établis pour examiner leurs droits, et non pas pour éprouver € leur patience. » Loin d'ici ces juges sévères qui, selon le langage du Prophète \ rendent les fruits de la justice amers comme de l'absinthe, qui perdent le mérite de leur équité par leur austérité chagrine , et qui , fiers de leur pouvoir et même de leur vertu , redoutables indifféremment aux innocents et aux coupables, font croire qu'ils ne rendent la justice aux uns qu'à regret, et aux autres qu'avec colère! Celui que nous louons avait une conduite bien différente. Il ne rebuta jamais personne. Favorable à Ceux qui méritaient sa protection , civil à ceux à qui il ne pouvait être favorable , il faisait connaître aux bons qu'il eût voulu les satisfaire sans leur donner la peine de .solliciter, et aux méchants qu'il eût voulu les corriger sans avoir le déplaisir de les punir.

Combien de fois a-t-il essayé de bannir du palais ces lenteurs affectées, et ces détours presque infinis que l'avarice a inventés afin de faire durer les procès par les lois mêmes qu'on a faites pour les finir, et de profiter en même temps des dépouilles de celui qui perd et de celui qui gagne sa cause! Combien de fois a4-il arrêté la licence de ceux qui , sur la foi et sur la tradition

f. Converlittii in amariludinemjudiciumf et fruetumjutliliœ in abtintkium, AuoSfYif 13.

DB M. DB LAHOIGNON. 73

des ennemis et des envieux , débitent impnnément en plaidant des médisances, et qui , par des railleries piquantes, tâchent de rendre au moins ridicules ceux qu'ils ne peuvent rendre criminels! Combien de fois, par des accommodements raisonnables, a-Ml arrêté le cours de ces divisions qui passent des pères aux enilEints , et qui se perpétuent dans les familles !

Peut-être doutez-vous, Messieurs, qu'étant éloigné des yeux du public, il fût encore égal à lui-même. Entrons dans sa vie privée. Que ne puis-je vous le montrer parmi ce nombre de gens choisis, qui formaient chez lui une assemblée que le savoir, la politesse, Thonnèteté, rendaient aussi agréable qu'utile! C'est' là que , ne se réservant de son autorité que cet ascendant que lui donnait sur le reste des hommes la facilité de son humeur et la force de son esprit, il communiquait ses lumières, et profitait de celles des autres. C'est là qu'il a souvent éclairci les matières les plus embrouillées, et que, sur quelque genre d'érudition que tombât le discours, on eût dit qu'il en avait fait son occupation et son élude pariiculière. C'est là qu'après avoir écouté les autres, il reprenait quelquefois les sujets qu'on croyait avoir épuisés, et que, recueillant les épis qu'on avait laissés après la moisson, il en faisait une récolte plus abondante que la moisson qiéme.

Que ne puis-je vous le représenter tel qu'il était, lorsque après un long et pénible travail, loin du bruit de la ville et du tumulte des affaires, il allait se décharger du poids de sa dignité, et jouir d'un noble repos, dans sa retraite de Bâville ! Vous le verriez tantôt s'adonnant aux plaisirs innocents de l'agriculture, élevant son esprit aux choses invisibles de Dieu par les merveilles visibles de la nature : tantôt méditant ces éloquents et graves discours qui enseignaient et qui inspiraient tous les ans la justice, et dans lesquels, formant l'idée d'un homme de bien , il se décrivait lui-même sans y penser : tantôt accommodant les différends que la discorde, la jalousie ou le mauvais conseil font naître parmi les habitants de la campagne; plus content en lui-même, et peut-être plus grand aux yeux de Dieu, lorsque dans le fond d'une sombre allée , et sur un tribunal de gazon, il avait assuré le repos d'une pauvre famille, que lorsr cpi'il décidait des fortunes les plus éclatantes sur le premier

trône de la justice.

Vous le verriez recevant une foule d'amis, comme si chacun eût été le seul; distinguant les uns par la qualité, les autres par le mérite ; s'accommodant à tous et ne se préférant à personne. Jamais il ne s'éleva sur son front serein aucun de ces nuages que forment le dégoût ou la défiance. Jamais il n'exigea ni de circonspection gênante, ni d^assiduité servile. On Fentendit, selon les temps, parler des grandes choses comme s'il eût négligé les petites, parler des petites comme s'il eût ignoré les grandes. On le vit, dans des conversations aisées et familières, engageant les uns à l'écouter avec plaisir, les autres à lui répondre avec confiance , donnant à chacun le moyen de foire paraître son esprit , sans jamais s'être prévalu de la supériorité du sien.

Ces actions. Messieurs, vous semblent peut-être communes. Mais qui ne sait que la véritable vertu s'étend et se resserre quand il le faut , et qu'il y a de la grandeur à s'acquitter constamment des moindres devoirs? Dans les afTaires d'éclat, où l'on est soutenu par le désir de la gloire, par les espérances de la fortune , par le bruit des acclamations et des louanges , souvent on se contraint et l'on se déguise. Mais dans une vie particulière et retirée, où l'âme, sans intérêt et sans précaution, s'abandonne à ses mouvements naturels, on se découvre tout entier. Ce fut dans cette conduite ordinaire que H. de Lamoignon fit paraître ce qu'il était. Jamais il ne se démentit, jamais il ne se relftcha. Dans les choses les moins importantes, il ne laissa pas de suivre les grandes règles. Quoiqu'il agit difTéremment, l'esprit qui le fit agir fut toujours le même ; et l'on reconnut aisément que la sagesse lui était devenue comme naturelle , et que sa bonté constante et toujours égale ne venait pas d'un effort de réflexion, mais du fond de l'inclination qu'il y a^^ait, et de l'habitude qu'il s'en était faite.

Je me hâte. Messieurs, de passer aux plus nobles effets de celte bonté; je veux dire aux soins qu'il eut des pauvres de Jésus-Christ. Près des murs de cette ville royale s'élève un vaste et superbe édifice *, que l'aulorité des magistrats et les aumônes des citoyens entretiennent depuis trente ans, et que Dieu, par

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