‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 28 sur 121 · L'hôpital général · texte numérisé non relu

L'hôpital général

des moyens que la prudence humaine ne préYOit pas, e^ que sa proTÎdence a marqués, soutiendra dans la suite des temps, malgré les relâchements du siècle et le refroidissement de la piété. C'est là que la faim est rassasiée, que la nudité est revêtue, que rinflrmité est guérie, que TafOiction est consolée, que l'ignorance est instruite, et que chaque espèce de misère de TAme ou du corps trouve une espèce de miséricorde qui la soulage.

L*amou];qu*on a naturellement pour Tordre; l'honneur qu'on se fait d'avoir pris part aux grandes œuvres de piété ; certaine ferveur qu'on a d'ordinaire pour les nouveaux étahlissements, et surtout la grâce de Jésus-Christ, qui ranime de temps en temps les âmes tièdes, tout contribua d'abord à fonder cette sainte maison. Mais elle fut bientôt ébranlée. Ceux qui avaient entrepris de la soutenir tombèrent eux-mêmes par des accidents imprévus. On vit tarir tout d'un coup les principales sources de ]a charité. M. le premier président, par le droit de sa charge, et plus encore par sa propre inclination, entreprit de maintenir un ouvrage que son illustre prédécesseur * avait commencé avec tant de succès.

Quel soin ne prit-il pas de chercher des fonds en un temps où la misère étant augmentée et la charité refroidie, les pauvres avaient plus besoin de secours , et les riches avaient moins de volonté et moins de moyens de les secourir ! Quelle application n'eut-il pas pour établir la discipline parmi cette troupe de mendiants renfermés , qui regardent souvent leur asile comme une prison, et qui croient n'avoir rien à ménager, parce qu'ils sentent bien qu'ils n'ont rien à perdre ! Quel ordre ne donnais pas pour les accoutumer au travail et à la piété, afin qu'ils devinssent plus agréables à Dieu , et moins à charge à la charité des fidèles!

Ce fut en ce temps qu'on le vit paraître à la cour, et y demander avec empressement des audiences. Qui n'eût dit que , sous prétexte de rendre compte de son emploi, il cherchait l'heureux moment de faire valoir ses services , et de hâter les grâces qu'il pouvait espérer du prince? Qui n'eût pensé que c'était un hom-

i.]I.d«BeUièm.

mage qu'il allait rendre à la fortune, et qu^après avoir obtenu les dignités, il recherchait les biens qui manquaient encore à sa famille? Vous vous trompiez, prudents du siècle ; il demandait pour les pauvres, en un lieu où Ton se fait un point d'habileté de ne demander que pour soi, et où Ton ignore aisément les misères d'autrui, parce qu'on n'en ressent aucune. Il ne se piqua jamais tant d'être persuasif que dans ces sollicitations charitables, et il ne fut pas si sensiblement touché des grâces qu'on fit à sa maison , que des secours qu'il obtint pour les hôpitaux.

Il ne s'arrêta pas à la protection, Messieurs; il passa jusqu'aux assistances effectives, et il joignit à son crédit ses propres aumônes; car, sans compter ces rosées fréquentes qu'il répandit sur les terres de sa dépendance, ni ces secours abondants qu'il contribua dans les calamités publiques, il consacra ce qu'il retirait tous les ans du travail actuel du palais à la subsistance des pauvres. Il n'était pas content de leur avoir distribué du pain , s'il ne l'avait gagné lui-même. Il ne leur offrait pas les restes de sa vanité ou de sa fortune, mais les firuits de ses propres mains, n leur distribuait par la miséricorde ce qu'il avait acquis par la justice. Cette portion de son bien lui était sacrée; il y mettait son cœur comme son trésor. Vous le savez, pieuse confidente de ses aumônes secrètes *, qui lui rendez aujourd'hui les offices publics d'une sainte amitié; vous le savez, avec quelle joie il dispensait ces revenus de sa charité pour racheter ses péchés, et pour honorer Dieu de sa substance.

Que diront ici ceux qui , parce qu'ils n'ont pas volé le bien d'autrui, croient être en droit d'abuser du leur; comme si l'aumône n'était pas une obligation indispensable pour tous les chrétiens, comme si l'on pouvait abandonner les pauvres de Jésus-Christ, parce que d'autres les ont opprimés : et comme si l'on ne devait rien à Dieu, parce qu'on n'a rien pris aux hommes ? Que diront ceux qui veulent donner par dévotion ce qu'ils ont ravi par violence; qui se promettent les récompenses des justes, parce qu'ils font quelques largesses de ces biens qui sont le prix de leurs injustices, et qui se font honneur auprès

i. Madame de Hiramioii.

des pauyres des larcins même qu'ils leur ont fititsf Qu'ils sulyent l'exemple d'un homme juste, qui a ouvert son cosur et ses entrailles à ses frère?, qui leur a foit une ofiraude pure du bien le plus légitimement acquis, et qui, après avoir imité la bonté du Seigneur, l'a cherché par la piété.

TBOISIÈMB PARTIE.

Ce n'est pas sans raison, Messieurs, que l'esprit de Dieu, qui donne à chaque élat les instructions qui lui sont propres, ordonne aux juges de la terre de chercher le Seigneur, parce que étant, d'un côté, liés à une infinité de devoirs, et, de l'autre, étant regardés comme les arbitres du sort des hommes, il est difficile que leur esprit ne s'arrête ou à cette multiplicité d'affoires qui les occupe, ou à la complaisance de cette autorité qui les distingue. Il faut donc qu'ils sortent comme d'eux-mêmes , pour aller à Dieu par une piété simple et sincère ^

Je dis par une piété simple et sincère; car. Messieurs, il s'est élevé dans l'Église une espèce de chrétiens qui, se faisant, aux dépens même de la dévotion, une réputation d'être dévots, couvrent leurs passions sous une apparence de piété et sous un air extérieur de réforme, pour arriver plus facilement à leurs fins, et pour surprendre l'approbation du mondé, en lui faisant accroire qu'ils ont déjà celle de Dieu. Ce sont ces hommes qui deviennent humbles pour pouvoir dominer, utiles afin de se rendre nécessaires, et qui, jugeant de tout, se mêlant de tout, et remuant mille ressorts, dont la religion est toujours le plus apparent, s'ils ne se font estimer par leur vertu, du moins se font craindre par leur cabale.

Je parle ici d'un véritable chrétien, qui n'eut pour guide que la foi; qui ne s'attacha qu'aux maximes de l'Évangile; qui ne fut ni d'ApoUo, ni de Céphas, ni de Paul, mais de Jésus-Christ; qui réprima les impies, et n'eut point de part avec les hypocrites; et qui, suivant, non pas son intérêt, mais son devoir, et ramenant toutes choses à leur principe, conserva sa religion pure, et trouva Dieu, parce qu'il ne le chercha que pour luimême. .

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