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séduire. On s'étonnait comment un homme yo«6 par état à la retraite pouvait connaître assez bien le monde pour faire des peintures si vraies des passions , et surtout de Tamour-propre. C'est en me sondant moi-même^ disait-il arec candeur^ que f ai appris à tracer ces peintures. Il le prouva d*une manière aussi énergique qu*ingénue , par Taveu qu'il fit à un de ses confrères, qui le félicitait sur ses sermons. Le diable^ répondit-il , me Va déjà dit plus éloqvemment que vous.
Son action était parfaitement assortie au genre d'éloquence qu'il avait embrassé. Au moment où il entrait en chaire , il paraissait vivement pénétré des grandes vérités qu'il allait dire; les yeux baissés, l'air modeste et recueillit sans mouvements violents et presque sans gestes, mais animant tout par une voix touchante et sensible, il répandait dans son auditoire le sentiment religieux que son extérieur annonçait ; il se faisait écouter avec ce silence profond qui loue encore mieux l'éloquence que les applaudissements les plus tumultueux. Sur la réputation seule de sa déclamation, le célèbre Baron voulut assister à un de ses discours; et s'adressant, au sortir du sermon, à un ami qui l'accompagnait : P^oilà^ dit41 , un orateur^ et nous ne sommes que des comédiens.
Bientôt la cour désira de l'entendre, ou plutôt de le juger. Il parut * , sans orgueil comme sans crainte, sur ce grand et dangereux théâtre : son début y fut des plus brillants , et l'exorde du premier discours qu'il y prononça est un des chefs-d'œuvre de l'éloquence moderne. Louis XIV était alors au comble de sa puissance et de sa gloire , vainqueur et admiré de toute TEurope, adoré de ses sujets , enivré d'encens, et rassasié d'hommages. Massillon prit pour texte le passage de l'Écriture qui semblait le moins Élit pour un tel prince , Bienheureux ceux qui pleurent^ et sut tirer de ce texte un éloge du monarque d'autant plus neuf, plus adroit et plus flatteur, qu'il parut dicté par l'Évangile même, et tel qu'un apôtre l'aurait pu faire. « Sire , dit-il au roi , si le monde parlait ici à Votre Majesté , il ne < lui dirait pas : Bienheureux ceux qui pleurent. Heureux , vous dirai^ « il, ce prince qui n'a jamais combattu que pour vaincre; qui a rempli « l'univers de son nom ; qui , dans le cours d'un règne long et florissant « « jouit avec éclat de tout ce que les hommes admirent , de la grandeur de « ses conquêtes , de l'amour de ses peuples , de l'estime de ses ennemis , « de la sagesse de ses lois... Mais , sire , l'Évangile ne parle pas comme le « monde. » L'auditoire de Versailles, tout accoutumé qu'il était aux Bos^ suet et aux Bourdaloue, ne l'était pas à une éloquence tout à la fois si fine