‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 41 sur 121 · I.BaosrATSDtâeieM · texte numérisé non relu

I.BaosrATSDtâeieM

et si noble ; aussi excita-t^e dans l'assemblée , malgré la gravité du liea , im mouvement involontaire d'admiration. Il ne manquait à ce morceau , pour en rendre Timpression plus touchante encore « que d'avoir été pro* nonce au milieu des malheurs qui suivirent nos triomphes, et lorsque le monarque, qui pendant cinquante années n'avait eu que des succès, ne répandait plus que des larmes.

La vérité, même lorsqu'elle parle au nom de Dieu , doit se contenter de frapper à la porte des rois, et ne doit jamais la briser. Massillon , persuadé de cette maxime, n'imita point quelques-uns de ses prédécesseurs, qui, soit pour déployer leur zèle, soit pour le faire remarquer, avaient prêché la morale chrétienne dans le séjour du vice avec une dureté capable de la rendre odieuse , et d'exposer la religion au ressentiment de l'autorité orgueilleuse et ofifensée. Notre orateur fut toujours ferme, mais toujours respectueux , en annonçant à son souverain les volontés de celui qui juge les rois ; il remplit la mesure de son ministère , mais il ne la passa jamais ; et le monarque, qui aurait pu sortir de sa chapelle mécontent de la liberté de quelques autres prédicateurs, ne sortit jamais des sermons de Massillon que mécontent de luirmême. Cest ce que le prince eut le courage de dire en propres termes à l'orateur; éloge le plus grand qu'il pût lui donner, mais que tant d'autres , avant et depuis Massillon, n'ont pas même désiré d'obtenir, plus jaloux de renvoyer des juges satisfaits que des pécheurs convertis.

Louis XIV mourut; et le régent, qui honorait les talents de Massillon, le nomma à i'évéché de Clermont ' ; il voulut de plus que la cour l'entendit encore une fois , et l'engagea à prêcher un carême devant le roi , alors flgé de neuf ans.

Ces sermons, composés en moins de trois mois, sont connus sous le nom de Petit Carême, Cest peut-être , sinon le chef-d'œuvre, au moins le vrai modèle de l'éloquence de la chaire. Les grands sermons du même orateur peuvent avoir plus de mouvement et de véhémence : l'éloquence du Petit Carême est plus insinuante et plus sensible ; et le charme qui en résulte augmente encore par l'intérêt du sujet , par le prix inestimable de ces leçons simples et toudiantes qui , destinées à pénétrer avec autant de douceur que de force dans le cœur d'un monarque enfant , semblent préparer le bonheur de plusieurs millions d'hommes , en annonçant au jeune prince qui doit régner sur eux , tout ce qu*ils ont droit d'en attendre. C'est là que l'orateur met sous les yeux des souverains les écueils et les mal-

Page 1