I. Mattb
honteuse, injuste. Mais, Sire, si ce poison gagne et infecte le cœur du prince; si le souverain, oubliant qu*il est le protecteur de la tranquillité publique , préfère sa propre gloire à Famour et au salut de ses peuples ; s'il aime mieux conquérir des provinces que régner sur les cœurs; s*il lui parait plus glorieux d'être le destructeur de ses voisins que le père de son peuple; si le deuil et la désolation de ses sujets est le seul chant de joie qui accompagne ses victoires; s'il fait servir à lui seul une puissance qui ne lui est donnée que pour rendre heureux ceux qu'il gouverne; en un mot, s'il n'est roi que pour le malheur des hommes, et que, comme ce roi de Babylone, il ne veuille élever la statue impie, l'idole de sa grandeur, que sur les larmes et les débris des peuples et des nations : grand Dieu ! quel fléau pour la terre ! quel présent faites-vous aux honmies dans votre colère , en leur donnant un tel maître !
Sa gloire, Sire, sera toujours souillée de sang '.quelque insensé chantera peut-être ses victoires; mais les provinces, les villes, les campagnes eu pleureront : on lui dressera des monuments superbes, pour immortaliser ses conquêtes; mais les cendres encore fumantes de tant de villes autrefois florissantes, mais la désolation de tant de campagnes dépouillées de leur ancienne beauté, mais les ruines de tant de murs sous lesquelles des citoyens paisibles ont été ensevelis, mais tant de calamités qui subsisteront après lui, seront des monuments lugubres qui immortaliseront sa vanité et sa folie. Il aura passé comme un torrent pour ravager la terre, et non comme un fleuve majestueux pour y porter la joie et l'abondance : son nom sera écrit dans les annales de la postérité parmi les conquérants , mais il ne le sera pas parmi les bons rois; et l'on ne rappeUera l'histoire de son règne que pour rappeler le souvenir des maux qu'il a faits aux hommes. Ainsi son orgueils dit l'esprit de Dieu, sera monté jusqu'au ciel; sa. tête aura touché dans les nuées; ses succès auront égalé ses désirs; et tout cet amas de gloire ne sera plus à la fin qu'un monceau de boue qui ne laissera après elle que l'infection et l'opprobre.
Grand Dieu ! vous qui êtes le protecteur de l'enfance des rois
I. Si tueenderit uique ad eaium svperbia êjutf $i eaput êjui mtbêt Migtrit; quasi H$rqmi' linium in fins pêrietur (Job , xz, 6, 7.)
DE CAREME. 295
et surtout des rois pupilles , éloignez tous ces pièges de Tenfant précieux que vous nous avez laissé dans votre miséricorde 1 II peut vous dire , comme autrefois un roi selon votre cœur : < Mon père et ma mère m'ont abandonné*. » A peine avais-je les yeux ouverts à la lumière, qu'une mort prématurée les ferma en même temps à Adélaïde qui m'avait porté dans son sein, et dont les traits aimables et majestueux sont encore peints sur mon visage ; et au prince pieux de qui je tiens la vie, et dont les sentiments religieux seront toujours gravés dans mon cœur : pater meu» et mater tnea dereliquerunt me. Hais vous. Seigneur, qui êtes le père des rois et le Dieu de mes pères, vous m'avez pris sous votre protection, et mis à couvert sous l'ombre de vos ailes et de votre bonté paternelle : Dominm autem assumpsit me\
Grand Dieu ! gardez donc son innocence comme un trésor encore plus estimable que sa couronne; faites-la croître avec son flge; prenez son cœur entre vos mains, et que le feu impur de la volupté ne profane jamais un sanctuaire que vous vous êtes réservé depuis tant de siècles : custodi innocentiQtn*.
Voyez ces semences de droiture et de vérité que vous avez jetées dans son âme; cet esprit de justice et d'équité qui se développe de jour en jour, et qui parait être né avec lui ; cette aversion naissante pour les artifices et les fausses louanges du flatteur; et ne permettez pas que l'adulation corrompe jamais ces présages heureux de notre félicité future : et vide œjuitatem*.
Qu'il règne pour notre bonheur, et il régnera pour sa gloire. Que son unique ambition soit de rendre ses sujets heureux ; que son titre le plus chéri soit celui de roi bienfaisant et pacifique : il ne sera grand qu'autant qu'il sera cher à son peuple. Qu'il soit le modèle de tous les bons rois, et que ce prince pacifique puisse laisser encore après lui des princes qui lui ressemblent : quoniam sunt reliquiœ homini pacifico^. Recevez ces vœux, ô mon Dieu ! et qu'ils soient pour nous les gages de la tranquillité de la \ie présente, et l'espérance de la future ! Ainsi soit-il.
4. Ps. XXVI, 10. — S. nûd. — 3. Ibid. — 4. Ibid. — 5. Ibid. .
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