Rom., n
c'est par les emplois publics; rauiorité n'est sûre et bien placée qu'entre les mains de ceux qui le craignent : c'est par lies préférences; les grands talents sont quelquefois les plus dangereux, si la crainte de Dieu ne sait les rendre utiles,: c'est par l'accès auprès de leur personne ; la familiarité n'a rien h craindre de ceux qui respecteraient même nos rebuts et nos mauvais traitements : c'est enfin par les grftces; nos bienfaits ne sauraient faire des ingrats de ceux que le devoir tout seul et la conscience nous attachent.
Quel bonheur, Sire, pour un siècle, pour un empire, pour les peuples, lorsque Dieu leur donne dans sa miséricorde des princes favorables à la piété ! Par eux croissent et s'animent les talents utiles à l'Église : par eux se forment et sont protégés des ouvriers fidèles destinés à répandre la science du salut, à arracher les scandales du royaume de Jésus-Christ, et h ranimer la foi par des ouvrages pleins de l'esprit qui les a dictés : par eux s'élèvent au milieu de nous des maisons saintes, des établissements pieux où l'innocence est préservée, où le vice sauvé du naufrage trouve un port heureux : par eux enfin nos neveux trouveront encore ces ressources publiques de salut, monuments heureux qui perpétuent la piété dans les empires , qui assurent aux princes la reconnaissance des âges à venir, qui mettent la postérité dans leurs intérêts, et qui les rendent les héros de tous les siècles.
Non t Sire , la gloire des monuments que l'orgueil ou l'adulation ont élevés sera ou ensevelie dans l'oubli par le temps, ou effacée par les censures et les jugements plus équitables de la postérité : les races futures disputeront à la plupart des souverains les titres et les honneurs que leur siècle leur aura déférés; mais la gloire des secours publics accordés à la piété, et qui subsisteront après eux, ne leur sera pas disputée ; et quelque grand qu'ait été le roi que nous pleurons encore , de tous les monuments élevés si justement pour immortaliser la gloire de son règne y les deux édifices pieux et augustes où la valeur d'un côté, et la noblesse du sexe de l'autre, trouveront jusqu'à la fin des ressources sûres et publiques, sont les titres qui lui répondent le plus des éloges et des actions de grâces de la postérité.
Tel est le zùle de protection que les princes et les grands
doivent à la sainteté des maximes de la religion : mais ils le doivent encore au dépôt sacré de sa doctrine et de sa vérité ; et notre siècle surtout, où l'irréligion fait tant de progrès» doit encore plus réveiller là-dessus leur attention et leur zèle.
J*avoue que les impies ont été de tous les siècles; que chaque âge et chaque nation a vu^des esprits noirs et superbes dire non-seulement dans leur cœur et en secret, mais oser blasphémer tout haut qu'il n'y a point de Dieu ; et que, dès le temps même de Salomon, où le souvenir des merveilles du Seigneur en Ëgjpte et dans le désert était encore si récent, ils proposaient déjà, contre tout culte rendu au Très-Haut, ces doutes impies qui sont devenus le langage vulgaire de l'incrédulité.
Mais s'il a paru autrefois des impies, le moude lui-même les a regardés avec horreur ; et ces ennemis de Dieu n'ont paru sur la terre que pour être comme le rebut et l'anathème de tous les hommes.
Aujourd'hui, hélas ! l'impiété est presque devenue un air de distinction et de gloire, c'est un titre qui honore; et souvent on se le donne à soi-même par une aifreuse ostentation, tandis que la conscience n'ose encore secouer le joug , et nous le refuse. Aujourd'hui c'est un mérite qui donne accès auprès des grands; qui relève , pour ainsi dire , la bassesse du nom et de la naissance; qui donne à des hommes obscurs, auprès des princes du peuple, un privilège de familiarité dont nos mœurs mômes, toutes corrompues qu'elles sont, rougissent; et l'impiété, qui devrait avilir l'éclat même de la naissance et de la gloire, décore et ennoblit l'obscurité et la roture. Ce sont les grands qui ont donné du crédit à l'impie; c'est à eux à le dégrader et à le confondre.
Quelle honte pour la religion , mes frères ! Les plus grands honunes du paganisme ne parlaient qu'avec respect des superstitions de l'idolâtrie , dont ils connaissaient la puérilité et l'extravagance : ils pensaient avec les sages, et ils n'osaient parler que comme le peuple; ils n'auraient osé, avec toute leur réputation et leurs lumières, insulter tout haut un culte si insensé , mais que la majesté des lois de l'empire et Fancienneté rendaient respectable; etSocrate lui-même, l'honneur de la Grèce, ce premier philosophe du monde , si estimé de tous les siècles ,
et qui devait être si cher au sien, perd la vie par un arrêt public d'Athènes pour avoir parlé avec moins de circonspection de ces dieux bizarres auxquels ses citoyens devaient moins de respect et d'honneur qu'à lui-même.
Et parmi nous le Dieu du ciel et de la terre est insulté hautement, sans que le zèle public se réveille ! et, sous l'empire même de la foi, des hommes vils et ignorants font des dérisions publiques d'une doctrine descendue du ciel ! et on applaudit à l'impiété ! et, dans un royaume où le titre de chrétien honore nos rois, l'incrédulité impunie devient même un titre d'honneur pour des sujets! Les vaines idoles auraient donc eu le ministère public pour vengeur contre les savants et les sages; et le seul Dieu véritable ne l'aurait pas contre les libertins et les insensés !
Vengez l'honneur de la religion, vous, mes frères, dont les illustres ancêtres en ont été les premiers dépositaires, et dont vous devez être par conséquent les premiers défenseurs : éloignez l'impie d'auprès de vous; n'ayez jamais pour amis les ennemis de Dieu : il y a tant de dignité pour les grands à ne pas souffrir qu'on insulte et qu'on avilisse devant eux la foi de leurs pères ! ce doit être, pour vous, manquer de respect à votre rang, que d'en manquer en votre présence à la religion que vous professez; c'est un langage indécent qui blesse les égards et les attentions qui vous sont dues : on vous méprise, en méprisant devant vous le Dieu que vous adorez. N'écoutez donc qu'avec une indignation qui ferme la bouche à l'incrédule, les discours de l'incrédulité : comme c'est la vanité seule qui fait les impies, ils seront rares dès qu'ils seront méprisés.
Ayez vous-mêmes un noble et religieux respect pour les vérités de la religion. La véritable élévation de l'esprit, c'est de pouvoir sentir toute la majesté et toute la sublimité de la foi. Les grandes lumières nous conduisent elles-mêmes à la soumission; l'incrédulité est le vice des esprits faibles et bornés : c'est tout ignorer que de vouloir tout connaître. Les contradictions et les abimes de l'impiété sont encore plus incompréhensibles que les mystères de la foi ; et il y a encore moins de ressource pour la raison à secouer tout joug , qu'à obéir et à se soumettre*
Que votre respect et votre zèle pour la religion de vos pères cultive et fasse croître celui du jeune prince auprès duquel vos noms et vos dignités vous attachent, et dont l'éducation est, pour ainsi dire, confiée à tous ceux qui ont Thonneur de ra{)proeher de plus près ; qu'il retrouve en vous les premiers témoins de la foi , que ses ancêtres placèrent sur le trône ; que le zèle pour la défense de FËglise, qui coule en lui avec le sang , soit encore réveillé et animé par vos exemples; que les erreurs et les profanes nouveautés soient les premiers ennemis qu'il se propose de combattre ; et qu'il soit encore plus jaloux qu'on ne touche point aux anciennes bornes de la foi, qu'à celles de la monarchie.
Que la tranquillité de son règne, ô mon Dieu , devienne celle de l'Église ; que les troubles qui l'agitent soient calmés avant qu'il puisse les connaître ; que la concorde et l'union rétablies parmi nous préviennent la sévérité de ses lois, et ne laissent plus rien à faire à son zèle ; que son règne soit le règne de la paix et de la vérité ; que le lion et l'agneau vivent ensemble paisiblement sous son empire ; et que cet enfant miraculeux, comme dit Isaîe, les mène encore et les voie réunis dans les mêmes pâturages : et puer parvului minabit eos*. Que le camp des infidèles et des Philistins ne se réjouisse plus de nos dissensions ; et que s'ils entendent encore des clameurs autour de l'arche, ce ne soient plus celles qui annoncent ses périls et des malheurs nouveaux, mais ses triomphes et sa gloire. Ainsi soit-il.
' 4 ISAIB, n, 6.