‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 59 sur 121 · PREMIÈRE RÉFLEXION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RÉFLEXION

Les passions plus violentes. Oui, Sire, les passions font tous nos malheurs; et tout ce qui les flatte et les irrite augmente nos peines. Un grand voluptueux et plus malheureux est plus à plaindre que le dernier et le plus vil d'entre le peuple : tout lui aide à assouvir son injuste passion, et tout ce qui l'assouvit la réveille; ses désirs croissent avec ses crimes. Plus il se livre à ses penchants, plus il en devient le jouet et l'esclave : sa prospérité rallume sans cesse le feu honteux qui le dévore, et le fait renaître de ses propres cendres : les sens, devenus ses maîtres, deviennent ses tyrans : il se rassasie de plaisirs, et sa satiété fait elle-même son supplice; et les plaisirs enfantent eux-mêmes» dit l'esprit de Dieu, le ver qui le ronge et qui le dévore : et dulcedo illius vermes*. Ainsi ses inquiétudes naissent de son abondance; ses désirs, toujours satisfaits, ne lui laissant plus rien à désirer, le laissent tristement avec lui-même : l'excès de ses plaisirs en augmente de jour en jour le vide; et plus il en goûte, plus ils deviennent tristes et amers.

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