‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 87 sur 121 · I. JOAN., XI · texte numérisé non relu

I. JOAN., XI

taut-il que le sanctuaire lui-même deyienne presque toujours Tasile d'une passion si méprisable; que les dons éclatants de l'esprit de paix et de charité mettent l'amertume et la division parmi ses ministres; que la moisson si abondante, et qui manque d'ouvriers, excite des sentiments de jalousie parmi le petit nombre de ceux qui travaillent; que les anges destinés au ministère ne puissent arracher les scandales du royaume de Jésus-Christ, sans y en mettre souvent un nouveau; que dès la naissance de rÉvangile cette triste zizanie se soit glissée parmi ses plus saints ouvriers, et que l'Église souvent soit presque aussi affligée par le faux zèle qui la défend que par l'erreur même qui l'attaque ! Pourvu que Jésus-Christ soit annoncé, la gloire n'en est-elle pas commune à tous ceux qui l'aiment? ne partageons-nous pas ses triomphes , dès que nous ne combattons que pour lui? et tous les succès qui agrandissent son royaume ne deviennent-ils pas les nôtres ? C'est lui seul qui donne accroissement, et nos faibles travaux ne son«. pâUS comptés pour rien dès que nous les comptons nous-mêmes pour quelque chose.

Tous les traits les plus odieux semblent se réunir dans un cœur où domine celte passion injuste de l'envie. Cependant c*est le vice et comme la contagion universelle des cours , et souvent la première source de la décadence des empires : il n'est point de bassesse que cette passion ou ne consacre ou ne justifie ; elle éteint même les sentiments les plus nobles de Téducation et de la naissance; et dès que ce poison a gagné le cœur, on trouve des âmes de boue où la nature avait d'abord placé des âmes grandes et bien nées.

La mauvaise foi n'est plus comptée pour rien : ces grands prêtres cherchent eux-mêmes de faux témoignages contre Jésus- Christ ; eux qui devaient proscrire ces hommes infâmes qui font un trafic honteux de la vérité et de l'innocence des autres hommes, ils se les associent, et favorisent le crime qui favorise leur passion.

C'est ainsi que ce vice ne rougit point de se faire des appuis honteux et méprisables. Les hommes les plus décriés et les plus perdus, qn les adopte dès qu'ils veulent bien adopter et servir l'amertume secrète qui nous dévore; ils nous deviennent chers

dès qa*ils peuvent devenir les vils instruments de notre passion» et ce qui devait les rendre encore plus hideux à nos yeux , efface en un instant toutes leurs taches. Le monde ne manque jamais de ces hommes vendus à Tiniquité, dont Tunique emploi est de noircir auprès des grands ceux qui ont le malheur de leur déplaire, ou qui plaisent trop pour être de leur goût : et ces hommes corrompus , et qu*on devrait bannir de la société, ne manquent jamais de trouver des grands qui les écoutent et qui les protègent. On érige en mérite le zèle qu*ils étalent pour nos intérêts, et on leur fait une vertu d*un ministère infftme, dont on rougit tout bas soi-même : Doêg Tlduméen devient cher à Saûl dès qu'il devient le ministre de sa jalousie et de sa haine contre David.

Hais de quoi n'est pas capable un cœur que la jalousie noircit et envenime ! Non-seulement on applaudit à Timposture, mais on ne craint pas de s*en rendre coupable soi-même. Ces pontifes témoins des prodiges et de la sainteté de Jésus-Christ, ne pouvant ignorer qu'il est fils de David et descendu des rois de Juda, ayant oui de sa propre bouche qu'il fallait rendre à Dieu ce qui est à Dieu , et à César ce qui est à César, le font pourtant passer pour un séditieux , un ennemi de César, et qui veut en nsurper la souveraine puissance; un impie qui veut renverser la loi et le temple de ses pères ; enfin pour un homme de néant, né dans la boue et dans la plus vile populace.

Cette passion amère est comme une frénésie qui change tous les objets à nos yeux; rien ne nous parait plus sous s^ forme naturelle. David a beau remporter des victoires sur les Philistins, et assurer la couronne à son maitre ; aux yeux de Saûl ce n'est plus qu'un ambitieux qui veut monter lui-même sur le trône. En vain Jérémie justifie la vérité de ses prédictions par les événements et par la sainteté de sa vie ; les prêtres, jaloux de sa réputation, publient que c'est un imposteur et un traître qui annonce les malheurs et la ruine entière de Jérusalem, plus pour décourager ses citoyens et favoriser l'ennemi, que pour prévenir la destruction entière de sa patrie.

Tout s'empoisonne entre les mains de cette funeste passion : la piété la plus avérée n'est plus qu'une hypocrisie mieux conduite; la valeur la plus éclatante, une pure ostentation, ou un

bonhear qui tient lieu de mérite; la réputation la mieux établie ime erreur publique où il entre plus de prérention que de vérité; les talents les plus utiles à FÉtat, une ambition démesurée qui ne cache qu'un grand fonds de médiocrité et d'insuffisance; le zèle pour la patrie, un art de se faire valoir et de se rendre nécessaire; les succès même les plus glorieux, un assemblage de circonstances heureuses qu'on doit à la bizarrerie du hasard plus qu'à la sagesse des mesures ; la naissance la plus illustre, un grand nom sur lequel on est enté, et qu'on ne tient pas de ses ancêtres.

Enfin la langue du jalou?^ flétrit tout ce qu'elle touche , et ce langage si honteux est pourtant le langage commun des cours : c'est lui qui lie les sociétés et les commerces ; chacun se cache la plaie secrète de son cœur, et chacun se la communique ; on a honte du nom du vice , et l'on se fait honneur du vice même.

Enfin il emprunte même les apparences du zèle et de l'amour du bien public ; les intérêts de la nation et la conservation du temple et de la loi paraissent consacrer la jalousie des pontifes contre Jésus-Christ.

Le zèle du bien public devient tous les jours comme la décoration et l'apologie de ce vice. Il semble qu'on ne craint que ponr l'État, et on n'envie que les places de ceux qui gouvernent: on blâme les choix du maître comme tombant sur des sujets incapables ; mais ce n'est pas l'intérêt public qui nous pique, c'est la jalousie et le chagrin de n'avoir pas été nou&-mèmes choisis: les places où nous aspirions ne sont jamais, selon nous, données au mérite ; la faveur du maître et le bien de l'État ne nous paraissent jamais aller ensemble : on se donne pour amateur de la patrie, et on n'en aime que les honneurs et les prééminences. Aman trouve la puissance et la religion des Juifs dangereuses à l'empire; mais ce n'est pas l'État qu'il a dessein de sauver; c'est Hardochée qu'il veut perdre. Les courtisans de Darius accusent Daniel d'avoir violé la loi des Perses ; mais ce n'est pas de ht majesté de la loi dont ils sont jaloux, c'est la gloire et la &veur de Daniel qu'ils haïssent.

Tout est plein dans les cours de ces zèles de jalousies : on étale le titre de bon citoyen, et on cache dessous celui de jaloux ; on a sans cesse l'État dans la bouche et la jalousie dans

le cœur ; on parait contristé quand les événements sont malheureux » et ne répondent pas aux vues et aux mesures de ceux qui sont en place; et Ton s'applaudit plus du blftme qui en retombe sur eux, qu'on-n'est touché des maux qui en peuvent revenir à la patrie.

Et voilà un des plus tristes effets de cette passion infortunée. Ces pontifes demandent que le sang du juste soit sur eux et sur leurs enfonts : la désolation du temple et de la cité sainte, la cessation des sacrifices » la dispersion de Juda, la perte de tout ne leur parait rien, pourvu que l'innocent périsse.

Et combien de fois a-t-on vu des hommes publics sacrifier l'État à leurs jalousies particulières, faire échouer des entreprises glorieuses à la patrie, de peur que la gloire n'en rejaillit sur leurs rivaux; ménager des événements capables de renverser l'empire, pour ensevelir leurs concurrents sous ses ruines, et risquer de tout perdre pour faire périr un seul homme ! Les histoires des cours et des empires sont remplies de ces traits honteux, et chaque siècle presque en a vu de. tristes exemples. Mais le véritable zèle du bien ne cherche qu'à se rendre utile ; et à l'homme vertueux et qui aime l'État, les services tiennent lieu de récompense.

Première passion dans les pontifes, qui livre aujourd'hui Jésus-Christ, la jalousie : mais, en second lieu, c'est un lâche intérêt dans Pilate qui le condamne.

SECONDS PARTIE

Oui, mes frères, la passion, le dieu des grands, c'est la fortune. Ils veulent plaire à César, et c'est le seul devoir qui les occupe; tout ce qui favorise leur élévation s'accorde toujoura avec leur conscience; la probité qui nuirait à leur fortune, et qui leur ferait perdre la faveur du maître, n'est plus pour eux que la vertu des sots. Hais dès là qu'on craint plus la disgrâce de César que le reproche de sa conscience, si l'on n'a pas encore sacrifié l'honneur et la probité, ce n'est pas le cœur et la volonté, c'est l'occasion qui a manqué aux plus grands crimes.

En effet, il parait d'abord dans le caractère de Pilate des restes de droiture et de probité; sa conscience s'élève en faveur

de l'innocent; il semble lui-même plaider sa cause; il n*03e le délivrer, et il souhaite pourtant qu*on le délivre : premier degré de l'ambition, la lâcheté. On aime le devoir et l'équité lorsqu'il est utile ou glorieux de se déclarer pour elle, qu'on peut compter sur les suffrages publics, que notre fermeté va nous donner en spectacle au monde, et que nous devenons plus grands aux yeux des hommes par la défense héroïque de la vérité, que nous ne l'aurions été par la dissimulation et la sou* plesse; nous cherchons la gloire et les applaudissements dans le devoir, et presque toujours c'est la vanité qui donne des défenseurs à la vérité.

A la lâcheté succède la crainte. On menace Pilate de l'indignation de César : ti hune dimittis^ non es amicut Cassaris^ A cette raison tous les droits les plus sacrés s'évanouissent, et ne sont plus comptés pour rien. On n'est pas digne de soutenir la justice et la vérité quand ou peut aimer quelque chose plus qu'elle : une démarche opposée à l'honneur et à la conscience est bien plus à craindre, pour une âme noble, que la colère de César. Mais d'ailleurs, Sire, c'est servir la gloire du prince que de ne pas servir à ses passions; il est beau 4'oser s'exposer à son indignation plutôt que de manquer à la fidélité qu'on lui a jurée ; et si les princes comme vous peuvent compter sur un ami fidèle, il faut qu'ils le cherchent parmi ceux qui les ont assez aimés pour avoir eu le courage d'oser quelquefois leur déplaire : plus ceux qui leur applaudissent sans cesse sont nombreux, plus l'homme vertueux qui ne se joint point aux adulations publiques doit leur être respectable. Mais cet héroïsme de fidélité est rare dans les cours : à peine se trouva-t-il un Daniel dans l'empire parmi tous les satrapes, qui ne connaissaient point d'autre loi que la volonté du prince. Telle est la destinée des souverains : la môme puissance qui multiplie autour d'eux les adulateurs, y rend aussi les amis plus rares.

Aussi la crainte de déplaire à César conduit Pilate au dernier degré de la lâcheté, .il abandonne et livre Jésus-Christ. Les cris de ce peuple furieux ne peuvent être calmés que par le sang du juste : s'exposer à leur violence, ce serait allumer le feu de la

sédition; il vaut encore mieux que l'innocent périsse que si toute la nation allait se révolter contre César, et il faut acheter le bien public par un crime.

Et voilà toujours le grand prétexte de l'abus que ceux qui sont en place font de Tautorité : il n*est point d'injustice que le bien public ne justifie; il semble que le bonheur et la sûreté publique ne puissent subsister que par des crimes; que Tordre et la tranquillité des empires ne soient jamais dus qu'à l'injustice et à l'iniquité» et qu'il faille renoncer à la vertu pour se dévouer à la patrie.

Non, Sire, je l'ai déjà dit ailleurs, et on ne saurait trop le redire, la loi de Dieu est toute la force et toute la sûreté des lois humaines; tout ce qui attire la colère du ciel sur les États ne saurait faire le bonheur des peuples; l'ordre et l'utilité publique ne peuvent être le fruit du crime : on sert mal la patrie quand on la sert aux dépens des règles saintes; c'est saper les fondements de l'édifice pour l'embellir et l'élever plus haut; c'est, en affaiblissant ses principaux appuis, y ajouter de vains ornements qui bâtent sa ruine. Les empires ne peuvent se soutenir que par l'équité des mêmes lois qui les ont formés; et l'injustice a bien pu détrôner des souverains , mais elle n'a jamais affermi les trônes : les ministres qui ont outré la puissance des rois l'ont toujours afiaiblie; ils n'ont élevé leurs maîtres que sur la ruine de leurs États; et leur zèle n'a été utile aux Césars qu'autant qu'il a respecté les lois de l'empire.

C'est donc la jalousie dans les princes des prêtres qui persécute aujourd'hui Jésus-Christ, un vil intérêt dans Pilate qui le livre, et enfin une indifférence criminelle dans Hérode qui en fait un sujet de mépris et de risée. «

Hélas ! quelle autre destinée pouvait se promettre la doctrine de l'Évangile en se montrant à une cour superbe et voluptueuse? La doctrine sainte n'offre rien qui ne combatte l'orgueil et la volupté ; et il n'y a de grand pour ceux qui habitent les palais des rois, que le plaisir et la gloire. Si vous n'y paraissez pas sous ces étendards, où l'on vous prend pour un censeur et un ennemi, ou ils vous méprisent comme un homme d'une autre espèce, et un nouveau venu qui vient porter au milieu d'eux un langage inoui et des manières étrangères.

Nous-mêmes, dans ces chaires chrétiennes qui seules leur parlent encore le langage de la vérité, nous-mêmes nous venons souvent ici affaiblir ce langage divin, respecter ce que nous devrions combattre, adoucir par des idées humaines la sévérité des règles saintes, autoriser presque leurs préjugés avant d'oser combattre leurs passions, et, sous prétexte de ne pas les révolter contre la vérité, la leur rendre presque méconnaissable.

Hérode, instruit des merveilles qu'on publiait de Jésus- Christ, s'attend à lui voir opérer des prodiges, et, dans cette attente, il le voit arriver à sa cour avec joie : ce n'est pas la vérité qui l'intéresse, c'est une vaine curiosité qu'il veut satisfaire, et faire servir Jésus-Christ de spectacle à son loisir et à son oisiveté. Car c'est de tout temps que la plupart des princes et des grands ont fait de la religion un spectacle : les mystères les plus augustes et les plus terribles , égayés par tous les attraits d'une harmonie recherchée, deviennent pour eux comme des réjouissances profanes qui les amusent; ils ne cherchent que le plaisir des sens, jusque dans les devoirs d'un culte qui n'est établi que pour les combattre : il faut que la religion, pour leur plaire, emprunte les joies et tout l'appareil du siècle, et qu'un spectacle digne des anges ait encore besoin de décoration pour être un spectacle digne d'eux.

Hérode fait à Jésus-Christ des questions vaines et Mvoles, inierrogabat autem eum multis sermonibus*; de ces questions où l'orgueil et l'irréligion ont plus de part que l'amour de la vérité, qu'on propose plutôt pour se faire une gloire de ses doutes, que par uïi désir sincère de les éclaircir; de ces questions qui n'aboutissent à rien qu'à nous affermir dans l'incrédulité, qui n'ont de sérieux que l'aveuglement d'où elles prennent leur source; de ces questions où l'on discourt des vérités éternelles du salut comme de ces vérités douteuses et peu intéressantes que Dieu a livrées à l'oisiveté et à la dispute des hommes, où l'on traite ce qui doit décider du bonheur ou du malheur étemel, comme un problème indifférent dont les deux côtés ont leur vraisemblance, et où l'on peut opter; de ces questions enfin qui sont plutôt des dérisions secrètes de la foi que les recherches respectueuses d'un véritable fidèle.

!• Luc., xxm, 9.

Et Yoîlà le seul usage que la plupart des grands font de Jésus- Christ, des questions éternelles sur la religion , interrogabat eutn muUis sermonibus; faisant de Jésus-Christ et de sa doctrine un sujet oiseux et frivole d*entretien et de contestation, au lieu d*en faire Tobjet de leur espérance et de leur culte; s'informant de la vérité d'un avenir et de cette autre patrie qui nous attend après le trépas , avec moins dlntérèt qu'ils n'écouteraient les relations d'une terre inconnue et peut-être fabuleuse, où nul mortel n'a pu encore aborder; parlant des faits miraculeux qui établissent la certitude et la divinité de la religion de leurs pères, avec la même incertitude qu'ils parleraient d'un point peu important d'histoire qu'on n'a pas encore éclaircî; et, par la manière peu sérieuse dont ils veulent s'instruire de la foi, montrant qu'ils l'ont tout à fait perdue.

Aussi Jésus-Christ n'oppose qu'un silence profond à la vanité des questions d'Hérode. On ne mérite les réponses de la vérité que lorsque c'est le désir de la connaître qui l'interroge ; et c'est dans le cœur de ceux qui parlent et disputent plus sur la religion , qu'elle est d'ordinaire plus effacée. Oui , mes frères, on a déjà trouvé la vérité quand on la cherche de bonne foi : il ne faut, pour la trouver, ni creuser dans les abîmes, ni s'élever au-dessus des airs ; il ne faut que l'écouter au dedans de nousmêmes. Un cœur innocent et docile entend d'abord sa voix ; les doutes et les recherches que forme l'orgueil, loin de la rapprocher de nous, ferment les yeux à sa lumière; elle aveugle les sages et les juges orgueilleux de ses mystères , et ne se communique qu'à ceux qui font gloire d'en être les disciples. La soumission est la source des lumières; plus on veut raisonner, plus on s'égare; plus on doute, plus Dieu permet que les doutes augmentent : la raison, une fois sortie de la règle, ne trouve plus rien qui l'arrête; plus elle avance, plus elle se creuse de précipices. Aussi l'hérésie, d'abord timide dans sa naissance, va toujours croissant, et ne garde plus de mesures dans ses progrès: elle n'en voulait d'abord, parmi nous, qu'aux abus prétendus du culte; elle a depuis attaqué le culte lui-même : elle se plaignait que nous dégradions Jésus-Christ de sa qualité de médiateur; elle a enfanté des disciples qui l'ont dégradé de sa divinité et de sa naissance éternelle : elle voulait réformer la

religion, elle a fini par les approuver toutes, ou, pour mieux dire, par n'en plus avoir et n'en plus connaître aucune : elle prétendait s'en tenir à la lettre aux livres saints ; et cette lettre a été pour elle une lettre de mort, et ses faux prophètes y ont puisé un fanatisme et des visions suf l'avenir que l'événement a démenties, et dont elle a rougi elle-même. Non , mes frères, la foi est le seul point qui peut fixer l'esprit humain : si vous passez au delà, vous n'avez plus de route assurée, vous entrez dans une terre ténébreuse et couverte des ombres de la mort, vous n'y voyez plus que des fantômes, les tristes enfants des ténèbres; et comme la raison n'a plus de frein , Terreur aussi n'a plus de bornes.

En efiet, les questions d'Hérode le conduisent à faire de Jésus- Christ un sujet de risée , sprevit autem illum Herodes * ; et toute sa cour suit son exemple, eum exercitu suo. La vertu la plus pure, dès qu'elle déplaît au souverain, est bientôt digne de l'oubli et du mépris même du courtisan : c'est le goût du prince qui décide presque toujours pour eux de la vérité et du mérite; leur religion est toute, pour ainsi dire, sur le visage du maître; c'est là leur loi et leur évangile ; et ils n'ont rien de plus fixe dans leur culte que les caprices et les passions de l'idole qu'ils adorent.

Aussi l'attention, Sire, la plus essentielle que les rois doivent à la place où Dieu les a fait asseoir, c'est de rendre la religion respectable, en ne se permettant jamais la plus légère dérision qui puisse en blesser la majesté. Les plus jeunes années de votre auguste bisaïeul ne le virent jamais s'écarter de cette règle; ce fut pour lui la règle de tous les temps et de tous les lieux ; son respect pour la religion de ses pères imposa toujours devant lui un silence étemel à l'impiété; son langage fut toujours le langage du premier roi chrétien, c'est-à-dire le langage respectable de la foi; l'irréligion était le seul crime auquel il ne pardonnait point; tout était sérieux pour lui sur cet article; nulle joie, nul plaisir n'autorisa jamais devant, lui la moindre dérision qui pût intéresser le culte de ses ancêtres; religieux jusqu'au milieu des réjouissances d'une cour jeune et florissante, la foi ne soutint jamais des plaisirs et des dissipations

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