POUR LE JOUR DE PAQUES
à lui de leurs différends et de leurs intérêts. Sans être leur vainqueur, il était leur juge et leur arbitre; et la vertu toute seule lui donnait sur toute TEiurope un empire bien plus sûr et plus glorieux que n'auraient pu lui donner ses victoires. La puissance ne nous fait que des sujets et des esclaves : la vertu toute seule nous rend maîtres des hommes.
filais si elle nous met au-dessus de l'envie, c'est elle encore qui nous rend supérieurs aux événements. Oui, Sire, les plus grandes prospérités ont toujours ici-bas des retours à craindre. Dieu, qui ne veut pas que notre cœur s'attache où notre trésor et notre bonheur ne se trouvent point , fait quelquefois du plus haut point de notre élévation le premier degré de notre décadence. La gloire des hommes, montée à sou plus grand éclat, s'attire , pour ainsi dire, à elle-même des nuages. L'histoire des États et des empires n'est elle-même que l'histoire de la fragilité et de l'inconstance des choses humaines : les bous' et les mauvais succès semblent s'être partagé la durée des ans et des siècles; et nous venons de voir le règne le plus long et le plus glorieux de la monarchie finir par des revers et par des disgr&ces.
Mais , sur les débris de cette gloire humaine , votre pieux et auguste bisaïeul sut s'en élever une plus solide et plus immortelle. Tout sembla fondre et s'éclipser autour de lui ; mais c'est alors que nous le vîmes à découvert lui-même : plus grand par la simplicité de sa foi et par la constance de sa piété que par l'éclat de ses conquêtes , ses prospérités nous avaient caché sa véritable gloire; nous n'avions vu que ses succès, nous vîmes alors toutes ses vertus : il fallait que ses malheurs égalassent ses prospérités, qu'il vit tomber autour de lui tous les princes les appuis de son trône, que votre vie même fût menacée, cette vie si chère à la nation , et le seul gage de ses miséricordes que Dieu laisse encore à son peuple ; il fallait qu'il demeurât tout seul avec sa vertu , pour paraître tout ce qu'il était : ses succès inouïs lui avaient valu le nom de grand ; ses sentiments héroïques et chrétiens dans l'adversité lui en ont assuré pour tous les âges à venir le nom et le mérite.
Non, mes frères, il n'est que la religion qui puisse nous mettre au-dessus des événements; tous les autres motifs nous
laissent toujours entre les mains de tiotre faiblesse. La raison , la philosophie, promettait la constance à son sage, mais elle ne la donnait pas ; la fermeté de l'orgueil n^était que la dernière ressource du découragement, et Ton cherchait une vaine consolation en faisant semblant de mépriser des maux qu'on n'était pas capable de vaincre. La plaie qui blesse le cœur ne peut trouver son remède que dans le cœur même; or la religion toute seule porte son remède dans le cœur. Les vains préceptes de la philosophie nous prêchaient une insensibilité ridicule, comme s'ils avaient pu éteindre les sentiments naturels sans éteindre la nature elle-même : la foi nous laisse sensibles, mais elle nous rend soumis; et cette sensibilité fait elle-même tout le mérite de notre soumission : notre sainte philosophie n'est pas insen* sîbleaux peines, mais eUe est supérieure à la douleur. C'était ôter aux hommes la gloire de la fermeté dans les souffrances , que de leur en ôter le sentiment; et la sagesse païenne ne voulait les rendre insensibles que parce qu'elle ne pouvait les rendre soumis et patients; elle apprenait à l'orgueil à cacher, et non à surmonter ses sensibilités et ses fedblesses; elle formait des héros de théâtre, dont les grands sentiments n'étaient que pour les spectateurs , et aspirait plus à la gloire de paraître constant qu'à la vertu même de la constance.
Hais la foi nous laisse tout le mérite de la fermeté, et ne veut pas même en avoir l'honneur devant les hommes : elle sacrifie à Dieu seul les sentiments de la nature, et ne veut pour témoin de son sacrifice que celui seul qui peut en être le rémunérateur; elle seule donne de la réalité à toutes les autres vertus, parce qu'elle seule en bannit l'orgueil qui les corrompt, ou qui n'en &it que des fantômes.
Ainsi, qu'on vante l'élévation et la supériorité de vos lumières, qu'une haute sagesse vous fasse regarder comme l'ornement et le prodige de votre siècle : si cette gloire n'est qu'au dehors, si la religion, qui seule élève le cœur, n'en est pas la première base; le premier échec de l'adversité renversera tout cet édifice de philosophie et de fausse sagesse ; tous ces appuis de chair s'écrouleront sous votre main, ils deviendront inutiles à votre malheur; on cherchera vos grandes qualités dans votre découragement, et votre gloire ne sera plus qu*un poids