PREMIÈRE PARTIE
Sire,
La gloire des princes et des grands a trois écueils à craindre sur la terre : la malignité de l'envie, ou les inconstances de la fortune qui l'obscurcissent; les passions qui la déshonorent ; enfin, la mort même qui l'ensevelit, et qui change eu censures les vaines adulations qui Favaient exaltée.
La religion seule les met à couvert de ces écueils inévitables » et où toute la gloire humaine vient d'ordinaire échouer, elle les élève au-dessus des événements et de l'envie , elle leur assu« jet tit leurs passions; enfin, eUe leur assure, après leur mort, la gloire que la malignité leur avait peut-^tre refusée pendant leur vie. C'est ce qui fait aujourd'hui le triomphe de Jésus- Christ; et c'est ce modèle glorieux que nous proposons aux grands de la terre*
Toute la gloire de sa sainteté et de ses prodiges n'avait pu le sauver des traits de l'envie ; et son innocence avait paru succomber aux puissances des ténèbres qui l'avaient opprimée* Mais sa résurrection attache à son char de triomphe ces principautés et ces puissances mêmes, sa gloire sort triomphante du sein de ses opprobres : sa croix devient le signal éclatant de de sa victoire; la Judée seule l'avait rejeté, et l'univers entier l'adore.
Oui, mes frères, quelle que puisse être la gloire des grands sur la terre, elle a toujours à craindre : premièrement la malignité de l'envie qui cherche à l'obscurcir. Hélas ! c'est à la cour surtout où cette vérité n'a pas besoin de preuve. Quelle est la vie la plus brillante où Ton ne trouve des taches? où sont les
victoires qui n'aient une de leurs faces peu glorieuse au yain* queur ? Quels sont les succès où les uns ne prêtent au hasard les mêmes événements dont les autres font honneur aux talents et à la sagesse? QueUes sont les actions héroïques qu'on ne dé- ' gracie en y cherchant des motifs lâches et rampants? En un mot où sont les héros dont la malignité» et peut-être la vérité, ne fasse des hommes?
Tant que vous n'aurez que cette gloire où le monde aspire , le monde vous la disputera : ajoutez-y la gloire de la vertu ; le monde la craint et la fuit, mais le monde pourtant la respecte.
Non, Sire, un prince qui craint Dieu, et qui gouverne sage* ment ses peuples, n'a plus rien à craindre des hommes. Sa gloire toute seule aurait pu faire des envieux; sa piété rendra sa gloire même respectable. Ses entreprises auraient trouvé des censeurs; sa piété sera l'apologie de sa conduite. Ses prospérités auraient excité la jalousie ou la défiance de ses voisins; il en deviendra par sa piété l'asile et l'arbitre. Ses démarches ne seront jamais suspectes , parce qu'elles seront toujours annoncées par la justice. On ne sera pas en garde contre son ambition, parce que son ambition sera toujours réglée par ses droits, n n'attirera point sur ses États le fléau de la guerre , parce qu'il regardera comme un crime de la porter sans raison dans les États étrangers. Il réconciliera les peuples et les rois, loin de les diviser pour les affaiblir, et élever sa puissance sur leurs divisions et sur leur faiblesse. Sa modération sera le plus sûr rempart de son empire : il n'aura pas besoin de garde qui veille à la porte de son palais; les cœurs de ses sujets entoureront son trône, et brilleront autour, à la place des glaives qui le défendent. Son autorité lui sera inutile pour se faire obéir ; les ordres les plus sûrement accomplis sont ceux que l'amour exécute : et la soumission sera sans murmure , parce qu'elle sera sans contrainte. Toute sa puissance l'aurait rendu à peine maître de ses peuples; par la vertu il deviendra l'arbitre même des souverains. Tel était, Sire, un de vos plus saints prédécesseurs, à qui FÉglise rend des honneurs publics , et qu'elle regarde comme le protecteur de votre monarchie. Les rois ses voisins, loin d'envier sa puissance, avaient recours à sa sagesse : ils s'en remettaient