‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 94 sur 121 · Piov., e. vni, V. l · texte numérisé non relu

Piov., e. vni, V. l

iOO SERMON

hommes que la chasteté, l'humilité, la tempérance, pouvaient être assises sur le trône, et que le siège des passions et des plaisirs pouvait devenir le siège' de la vertu et de l'innocence : quelle gloire pour la religion !

Mais, Sire, si la piété des grands est glorieuse à la religion, c'est la religion toute seule qui fait la gloire véritable des grands. De tous leurs titres, le plus honorable, c'est la vertu : un prince, maître de ses passions, apprenant sur lui-même à commander aux autres; ne voulant goûter de Faulorité que les soins et les peines que le devoir y attache; plus touché de ses fautes que des vaines louanges qui les lui déguisent en vertus; regardant comme l'unique privilège de son rang l'exemple qu'il est obligé de donner aux peuples; n'ayant point d'autre frein ni d'autre règle que ses désirs, et faisant pourtant à tous ses désirs uu frein de la règle même; voyant autour de lui tous les hommes prêts à servir à ses passions, et ne se croyant fait lui-même que pour servir à leurs besoins; pouvant abuser de tout, et se refusant même ce qu'il aurait eu droit de se permettre; en un mot, entouré de tous les attraits du vice, et ne leur montrant jamais que la vertu : un prince de ce caractère est le plus grand spectacle que la foi puisse donner à la terre; une seule de ses journées compte plus d'actions glorieuses que la longue carrière d'un conquérant; l'un a été le héros d'un jour, et l'autre l'est de toute la vie.

Page 1