TROISIÈME PARTIE
C'est ainsi que Jésus-Christ triomphe aujourd'hui du péché;
mais il triomphe encore de la mort; il nous ouvre les portes de
l'immortalité, que le péché nous avait fermées, et le sein même
de son tombeau enfante tous les hommes à la vie étemelle.
^ C'est le dernier trait qui achève le triomphe de la reli^on.
L'impiété ne donnait à l'homme que la même fin qu'a la bête; tout devait mourir avec son corps: et cet être si noble, seul capable d'aimer et de connaître, n'était pourtant qu'un vil assemblage de boue que le hasard avait formé, et que le hasard seul allait dissoudre pour toujours.
La superstition païenne lui promettait au delà du tombeau
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une félicité oiseuse, où les yains fantômes des sens devaient faire tout le bonheur d'un homme qui ne peut être heureux que par la vérité.
La religion nous ouvre des espérances plus nobles et plus sublimes: elle rend à l'homme l'immortalité, que l'impiété de la philosophie avait voulu lui ravir, et substitue la possession étemelle du bien souverain à ces champs fabuleux et à ces idées puériles de bonheur que la superstition avait imaginées.
Mais cette immortalité, qui est la plus douce espérance de la foi, n'est promise qu'à la foi même : ses promesses sont la récompense de ses maximes; et pour ne mourir jamais, même devant les hommes, il faut «ivoir vécu selon Dieu.
Oui, mes frères, celte immortalité même de renommée, que la vanité promet ici-bas dans le souvenir des hommes, les grands ne peuvent la mériter que par la vertu.
La mort est presque toujours l'écueil et le terme fatal de leur gloire : les vaines louanges dont on les avait abusés pendant leur vie descendent presque aussitôt avec eux dans l'oubli du tombeau; ils ne survivent pas longtemps à eux-mêmes, ou, s'il en reste quelque souvenir parmi les honunes, ils en sont plus redevables à la malignité des censures qu'à la vanité des éloges : leurs louanges n'ont eu que la même durée que leurs bienfaits; ils ne sont plus rien dès qu'ils ne peuvent plus rien ; leurs adulateurs mêmes deviennent leurs censeurs (car l'adulation dégénère toujours en ingratitude); de nouvelles espérances forment un nouveau langage; on élève sur les débris de la gloire du mort la gloire du vivant, on embellit de ses dépouilles et de ses vertus celui qui prend sa place. Les grands sont proprement le jouet des passions des hommes; leur gloire n'a point de consistance assurée, et elle augmente ou diminue avec les intérêts de ceux qui les louent.
Combien de princes, vantés pendant leur vie, n'ont pas même laissé leur nom à la postérité ! Et que sont les histoires des États et des empires, qu'un petit reste de noms et d'actions échappé de cette foule innombrable qui, depuis la naissance des siècles, est demeurée dans l'oubli !
Qu'ils vivent selon Dieu, et leur nom ne périra jamais de la mémoire des hommes : les princes religieux sont écrits en
caractères ineffaçables dans les an nales de l'univers. Les victoires et les conquêtes sont de tous les siècles et de tous les règnes, et elles s'effacent, pour ainsi' dire, les unes les autres dans nos histoires; mais les grandes actions de piété, plus rarest y conservent toujours tout leur éclat. Un prince pieux se démêle toujours de la foule des autres princes dans la postérité; sa tête et son nom s*élèvent au-dessus de toute cette multitude, comme celle de Saûl s'élevait au-dessus de toute la multitude des tribus; sa gloire va même croissant en s'éioignant; et plus les siècles se corrompent, plus il devient un grand spectacle par sa vertu.
Oui, Sire, on a presque oublié les noms de ces premiers conquérants qui jetèrent dans les Gaules les premiers fondements de votre monarchie; ils sont plus connus par les fables et par les romans que par les histoires; et Ton dispute même s'U fout les mettre au nombre de vos augustes prédécesseurs : ils sont demeurés comme ensevelis dans les fondements de l'empire qu'ils ont élevé; et leur valeur, qui a perpétué la conquête du royaume à leurs descendants, n'a pu y perpétuer leur mémoire.
Mais le premier prince qui a fait asseoir avec lui la religion sur le trône des Français a immortalisé tous ses titres par celui de chrétien. La France a conservé chèrement la mémoire do grand Clovis; la foi est devenue, pour ainsi dire, la première et la plus sûre époque de l'histoire de la monarchie, et nous ne commençons à connaître vos ancêtres que depuis qu'ils ont commencé eux-mêmes à connaître Jésus-Christ
Les saints rois dont les noms sont écrits dans nos annales seront toujours les titres les plus précieux de la monarchie, et les modèles illustres que chaque siècle proposera à leurs suc» cesseurs.
C'est sur la vie. Sire , de ces pieux princes vos ancêtres qu'on a déjà fixé vos premiers regards : on vous anime tous les jours à la vertu par ces grands exemples. Souvenez-vous des Charte* magne et des saint Louis , qui ajoutèrent à l'éclat de la couronne que vous portez l'éclat immortel de la justice et de la piété ; c'est ce que. répètent tous les jours à Votre Majesté de sages instnio tions. Ne remontez pas même si haut : vous touchez à des exemples d'autant plus intéressants qu'ils doivent vous être plus
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cbers; et la piété coule de plus près dans vos Yeines avec le sang d'un père pieux et d'un auguste bisaïeul.
Vous êtes, Sire, le seul héritier de leur trOne, puissiez-vous Fétre de leurs vertus ! Puissent ces grands modèles revivre en vous par l'imitation plus encore que par le nom! Puissiez-vous devenir vous-même le modèle des rois vos successeurs !
Déjà, si notre tendresse ne nous séduit pas; si une enfance cultivée par tant de soins et par des moins si habiles, et où l'excellence de la nature semble prévenir tous les jours celle de l'éducation 9 ne nous fait pas de nos désirs de vaines prédictions; déjà s'ouvrent à nous de si douces espérances ; déjà nous voyons briller de loin les premières lueurs de jtre prospérité future ; déjà la majesté de vos ancêtres, peinte sur votre front, nous annonce vos grandes destinées. Puissiez-vous donc. Sire, et ce souhait les renferme tous, puissiez-vous être un jour aussi grand que vous nous êtes cher!
Grand Dieu ! si ce n'étaient là que mes vœux et mes prières, les dernières sans doute que mon ministère , attaché désormais par les jugements secrets de votre pro\idence au soin d'une de vos églises, me permettra de vous ofiTnr dans ce lieu auguste; si ce n'étaient là que mes vœux et mes prières; et qui suis-je pour espérer qu'elles pussent monter jusqu'à votre trône? mais ce sont les vœux de tant de saints rois qui ont gouverné la monarchie, et qui, mettant leurs couronnes devant l'autel étemel aux pieds de l'Agneau, vous demandent pour cet en£ant auguste la couronne de justice qu'ils ont eux-mêmes méritée.
Ce sont les vœux du prince pieux surtout qui lui donna la naissance, et qui, prosterné dans le ciel, comme nous l'espérons , devant la face de votre gloire , ne cesse de vous demander que cet unique héritier de sa couronne le devienne aussi des grâces et des miséricordes dont vous l'aviez prévenu lui-même.
Ce sont les vœux de tous ceux qui m'écoutent, et qui, ou chargés du soin de son enfance , ou attachés de plus près à sa personne sacrée , répandent ici leur cœur en votre présence , afin que cet enfant précieux, qui est comme l'enfant de nos soupirs et de nos larmes, non-seulement ne périsse pas, mais devienne lui-même le salut de son peuple.
Que dirai-je encore? ce sont, ô mon Dieu, les vœux que toute
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la nation vous ofire aujourd'hui par ma bouche, cette nation que vous avez protégée dès le commencement, et qui, malgré ses crimes , est encore la portion la plus florissante de yotre Église.
Pourrez-Yous, grand Dieu, fermer à tant de yœux les entrailles de votre miséricorde? Dieu des vertus, tournez-vous donc vers nous : Deus virtutum^ eonveriere*. Regardez du haut du ciel, et voyez, non les dissolutions publiques et secrètes, mais les malheurs de ce premier royaume chrétien , de cette vigne si chérie que votre main elle-même a plantée, et qui a été arrosée du sang de tant de martyrs! Respiee de ccelo^ et vide, et visita vineam istatn quam plantavit dextera tua. Jetez sur elle vos anciens regards de miséricorde; et si nos crimes vous forcent encore de détourner de nous votre face, que Tinnocence du moins de cet auguste enfant que vous avez établi sur nous vous rappelle et vous rende à votre peuple : Et super ftlium hominis, quem eonfirmasti tibi.
Vous nous avez assez'aflligés, grand Dieu! essuyez enfin les larmes que tant de fléaux que vous avez versés sur nous dans votre colère nous font répandre : faites succéder des jours de joie et de miséricorde à ces jours de deuil, de courroux et de vengeance : que vos faveurs abondent où vos ch&timents avaient abondé , et que cet enfant si cher soit pour nous un don qui répare toutes nos pertes.
Faites-en, grand Dieu, un roi selon votre cœur, c'est-à-dire le père de son peuple, le protecteur de votre Église, le modèle des mœurs publiques, le pacificateur plutôt que le vainqueur des nations, l'arbitre plus que la terreur de ses voisins; et que l'Europe entière envie plus notre bonheur, et soit plus touchée de ses vertus, qu'elle ne soit jalouse de ses victoires et de ses conquêtes.
Exaucez des vœux si tendres et si justes, 6 mon Dieu; et que ses faveurs temporelles soient pour nous un gage de celles que vous nous préparez dans l'éternité. Ainsi soit-il.
i. Fs. 79, 15, 16.