‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 2 sur 105 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Tu te souviens du jour qu’en Aulide assemblés Nos vaisseaux par les vents semblaient être appelés Nous partions; et déjà, par mille cris de joie,

Nous menacions de loin les rivages de Troie.

Un prodige étonnant fit taire ce transport;

Le vent qui nous flattait nous laissa dans le port.

Il fallut s’arrêter, et la rame inutile Fatigua vainement une mer immobile.

Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la Divinité qu’on adore en ces lieux :

Suivi de Ménélas, de Nestor et d’Ulysse,

J’offris sur ses autels un secret sacrifice.

Quelle fut sa réponse 1 et que devins-je, Àrcas, Quand j’entendis ces mots prononcés par Calchas:

« Vous armez contre Troie une puissance vaine,

Si, dans un sacrifice auguste et solennel,

Une fille du sang d’Hélène,

De Diane, en ces lieux, n’ensanglante l’auteî.

Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie, Sacrifiez Iphigénie. »

ARCAS

Votre fille 1

AGAMEMNON

Surpris, comme tu peux penser,

Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer* Je demeurai sans voix, et n’en repris l’usage Que par mille sanglots qui se firent passage.

Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr,

Fis vœu, sur leurs autels, de leur désobéir.

Que n’en croyais-je alors ma tendresse alarmée!

Je voulais sur-le-champ congédier l’armée.

Ulysse, en apparence, approuvant mes discours,

De ce premier torrent laissa passer le cours.

Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie,

10 IPHIGÉNTE EN AÜLIDB

11 me représenta l’honneur et la patrie,

Tout ce peuple, ces rois, à mes ordres soumis,

Et l’empire d’Asie è la Grèce promis;

De quel front, immolant tout l'Etat à ma fille.

Roi sans gloire, j’irais vieillir dans ma famille. Moi-même, je l’avoue avec quelque pudeur,

Charmé de mon pouvoir et plein de ma grandeur,

Ce nom de roi des rois et de chef de la Grèce Chatouillait de mon cœur l’orgueilleuse faiblesse. Pour comble de malheur, les dieux, toutes les nuits, Dès qu’un léger sommeil suspendait mes ennuis, Vengeant de leurs autels le sanglant privilège,

Me venaient reprocher ma pitié sacrilège;

Et, présentant la foudre à mon esprit confus,

Le bras déjà levé, menaçaient mes refus.

Je me rendis, Areas; et, vaincu par Ulysse,

De ma fille, en pleurant, j’ordonnai le supplice.

Mais des bras d’une mère il faliait l’arracher.

Quel funeste artifice il me fallut chercher!

D’Achille, qui l'aimait, j’empruntai le langage : J’écrivis en Argos, pour hâter ce voyage,

Que ce guerrier, pressé de partir avec nous,

Voulait revoir ma fille, et partir son époux.

A RC AS.

Et ne craignez-vous point l’impatient Achille? Avez-vous prétendu que, muet et tranquille,

Ce héros, qu'armera l’amour et la raison,

Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom? Vorra-t-il à ses yeux son amante immolée?

AGA m km non.

Achille était absent ; et son pere Pélée,

D’un ennemi voisin redoutant les etforts,

L’avait, tu t’en souviens, rappelé de ces bords?

Et cette guerre, Areas, selon toute aiparence.

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