‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 81 sur 105 · MONIME, XIPHARÈS · texte numérisé non relu

MONIME, XIPHARÈS

XIPHARÈS

Que dirai-je, madame? et comment dois-je entendre Cet ordre, ce discours que je ne puis comprendre? Serait-il vrai, grands dieux 1 que, trop aimé de vous, Pharnace eût en effet mérité ce courroux?

Pharnace aurait-il part à ce désordre extrême?

Pharnace? O ciel 1 Pharnace 1 Ah I qu’entends-je moi-même? Ce n’est donc pas assez que ce funeste jour A tout ce que j’aimais m’arrache sans retour,

Et que, de mon devoir esclave infortunée,

A d’éternels ennuis je me voie enchaînée?

MITHRIDATE

Il faut qu’on joigne encor l’outrage à mes douleur* t A l’amour de Pharnace on impute mes pleurs!

Malgré toute ma haine on veut qu’il m’ait su plaire I Je le pardonne au roi, qu’aveugle sa colère,

Et qui de mes secrets ne peut être éclairci ;

Mais vous, seigneur, mais vous, me traitez-vous ainsi?

XIPHARÈS

Ah 1 madame, excusez un amant qui s’égare,

Qui lui-même, lié par un devoir barbare,

Se voit près de tout perdre, et n’ose se venger.

Mais des fureurs du roi que puis-je enfin juger?

Il se plaint qu’à ses vœux un autre amour s’oppose : Quel heureux criminel en peut être la cause?

Qui? parlez.

Vous cherchez, prince, à vous tourmenter. Plaignez votre malheur, sans vouloir l’augmenter,

XIPHARÈS

Je sais trop quel tourment je m’apprête moi-même.

C’est peu de voir un père épouser ce que j'aime :

Voir encore un rival honoré de vos pleurs,

Sans doute c’est pour moi le comble des malheurs;

Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître ; Madame, par pitié, faites-le-moi connaître :

Quel est-il, cet amant? Qui dois-je soupçonner?

MONIME

Avez-vous tant de peine à vous l’imaginer?

Tantôt, quand je fuyais une injuste contrainte,

A qui contre Pharnace ai-je adressé ma plainte?

Sous quel appui tantôt mon cœur s’est-il jeté?

Quel amour ai-je enfin sans colère écouté?

XIPHARÈS

O ciel ! Quoi î je serais ce bienheureux coupable

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