MONIME, XIPHARÈS
XIPHARÈS
Que dirai-je, madame? et comment dois-je entendre Cet ordre, ce discours que je ne puis comprendre? Serait-il vrai, grands dieux 1 que, trop aimé de vous, Pharnace eût en effet mérité ce courroux?
Pharnace aurait-il part à ce désordre extrême?
Pharnace? O ciel 1 Pharnace 1 Ah I qu’entends-je moi-même? Ce n’est donc pas assez que ce funeste jour A tout ce que j’aimais m’arrache sans retour,
Et que, de mon devoir esclave infortunée,
A d’éternels ennuis je me voie enchaînée?
MITHRIDATE
Il faut qu’on joigne encor l’outrage à mes douleur* t A l’amour de Pharnace on impute mes pleurs!
Malgré toute ma haine on veut qu’il m’ait su plaire I Je le pardonne au roi, qu’aveugle sa colère,
Et qui de mes secrets ne peut être éclairci ;
Mais vous, seigneur, mais vous, me traitez-vous ainsi?
XIPHARÈS
Ah 1 madame, excusez un amant qui s’égare,
Qui lui-même, lié par un devoir barbare,
Se voit près de tout perdre, et n’ose se venger.
Mais des fureurs du roi que puis-je enfin juger?
Il se plaint qu’à ses vœux un autre amour s’oppose : Quel heureux criminel en peut être la cause?
Qui? parlez.
Vous cherchez, prince, à vous tourmenter. Plaignez votre malheur, sans vouloir l’augmenter,
XIPHARÈS
Je sais trop quel tourment je m’apprête moi-même.
C’est peu de voir un père épouser ce que j'aime :
Voir encore un rival honoré de vos pleurs,
Sans doute c’est pour moi le comble des malheurs;
Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître ; Madame, par pitié, faites-le-moi connaître :
Quel est-il, cet amant? Qui dois-je soupçonner?
MONIME
Avez-vous tant de peine à vous l’imaginer?
Tantôt, quand je fuyais une injuste contrainte,
A qui contre Pharnace ai-je adressé ma plainte?
Sous quel appui tantôt mon cœur s’est-il jeté?
Quel amour ai-je enfin sans colère écouté?
XIPHARÈS
O ciel ! Quoi î je serais ce bienheureux coupable