‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 82 sur 105 · ACTE II , SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE VI

Que tous avez pu voir d’un regard favorable?

Vos pleurs pour Xipharès auraient daigné couler?

Oui, prince; il n’est plus temps de le dissimuler;

Ma douleur pour se taire a trop de violence.

Un rigoureux devoir me condamne au silence ;

Mais il faut bien enfin, malgré ses dures lois,

Parler pour la première et la dernière fois.

Vous m’aimez dès longtemps; une égale tendresse Pour vous, depuis longtemps, m’afflige et m’intéresse. Songez depuis quel jour ces funestes appas Firent naître un amour qu’ils ne méritaient pas. Rappelez un espoir qui ne vous dura guère,

Le trouble où vous jeta l’amour de votre père,

Le tourment de me perdre et de le voir heureux,

Les rigueurs d’un devoir contraire à tous vos vœux : Vous n’en sauriez, seigneur, retracer la mémoire,

Ni conter vos malheurs, sans conter mon histoire ;

Et, lorsque ce malin j’en écoutais le cours,

Mon cœur vous répondait tous vos mêmes discours. Inutile, ou plutôt funeste sympathie !

Trop parfaite union par le sort démentie 1 A.h! par quel soin cruel le ciel avait-il joint Deux cœurs que l’un pour l’autre il ne destinait point! Car, quel que soit vers vous le penchant qui m’attire, Je vous le dis, seigneur, pour ne plus vous le dire,

Ma gloire me rappelle et m’entraîne à l’autel,

Où je vais vous jurer un silence éternel.

J’entends, vous gémissez ; mais telle est ma misère,

Je ne suis point à vous, je suis à votre père.

Dans ce dessein vous-même il faut me soutenir,

Et de mon faible cœur m’aider à vous bannir.

J’attends du moins, j’attends de votre complaisance Que désormais partout vous fuirez ma présence.

MITHEIDATE

J’en viens de dire assez pour vous persuader Que j’ai trop de raisons de vous le commander.

Mais après ce moment, si ce cœur magnanime D’un véritable amour a brûlé pour Monime,

Je ne reconnais plus la foi de vos discours,

Qu’au soin que vous prendrez de m’éviter toujours,

XIPHARÈS

Quelle marque, grands dieux 1 d’un amour déplorable t Combien, en un moment, heureux et misérable I De quel comble de gloire et de félicités Dans quel abîme affreux vous me précipitez!

Quoi! j’aurais pu toucher un cœur comme le vôtre, Vous aurez pu m’aimer ; et cependant un autre Possédera ce cœur dont j’attirais les vœux !

Père injuste, cruel, mais d’ailleurs malheureux!

Vous voulez que je fuie, et que je vous évite,

Et cependant le roi m’attache à votre suite.

Que dira-t-il?

N’importe, il me faut obéir.

Inventez des raisons qui puissent l’éblouir.

D’un héros tel que vous c’est là l’effort suprême; Cherchez, prince, cherchez, pour vous trahir vous-même. Tout ce que, pour jouir de leurs contentements,

L’amour fait inventer aux vulgaires amants.

Enfin, je me connais, il y va de ma vie :

De mes faibles efforts ma vertu se défie.

Je sais qu’en vous voyant, un tendre souvenir Peut m’arracher du cœur quelque indigne soupir;

Que je verrai mon âme, en secret déchirée,

Revoler vers le bien dont elle est séparée;

Mais je sais bien aussi que, s’il dépend de vou*

De me faire chérir un souvenir si doux,

Vous n’empêcherez pas que ma gloire offensée

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