‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 85 sur 105 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

(Test là qu’en arrivant, plus qu’en tout le chemin, Vous trouverez partout l’horreur du nom romain,

Et la triste Italie encore toute fumante Des feux qu’a rallumés sa liberté mourante.

Non, princes, ce n’est point au bout de l’univers Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers:

Et de près inspirant les haines les plus fortes,

Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes. Ah! s’ils ont pu choisir pour leur libérateur Spartacus, un esclave, un vil gladiateur ;

S’ils suivent au combat des brigands qui les vengent, De quelle noble ardeur pensez-vous qu’ils se rangent Sous les drapeaux d’un roi longtemps victorieux,

Qui voit jusqu’à Cyrus remonter ses aïeux?

Que dis-je? En quel état croyez-vous la surprendre? Vide de légions qui la puissent défendre,

Tandis que tout s’occupe à me persécuter,

Leurs femmes, leurs enfants, pourront-ils m’arrêter? Marchons, et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terra. Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers; Qu’ils tremblent à leur tour pour leurs propres foyer»; Annibal l’a prédit, croyons-en ce grand homme : Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Noyons-la dans son sang justement répandu ;

Brûlons ce Capitole où j’étais attendu;

Détruisons ses honneurs, et faisons disparaître La honte de cent rois, et la mienne peut-être ;

Et la flamme à la main, effaçons tous ces noms Que Rome y consacrait à d’éternels affronts.

Voilà l’ambition dont mon âme est saisie.

Ne croyez point pourtant qu’éloigné de l’Asie J’en laisse les Romains tranquilles possesseur»;

Je sais où je lui dois trouver des défenseurs;

Je veux que d’ennemis partout enveloppée,

MÎTHRIDATE

Rome rappelle en vain le secours de Pompée.

Le Parthe, des Romains comme moi la terreur. Consent de succéder à ma juste fureur;

Prêt d’unir avec moi sa haine et sa famille,

Tl me demande un fils pour époux à sa fille.

Cet honneur vous regarde, et j’ai fait choix de vous- Pharnace. Allez, soyez ce bienheureux époux.

Demain, sans différer, je prétends que l’aurore Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore.

Vous, que rien n’y retient, partez dès ce moment,

Et méritez mon choix pa* votre empressement : Achevez cet hymen ; et, repassant l’Euphrate,

Faites voir à l’Asie un autre Mithridate.

Que nos tyrans communs en pâlissent d’effroi,

Et que le bruit à Rome en vienne jusqu’à moi.

PHAKNACE.

Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise. J’écoute avec transport cette grande entreprise;

Je l’admire; et jamais un plus hardi dessein Ne mit à des vaincus les armes à la main.

Surtout j’admire en vous ce cœur infatigable Qui semble s’affermir sous le faix qui l’accahie.

Mais, si j’ose parler avec sincérité,

En êtes-vous réduit à cette extrémité ?

Pourquoi tenter si loin des courses inutiles,

Quand vos Etats encor vous offrent tant d’asiles;1 Et vouloir affronter des travaux infinis,

Dignes plutôt d’un chef de malheureux bannis,

Que d’un roi qui naguère avec quelque apparence De l’aurore au couchant portait son espérance,

Fondait sur trente Etats son trône florissant,

Dont le débris est même un empire puissant?

Vous seul, seigneur, vous seul, après quarante années Pouvez encor lutter contre les destinées.

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