‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 86 sur 105 · ACTE m, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE I

Implacable ennemi de Rome et du repos,

Comptez-vous vos soldats pour autant de héros? Pensez-vous que ces coeurs^ tremblants de leur défaite, Fatigués d’une longue et pénible retraite,

Cherchent avidement sous un ciel étranger La mort, et le travail pire que le danger?

Vaincus plus d’une fois aux yeux de la patrie, Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie? Sera-t-il moins terrible, et le vaincront-ils mieux Dans le sein de sa ville, à l’aspect de ses dieux?

Le Parthe vous recherche et vous demande un gendre. Mais ce Parthe, seigneur, ardent à vous défendre Lorsque tout l’univers semblait nous protéger,

D’un gendre sans appui voudra-t-il se charger?

M’en irai-je moi seul, rebut de la fortune,

Essuyer l’inconstance au Parthe si commune;

Et peut-être, pour fruit d’un téméraire amour,

Exposer votre nom au mépris de sa cour?

Du moins, s’il faut céder; si, contre notre usage,

Il faut d’un suppliant emprunter le visage,

Sans m’envoyer du Parthe embrasser les genoux,

Sans vous-même implorer des rois moindres que vous, Ne pourrions-nous pas prendre une plus sûre voie? Jetons-nous dans les bras qu’on nous tend avec joie : Rome en votre faveur facile à s’apaiser...

XIPHARÈS

Rome, mon frère! O ciell qu’osez-vous proposer? Vous voulez que le roi s’abaisse et s’humilie?

Qu’il démente en un jour tout le cours de sa vie?

Qu’il se fie aux Romains, et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois?

Continuez, seigneur : tout vaincu que vous êtes,

La guerre, les périls sont vos seules retraites.

Rome poursuit en vous un ennemi fatal

MITHRIDATE

Plus conjuré contre elle et plus craint qu’Annibal.

Tout couvert de son sang, quoi que vous puissiez faire 9 N’en attendez jamais qu’une paix sanguinaire,

Telle qu’en un seul jour un ordre de vos mains La donna dans l’Asie à cent mille Romains.

Toutefois épargnez votre tête sacrée :

Vous-même n’allez point de contrée en contrée Montrer aux nations Mitbridaîe détruit,

Et de votre grand nom diminuer le bruit.

Votre vengeance est juste; il la faut entreprendre: Brûlez le Capitole, et mettez Rome en cendre.

Mais c’est assez pour vous d’en ouvrir les chemins: Faites porter ce feu par de plus jeunes mains;

Et, tandis que l’Asie occupera Pharnace,

De cette autre entreprise honorez mon audace. Commandez. Laissez-nous, de votre nom suivis,

Justifier partout que nous sommes vos fils.

Embrasez par nos mains le couchant et l’aurore; Remplissez l’univers sans sortir du Bosphore;

Que les Romains, pressés de l’un à l’autre bout, Doutent où vous serez, et vous trouvent partout.

Dès ce même moment ordonnez que je parle.

Ici tout vous retient; et moi, tout m’en écarte :

Et, si ce grand dessein surpasse ma valeur,

Du moins ce désespoir convient à mon malheur.

Trop heureux d’avancer la fin de ma misère,

J’irai... J’effacerai le crime de ma mère.

Seigneur, vous m’en voyez rougir à vos genoux:

J’ai honte de me voir si peu digne de vous;

Tout mon sang doit laver une tache si noire.

Mais je cherche un trépas utile à votre gloire;

Et Rome, unique objet d’un désespoir si beau?

Du fils de Mithridate est le digne tombeau.

mithhidate, se levant .

Mon fils, ne parlons plus d’une mère infidèle.

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