ACTE III, SCÈNE
Voire père est content, il connaît votre zè)e,
Et ne vous verra point affronter de danger Qu’avec vous son amour ne veuille partager :
Vous me suivrez; je veux que rien ne nous sépare.
Et vous à m’obéir, prince, qu’on se prépare ;
Les vaisseaux sont tout prêts : j’ai moi-même ordonné La suite et l’appareil qui vous est destiné.
Arbate, à cet hymen chargé de vous conduire,
De votre obéissance aura soin de m’instruire.
Allez; et, soutenant l’honneur de vos aïeux,
Dans cet embrassement recevez mes adieux.
PHARMACE.
Seigneur...
MITHRIDATE
Ma volonté, prince, vous doit suffire.
Obéissez. C’est trop vous le faire redire.
PH ARN ACE
Seigneur, si, pour vous plaire, il ne faut que périr,, Plus ardent qu’aucun autre on m’y verra courir : Combattant à vos yeux, permettez que je meure.
MITHRIDATE
Je vous ai commandé de partir tout à l’heure.
Mais après ce moment... Prince, vous m’entende!', Et vous êtes perdu si vous me répondez.
pharnace.
Dussiez-vous présenter mille morts à ma vua,
Je ne saurais chercher une fille inconnue.
Ma vie est en vos mains.
Ah ! c’est où je t'attends»
Tu ne saurais partir, perfide ! et je t’entends.
Je sais pourquoi tu fuis l’hymen où je t’envoie ;
MITHRIDATE
Il te fâche en ces lieux d’abandonner ta proie ;
Monime te retient. Tod amour criminel Prétendait l’arracher à l’hymen paternel.
Ni l’ardeur dont tu sais que je l’ai recherchée,
Ni déjà sur son front ma couronne attachée,
Ni cet asile même où je la fais garder,
Ni mon juste courroux, n’ont pu t’intimider.
Traître 1 pour les Romains tes lâches complaisances N’étaient pas à mes yeux d’assez noires offenses :
Il te manquait encor ces perfides amours,
Pour être le supplice et l’borreur de mes jours.
Loin de t’en repentir, je vois sur ton visage Que ta confusion ne part que de ta rage :
Il te tarde déjà qu’échappé de mes mains,
Tu ne coures me perdre, et me vendre aux Romains. Mais, avant que partir, je me ferai justice :
Je te l’ai dit. Holà» gardes !
SCÈKE 11
MITHRIDATE, PHARNACE, XIPHARÉS, Gardes.
MITHRIDATE
Qu’on le saisisse.
Oui, lui-même, Pharnace. Allez; et de ce pas Qu’enfermé dans la tour on ne le quitte pas.
PHARNACE
Hé bien, sans me parer d’une innocence vaine,
Il est vrai, mon amour mérite votre haine;
J’aime. L’on vous a fait un fidèle récit.
Mais Xipharès, seigneur, ne vous a pas tout dit; C’est le moindre secret qu’il pouvait vous apprendre : Et ce fils si fidèle a dû vous faire entendre