ACTE II, SCÈNE V
/PYRRHUS
Je le vois bien, tu crois que, prêt à l’excuser.
Mon cœur court après elle et cherche à s’apaiser.
PHOENIX
Vous aimez : c’est assez.
PYRRHUS
Moi, l’aimer! une ingrate Qui me hait d’autant plus que mon amour la flatte, Sans parents, sans amis, sans espoir que sur moi ? Je puis perdre son fils, peut-être je le doi : Etrangère... que dis-je? esclave dans l'Épice,
Je lui donne son fils, mon âme, mon empire :
Et je ne puis gagner dans son perfide cœur D’autre rang que celui de son persécuteur?
Non, non, je l’ai juré, ma vengeance est certaine;
Il faut bien une fois justifier sa haine:
J’abandonne son fils... Que de pleurs vont couler! De quel nom sa douleur me va-t-elle appeler!
Quel spectacle pour elle aujourd’hui se dispose!
Elle en mourra, Phoenix; et j’en serai la cause : C’est. lui mettre moi-même un poignard dans le sein.
PHŒNIX
Et pourquoi donc en faire éclater le dessein?
Que ne consultiez -vous tantôt votre faiblesse?
PYRRHUS
Je t’entends. Mais excuse un reste de tendresse. Crains-tu pour ma colère un si faible combat?
D’un amour qui s’éteint c’est le dernier éclat.
ANDROMAQUE
Allons. A tes conseils, Phœnix, je m’abandonne. Faut-il livrer son fils ? faut-il voir Hermione ?
PHOENIX
Oui, voyez-la, seigneur, et par des vœux soumis Protestez-lui...
PYRRHUS
Faisons tout ce que j’ai promis.