‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. BritannicusChapitre 24 sur 108 · SCÈNE PREMIÈRE ORESTE, PYLADE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE ORESTE, PYLADE

PYLADE

Modérez donc, seigneur, cette fureur extrême :

Je ne vous connais plus ; vous n’ètes plus vous-même» Souffrez...

ORESTE

Non, tes conseils ne sont plus de saison, Pylade, je suis las d’écouter la raison.

C’est traîner trop longtemps ma vie et mon supplice ;

Il faut que je l’enlève, ou bien que je périsse ;

Le dessein en est pris ; je le veux achever ;

Oui, je le veux.

PYLADE

Hé bien, il la faut enlever;

J’y consens. Mais songez cependant où vous êtes.

Que croira-t-on de vous à voir ce que vous faites? Dissimulez, calmez ce transport inquiet;

Commandez à vos yeux de garder le secret.

Ces gardes, cette cour, l’air qui vous environne,

Tout dépend de Pyrrhus, et surtout d’Hermione.

ANDROMAQUE

À ses regards surtout cachez votre courroux.

Oh ! dieux ! en cet état pourquoi la cherchiez-vous ?

ORESTE

Que sais-je ? De moi-même étais-je alors le maître ? La fureur m’emportait, et je. venais peut-être Menacer à la fois l’ingrate et son amant.

PYLADE

Et quel était le fruit de cet emportement?

ORESTE

Et quelle âme, dis-moi, ne serait éperdue Du coup dont ma raison vient d’être confondue?

Il épouse, dit-il, Hermione demain;

Il veut, pour m’honorer, la tenir de ma main.- Ah! plutôt cette main dans le sang du barbare...

PYLADE

Vous l’accusez, seigneur, de ce destin bizarre; Cependant, tourmenté de ses propres desseins,

Il est peut-être à plaindre autant que je vous plains.

ORESTE

Non, non, je le connais, mon désespoir le flatte; Sans moi, sans mon amour, il dédaignait l’ingrate ; Ses charmes jusque-là n’avaient pu le toucher ;

Le cruel ne la prend que pour me l’arracher.

Ah! dieux ! c’en était fait Hermione gagnée,

Pour jamais de sa vue allait être éloignée ;

Son cœur, entre l’amour et le dépit confus,

Pour se donner à moi n’attendait qu’un refus;

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