acte I, SCÈNE IV
Courir le bal la nuit, et le jour les brelans ?
L’argent ne nous vient pas si vite que l’on pense. Chacun de tes rubans me coûte une sentence.
Ma robe vous fait honte. Un fils de juge ! Ah ! fi ! Tu fais le gentilhomme : hé! Dandin, mon ami. Regarde dans ma chambre et dans ma garde-robe Les portraits des Dandin ; tous ont porté la robe ;
Et c’est le bon parti. Compare, prix pour prix Les étrennes d’un juge à celles d’un marquis ;
Attends que nous soyons à la fin de décembre. Qu’est-ce qu’un gentilhomme? Un pilier d’antichambre. Combien en as-tu vu, je dis des plus huppés,
A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés.
Le manteau sur le nez ou la main dans la poche ; Enfin, pour se chauffer, venir tourner ma broche.
Voila comme on les traite. Eh! mon pauvre garçon, De ta défunte mère est-ce là la leçon?
La pauvre Babonnette! Hélas! lorsque i’y pense,
Elle ne manquait pas une seule audience.
Jamais, au grand jamais, elle ne me quitta,
Et Dieu sait bien souvent ce qu’elle en rapporta;
Elle eût du buveticr emporté les serviettes,
Plutôt que de rentrer au logis les mains nettes.
El voilà comme on fait les bonnes maisons. Va;
Tu ne seras qu’un sot.
LÉANDRE
Vous vous morfondez là,
Mon père. Petit-Jean, ramenez votre maître, Couchez-le dans son lit; fermez porte, fenêtre;
Qu’on barricade tout, afin qu’il ait plus chaud.
LES PLAIDEURS
PETIT-JEAN
Faites donc mettre au moins des garde-fous là -haut.
DANDIN
Quoi ! l’on me mènera coucher sans autre forme ? Obtenez un arrêt comme il faut que je dorme.
LÉANDRE
Eh! par provision, mon père, couchez-vous.
DANDIN
J’irai; mais je m’en vais vous faire enrager tous;
Je ne dormirai point.
LÉANDRE
Eh bien! à la bonne heure!
Qu’on ne le quitte pas. Toi, l’intimé, demeure.