ACTE I, SCÈNE V J
l’intimé
Oh 1 vous voulez juger ?
léandre, montrant la maison d'Isabelle.
Laissons là le mystère.
Tu connais ce logis?
l’intimé.
Je vous entends enfin :
Diantre ! l’amour vous tient au cœur de bon matin. Vous me voulez parler sans doute d’Isabelle.
Je vous l’ai dit cent fois, elle est sage, elle est belle; Mais vous devez songer que monsieur Chicaneau De son bien en procès consume le plus beau.
Qui ne plaide-t-il point ? Je crois qu’à l’audience Il fera, s’il ne meurt, venir toute la France.
Tout auprès de son juge il s’est venu loger :
L’un veut plaider toujours, l’autre toujours juger :
Et c’est un grand hasard s’il conclut votre affaire Sans plaider le curé, le gendre et le notaire.
LÉANDRE
Je le sais comme toi. Mais, malgré tout cela,
Je meurs pour Isabelle.
l’intimé.
Eh bien ! épousez-la.
Vous n’avez qu’à parler, c’est une affaire prête.
LÉANDRE
Eh! cela ne va pas si vite que ta tête.
Son pèle est un sauvage à qui je ferais peur.
LES PLAIDEURS
A moins que d’être huissier, sergent ou procureur. On ne voit point sa fille et la pauvre Isabelle, Invisible et dolente, est en prison chez elle.
Elle voit dissiper sa jeunesse en regrets,
Mon amour en fumée, et son bien en procès.
Il la ruinera si l’on le laisse faire.
Ne connaîtrais-tu pas quelque honnête faussaire Qui servît ses amis, en le payant, s’entend. Quelque sergent zélé?
l’intimé.
Mais encore ?
Bon ! l’on en trouve tant l LÉANDRE.
l’intimé.
Ah ! monsieur ! si feu mon pauvre père Etait encor vivant, c’était bien votre affaire.
Il gagnait en un jour plus qu’un autre en six mois ; Ses rides sur son front gravaient tous ses exploits.
Il vous eût arrêté le carrosse d’un prince :
Il vous l’eût pris lui-même : et, si dans la province Il se donnait en tout vingt coups de nerf de bœuf, Mon père pour sa part en emboursait dix-neuf.
Mais de quoi s’agit-il? suis-je pas fils de maître?
Je vous servirai.
LÉANDRE
Toi ?
l’intimé.
Mieux qu’un sergent peut-êtr