LE CODE DE COUR
Qui ses besognes veut bien faire , Selon le tems qui ores court , Dissimuler doit et soi taire , Avec les seigneurs être sourd ; Quand on oit chose qui ennuie , Que toujours à chaud et à froid, Dès qu'ils ont parlé on leur die , Monseigneur dit bien, il a droit.
Car pour leur dire le contraire, Quelque dommage qui leur sourt , On ne le peut sans leur déplaire , C'est la coutume de la cour.
Faut donc démener cette vie , Et du tout dire à chère lie , • Soit à l'envers, soit à l'endroit.
Soit mensonge , soit flatterie :
Monseigneur dit bien, il a droit.
198 CHEFS-D'OKl VKE rOÉTIQlES
LA NOUVELLETTE.
Il est certain qu'un JDur de l'autre mois , M'est advenu très-merveilleuse chose :
Toute seulette étois au tond du bois , Vint mon ami , plus beau que n'est la rose. Il me baisa d'un baiser sage et doux , Et puis après il me fit chose amère , Si que je dis, avec un grand courroux : Tenés-vous coi , j'appellerai ma mère.
Il est certain qu'il devint tout transi , Voyant courir larmes sur mon visage.
A jointes mains il me cria merci , Et cela fit que je fus moins sauvage.
Alors qu'il vit que je parlois si doux, L'ami s'y prit de tant belle manière.
Que je lui dis, sans avoir de courroux -. Tenés-vous coi, j'appellerai ma mère.
Il est certain que Jors il m'arriva Chose nouvelle, à quoi n'étois pas faite, Et quasi morte , un baiser m'acheva , Qui me rendit les yeux clos et muette ; Puis m'éveillai , mais d'un réveil si doux , Que remourus, tant il me fis grand' chèie Enfin, besoin ne fut d'être en courroux, 11 devint coi , sans qn'appeilai ma mère
MADEMOISELLE DE CALAGE.
Mademoiselle de Calage était de Toulouse et se nouimait de Pech de Calage Elle paraît avoir vécu sous le règne de Louis XIII ; elle nous est connue pour avoir plusieurs fois remporté le prix de poésie aux Jeux floraux de Toulouse et avoir composé dans sa jeunesse lo poème de Judith, qui fut imprimé, après sa mort, par les soins de mademoiselle L'Héritier de Villandon. Nous rapportons le cantique en action de grâces qui termine ce poème. Ce morceau suffira pour donner une idée de la beauté de l'ouvrage. Nous ajoutons que le poème est en vers et en huit parties ou chants.