‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 105 sur 186 · CANTIQUE DE JUDITH · texte numérisé non relu

CANTIQUE DE JUDITH

Redoutables vengeurs des crimes de la terre , Messagers du Très-Haut qui , portant son tonnerre , Le faites retentir dans ce vaste univers , Et jusque sur le trône effrayez les pervers ; Ministres immortels de ses justes vengeances , Protecteurs des humains, saintes intelligences, Images d'un Dieu juste, où lui-même est empreint. Répétez avec nous que le Seigneur est saint.

Flambeau de l'univers, dont les clartés fécondes Animent k la fois tous les cieux , tons les mondes,

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Quand la terre, s'ouvrant à tes vives chaleurs,

Fait germer dans son sein et les fruits et les fleurs ;

Ardent père du jour, époux de la nature,

Du soleil éternel éclatante peinture.

Près de ce Dieu vivant , toi dont l'éclat s'éteint ,

Viens redire avec nous que le Seigneur est saint

Toi qui suis le repos , le silence , les ombres , Qui fais voir les objets taciturnes et sombres. Bel astre, dont le feu si doucement nous luit, Qui nous offre un jour pâle au milieu de la nuit , Qui d'un Dieu bienfaisant annonçant la puissance , Répands du haut des airs une utile influence, Oîi sa tendresse éclate , oii sa bonté se peint , Viens redire avec nous que le Seigneur est saint.

Et vous , qui diaprez les ténébreuses voiles , Beaux yeux du firmament, éclatantes étoiles. Diamants, qui semblez enchâssés dans les deux; Pour les infortunés, astres mystérieux , Brillantes roses d'or, au champ d'azur semées, doux du superbe char du grand Dieu des armées , Clairs flambeaux de la nuit que le soleil éteint, Répétez avec nous que le Seigneur est saint.

Armes du Dieu vivant , effroyable tonnerre , Et vous , vents enfermés aux gouffres de la terre , Montagnes et vallons, fiers torrents , doux ruisseaux, Innocentes brebis , honneur de nos troupeaux , Vous , chantres des forêts , qui charmez nos oreilles , Trésors de la nature, innombrables merveilles. Que les cieux , que les mers et que la terre enceint , Piépctez avec nous que le Seigneur est saint.

Et nous, pour qui sa main prend aujourd'hui les armes, Nous de qui son amour vient essuyer les larmes, Que nos luths, que nos voix, par des tons mesurés, S'élèvent, s'il se peut, aux globes azurés. Nous voyons , par son bras , nos guerres étouffées ; Posons sur ses autels nos armes, nos trophées. Répétons à jamais que le Seigneur est saint , Et que tout est possible au mortel qui le craint.

MADEMOISELLE DUIRESNOY.

Cette demoiselle entra dans la congrégation des filles de la Croix : c'est tout ce qu'on sait d'elle, et qu'elle est l'auteur des stances suivantes, qui d'ailleurs annonçaient un véritable talent.

STANCES

Sur l'Iionncur fait , par Louis XIV , à l'Académie française , en acceptant le titre de sou Protecteur, et la logeant au Louvre.

Arrêtez pour un tems, savantes imiTiortelles ,

Le bruit des chants guerriers dont vous frappez les airs

Songez à préparer des louanges nouvelles

Au plus grand roi de l'univers.

Ne parlez point de ses trophées.

Des lions terrassés , des hydres étouffées,

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Et des peuples soumis par son juste couitoun ; Donnez quelque relâche aux chants de la victoire , Pour nous dire les soins qu'il prend de votre gloire , Et ce que son grand cœur vient de faire pour vous.

Quelle gloire en effet , Muses, vous est offerte! Si l'on vit autrefois vos temples abattus , Louis a pour jamais réparé cette perte ;

11 vous aime , ne craignez plus.

Sur les débris de l'ignorance , Elevant les beaux-arts , les vertus , la science , Il va rendre partout votre culte immortel ; Il vous met à l'abri de sa propre couronne , Son sceptre vous protège , et sa bonté vous donne Pour temple son palais, son trône pour autel.

Ce nouvel Apollon l'emporte

Sur celui de l'antiquité.

Lui seul, de tous les dieux l'image vive et forte, En fait voir aux mortels toute la majesté. Il règle comme Mars le destin de la guerre; Comme Hercule il combat les monstres de la terre ; Leur fureur devant lui demeure sans effet;

Et si par ses fameux oracles.

Le premier Apollon prédisoit les miracles,

Celui de notre tems les fait

Marquez à ce héros votre reconnoissance. Quand la valeur l'engagea cent nobles projets,

11 partage sa vigilance Entre vous, l'univers et ses heureux sujets.

Le ciel étant toujours propice Aux desseins glorieux que (orme sa justice,

Quels yeux le pouiroient voir sans en être éblouis!' Muses, vous aurez part aux fruits de ses conquêtes : J'en vois déjà l'éclat rejaillir sur vos têtes , Et déjà vous régnez partout avec Louis.

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