‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 116 sur 186 · CANTATE · texte numérisé non relu

CANTATE

l'amour piqué par une abeille.

Dans les Jardins enchantés de Cythère , Vénus lassembloit les Amours.

La froide indifférence et la raison sévère De ces aimables lieux sont bannis pour toujours

210 CHEFS-D'OEl VRE l'OÉTIQUES

Mille amants fortunés, conduits par la constance, Y reçoivent le prix des vœux qu'ils ont offerts ;

Et tout y ressent la présence Du dieu charmant qu'adore l'univers.

Sous les loix de la jeune Flore , Un éternel printems enchaîne les zéphyrs ;

Kt les fleurs qu'on y voit éclore

Sont l'ouvrage de leurs soupirs Les ruisseaux amoureux mêlent leur doux murmuio Aux concerts des oiseaux qui chantent nuit et jour; Le soleil y répand une clarté plus pure Qu'il emprunte des feux que lui prête l'Amour.

Tandis que les Amours , dans ces jardins épars , Moissonnent du printems la richesse éclatante ,

Une rose naissante Du fds de Cythérée arrête les regards.

« Rien n'est si beau que vous, dit-il, dans ce bocage,

Jeune rose , pleine d'appas ;

C'est pour vous rendre un doux homn)age Si d'autres fleurs naissent dans ces climats ;

Qu'à votre gloire tout conspire ,

Faites l'ornement du printems ,

Formez, ilans l'amoureux empire,

Les chaînes des heureux amans;

Parez les Grâces immortelles

Qui suivent la mère d'Amour; Prêtez à la beauté, par un juste retour,

Encore des armes nouvelles. »

L'Amour charmé cède au désir pressant

De cueillir une fleur si belle; Mais, dans le même instant, une abeille cruelle

Ose blesser ce dieu charmant.

[)ES DAMES FRAMÇzMSES.

Je me meurs, je succombe à ma douleur mortelle , Dit à Vénus l'Amour en soupirant. »

Vénus sourit de sa douleur amère , Elle guérit bientôt sa blessure légère , Et , par ces mots , apaise son tourment :

« Charmant vainqueur, tu nous exposes A des maux cent fois plus pressans.

Par les peines que tu ressens , Juge des maux que tu nous causes.

Tes traits , puissant dieu des Amours , Font re.>isentir des peines plus ciuelles ; Ils portent dans les cœurs mille atteintes mortelles yue tu ne guéris pas toujours. <•

CANTAIIi.

Page 1