CANTATE
l'amour piqué par une abeille.
Dans les Jardins enchantés de Cythère , Vénus lassembloit les Amours.
La froide indifférence et la raison sévère De ces aimables lieux sont bannis pour toujours
210 CHEFS-D'OEl VRE l'OÉTIQUES
Mille amants fortunés, conduits par la constance, Y reçoivent le prix des vœux qu'ils ont offerts ;
Et tout y ressent la présence Du dieu charmant qu'adore l'univers.
Sous les loix de la jeune Flore , Un éternel printems enchaîne les zéphyrs ;
Kt les fleurs qu'on y voit éclore
Sont l'ouvrage de leurs soupirs Les ruisseaux amoureux mêlent leur doux murmuio Aux concerts des oiseaux qui chantent nuit et jour; Le soleil y répand une clarté plus pure Qu'il emprunte des feux que lui prête l'Amour.
Tandis que les Amours , dans ces jardins épars , Moissonnent du printems la richesse éclatante ,
Une rose naissante Du fds de Cythérée arrête les regards.
« Rien n'est si beau que vous, dit-il, dans ce bocage,
Jeune rose , pleine d'appas ;
C'est pour vous rendre un doux homn)age Si d'autres fleurs naissent dans ces climats ;
Qu'à votre gloire tout conspire ,
Faites l'ornement du printems ,
Formez, ilans l'amoureux empire,
Les chaînes des heureux amans;
Parez les Grâces immortelles
Qui suivent la mère d'Amour; Prêtez à la beauté, par un juste retour,
Encore des armes nouvelles. »
L'Amour charmé cède au désir pressant
De cueillir une fleur si belle; Mais, dans le même instant, une abeille cruelle
Ose blesser ce dieu charmant.
[)ES DAMES FRAMÇzMSES.
Je me meurs, je succombe à ma douleur mortelle , Dit à Vénus l'Amour en soupirant. »
Vénus sourit de sa douleur amère , Elle guérit bientôt sa blessure légère , Et , par ces mots , apaise son tourment :
« Charmant vainqueur, tu nous exposes A des maux cent fois plus pressans.
Par les peines que tu ressens , Juge des maux que tu nous causes.
Tes traits , puissant dieu des Amours , Font re.>isentir des peines plus ciuelles ; Ils portent dans les cœurs mille atteintes mortelles yue tu ne guéris pas toujours. <•
CANTAIIi.