‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 124 sur 186 · MADAME DUMONT · texte numérisé non relu

MADAME DUMONT

Madame Dumont, née à Paris, était fille de M. Lutel, contrôleur-général de la maison du duc d'Orléans, régent. Elle a publié un recueil de pièces fugitives, de traductions d'Horace en vers, de fables, de chansons, etc.

Traduction littérale de la V Ode du 3* livre d'Horaee. Odii profanum vulgus.

Je hais le profane vulgaire ,

Et je l'écarté loin de moi.

O vous, de qui le culte est mon plus doux emploi. Chastes sœurs, qu'à l'envi tout l'Olympe révère , Favorisez des chants destinés à vous plaire ! Je consacre en ce jour aux vierges, aux enfants. Des vers que le premier je joignis à la lyre -. J'y peins des rois fameux par ieuis sujets vaillants. Eux-mêmes asservis au souverain empire Du puissant Jupiter, qui , par l'airain brûlant , Après avoir vaincu les géants formidables , Par la seule terreur d'un geste menaçant , Fait craindre à l'univers ses foudres redoutables. Mieux qu'un autre , souvent un honuiie industrieux Sait tracer les sillons destinés à l'arbuste ; Plus noble, un candidat, né d'illustres ayeux , Parvint, du champ de Mars, dans un sénat auguste

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Celui-ci , par ses mœurs , par son intégrité ,

Offre un parfait modèle à la postérité.

De ses nombreux clients, cet autre se décore;

Mais , quel que soit l'éclat du faste qui IMionore ,

Ici, la loi du sort réglant tout à son gré,

Confond le plus sublime et le plus bas degré

Dans l'urne spacieuse oii cbaque nom se place ,

A la houlette on voit les sceptres réunis ,

Et les rois , terrassés par leurs fiers ennemis ,

S'éclipsent en suivant le berger à la trace.

Du coupable qui voit le glaive suspendu ,

Des mets délicieux couvrent en vain la table

Us ne lui donnent point, par leur saveur aimable ,

Cette tranquillité que donne la vertu;

Et le chant des oiseaux , ni le luth agréable ,

Ne lui ramènent point le repos attendu.

Le doux repos chérit les demeures champêtres ;

Ces coteaux , ces vallons , où , même les zéphirs ,

Respectent des bergers , couchés au i)ied des hêtres

Et le charme innocent et les riants plaisirs.

La mer tumultueuse , et ses noires tempêtes ,

Les astres en courroux menaceroient nos têtes ,

Sans pouvoir ébranler le mortel tempéré.

Par qui le superflu n'est janiffls désiré.

A la grêle , aux frimats , la vigne abandonnée ;

Le sol trompeur, l'ormeau plaignant sa destinée *,

Triste jouet des eaux ou du souffle bi-ùlant

Qui vient de moissonner son plus fertile champ ,

Rien ne peut ébranler son ame courageuse.

L'entrepreneur élève une masse orgueilleuse.

Et les poissons pressés par de lourds fondements ,

Se sentent resserrés dans les flots écumants **

Arbore nunc aquas culpante.

" Contracta pisces œqunra sentiunt.

DES DAMliS FKANÇAISES. 233

Le grand seigneur méprise et déserte sa terre ; Mais des soins dévorants la troupe meurtrière, Monte sur son navire, ou, |)our mieux l'assiéger, De son coursier rapide embrasse l'étrier. Si vainement tout l'or de la vaste Lybie, Si le brillant lapis qu'enfante la Phrygie , Si les vins de Plialerne et les parfums exquis , Ne peuvent adoucir nos pénibles ennuis, Pourquoi donc élever sur des colonnes vastes , Ces palais somptueux , monuments de nos fastes ? En excitant l'envie , et pourquoi cbangeons-nous Des biens que nos ayeux jadis trouvoient si doux , Pour ces temples nouveaux, dont la grandeur futile Est le seul prix qui reste au travail inutile?

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