‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 131 sur 186 · MADAME CHEMIN · texte numérisé non relu

MADAME CHEMIN

Madame Chemin (Adélaïde-Isabelle-Jeanne Vivien- Deschampsy), née à Lunéville en 1772. On a d'elle le Malheur des circonstances, poème. Paris, 180.3, et plusieurs romans.

ROMANCE

Toi , qui uie parles sentiment , Connais-tii l'amour et ses peines , Et ses larmes et son tourment ' As-tu jamais porté ses chaînes' Je connais ce petit garçon , Il fit le malheur de ma vie !

Il a fait perdre la raison Bien plus d'une fois à Délie.

Toi, dont le cœur me semble aimant, As-tu connu la jalousie? Ah ! c'est lé plus cruel tourment :

Redoute cette frénésie.

J'ai connu toute sst fureur.

Lorsque j'aimais à la folie Hélas! que d'instants de douleur A passés la triste Délie !

As-tu connu tous les tourments Que nous fait éprouver l'absence?

As-tu compté tous les moments [*ar les .soucis, par la souffrance?

2^5 CHEFS-D'ŒIVRE POETIQUES

Loin (le l'objet de ses ardeurs , Le cruel fardeau que la vie ' Évite de pareils malheurs, Ne quitte jamais ton amie.

CH AJiSON.

Dans les premiers jours de ma vie , Je courus après le bonheur; Mais le chercher, quelle folie !

Penser le trouver, quelle erreur!

Je croyais aux amis fidèles , Aux amants tendres et constants ; Dans ces illusions cruelles, J'ai vu s'écouler mon printems.

Pour attraper une chimère , J'ai perdu les plus beaux instants ; Avec une douleur amère.

Je vois s'approcher mes trente ans Ici , point de pas rétrograde ; Rien n'arrête le cours du tems •.

En arrière en vain l'on regarde , On ne revoit plus son printems.

Tous les matins dans une glace Je cherche encore ma beauté ; Mais chaque jour elle s'efface , Et mon c(pur en est attristé. O Raison : prête-moi tes armes ; Fais-moi briller par les talents , Quand viendront à i)érir ces charmes, ^aine gloire de mon printems

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MADAME BOURETTE.

Madame Bourette (Charlotte), auparavant madame (^uré, et surnommée la Muse limonadière, naquit à Paris en 1714 et y mourut en 1784. Cette dame tenait le café Allemand, rue Croix-des-Petits-Champs, et se fit connaître par un grand nombre de petits ouvrages tant en vers qu'en prose. Jalouse de se faire une brillante réputation, elle parvint, au moyen de ses écrits, à entretenir des relations avec plusieurs souverains, des princes et princesses de sang royal et les hommes les plus célèbres de ce temps. Les vers de madame Bourette sont en général négligés, peu exacts et prosaïques. On voit qu'elle ignorait les principes de l'art de rimer; mais chaque pièce est terminée par une pensée ingénieuse, ce qui ne se rencontre pas toujours dans ces sortes de compositions ; en revanche, la prose de cette dame est vraiment poétique et fait regretter qu'elle n'ait pas versifié avec le même talent. Les œuvres diverses de la Muse limonadière, avec les différentes pièces qui lui ont été adressées, ont été imprimées à Paris en 1755, et forment deux volumes in-S". Madame Bourette a fait aussi une comédie intitulée la Coquette punie, qui fut jouée sur le Théâtre-Français en 1779.

-'/lO CHEFS-D'ŒUVRE POÉTIQUES

M. de Fontenelle, en faisant visite à madame Bourette, lui adressa ces deux vers :

» Si les dames ont droit d'introduire les modes, Eu prose désormais on doit faire les odes. "

Cette dame remercia M. de Fontenelle de sa visite par les vers suivants :

Cber Anacréon de Neustrie, Dont la rare et sage folie Joint Épicure avec Zenon , Votre visite eu ma maison , Malgré le poison de l'Envie , Entouttems, en toute saison, Fera le plaisir de ma vie.

Mais eu ce saint tems de jiardoii Que nous accorde le Saint-Père, Quel compliment puis-je vous faire Qui n'ait un fumet d'oraison ?

L'on ne parle que de prière , De conférence et de sermon.

Vous le sçavez , fils d'Apollon , Je peux le dire sans mystère , Nous parlons tout autre jargon.

[1 faut donc sagement me taire , Ou vous dire avec onction :

Vous m'avez fait faveur insigne; Ah ! seigneur, je n'étois pas digne Que vous vinssiez dans ma maison !

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ÉPITRE

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