‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 132 sur 186 · A M. HELVÉTIUS, SUR SON ABDICATION DE LA PLACE DE FERMIER-GÉXÉRAL · texte numérisé non relu

A M. HELVÉTIUS, SUR SON ABDICATION DE LA PLACE DE FERMIER-GÉXÉRAL

On a vu de fiers potentats,

Lassés de la grandeur suprême

Fouler aux pieds le diadème , Et de la royauté fuir les vains embarras : Mais on ne vit jamais, dans un bonheur extrême,

Un favori du dieu Plutus,

Pour les neuf filles de mémoire ,

Quitter les quarante Crésus, Dont im hon de Louis nous annonce la gloiie.

Tu l'as compris, ô sage Helvétius!

Un mortel trop heureux , courbé sous la richesse ,

Rampe toujours avec bassesse

Dans les fanges de l'Hélicon.

Les sages enfants d'Apollon

De l'opulence enchanteresse

Fuyent le dangereux poison .

Le fameux chantre d'Hermiiiie

Fut riche dans sa poésie ,

Mais très-pauvre dans sa maison ;

Et sans le secours de Mécène ,

Malgré les faveurs d'Apollon ,

Celui qui chanta Coridon ,

Eût traîné ses jours dans la pein»',

Et n'eût jamais chanté Didon.

l'^H CHEFS D'ŒLV RE POETIQUES

Puisse le dieu de l'harmonie

Te prodiguer tous ses trésors!

Que Calliope, que Thalie

T'inspirent les [dus doux accords;

Que leur main facile s'empresse

A te cueillir sur le Permesse

Les fleurs qui naissent sur ses bords.

Méprise le discours frivole

Des insensés de qui l'idole

Est un métal vain et trompeur :

Loin de leur troupe mercenaire ,

Clierche le vrai qui nous éclaire,

Et dans un esprit sage, ennemi de l'erreur,

Hâte-toi de trouver un ami salutaire.

Mais par ces rimes de travers , Que ma muse arrange à l'envers , C'est trop long-tems interrompre tes veilles.

Ah ! que n'ai-je en ce jour pu charmer tes oreilles ! Je dirois à tout l'univers, Lorsque Plutus fait des merveilles , Apollon doit faire des vers.

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