A M. HELVÉTIUS, SUR SON ABDICATION DE LA PLACE DE FERMIER-GÉXÉRAL
On a vu de fiers potentats,
Lassés de la grandeur suprême
Fouler aux pieds le diadème , Et de la royauté fuir les vains embarras : Mais on ne vit jamais, dans un bonheur extrême,
Un favori du dieu Plutus,
Pour les neuf filles de mémoire ,
Quitter les quarante Crésus, Dont im hon de Louis nous annonce la gloiie.
Tu l'as compris, ô sage Helvétius!
Un mortel trop heureux , courbé sous la richesse ,
Rampe toujours avec bassesse
Dans les fanges de l'Hélicon.
Les sages enfants d'Apollon
De l'opulence enchanteresse
Fuyent le dangereux poison .
Le fameux chantre d'Hermiiiie
Fut riche dans sa poésie ,
Mais très-pauvre dans sa maison ;
Et sans le secours de Mécène ,
Malgré les faveurs d'Apollon ,
Celui qui chanta Coridon ,
Eût traîné ses jours dans la pein»',
Et n'eût jamais chanté Didon.
l'^H CHEFS D'ŒLV RE POETIQUES
Puisse le dieu de l'harmonie
Te prodiguer tous ses trésors!
Que Calliope, que Thalie
T'inspirent les [dus doux accords;
Que leur main facile s'empresse
A te cueillir sur le Permesse
Les fleurs qui naissent sur ses bords.
Méprise le discours frivole
Des insensés de qui l'idole
Est un métal vain et trompeur :
Loin de leur troupe mercenaire ,
Clierche le vrai qui nous éclaire,
Et dans un esprit sage, ennemi de l'erreur,
Hâte-toi de trouver un ami salutaire.
Mais par ces rimes de travers , Que ma muse arrange à l'envers , C'est trop long-tems interrompre tes veilles.
Ah ! que n'ai-je en ce jour pu charmer tes oreilles ! Je dirois à tout l'univers, Lorsque Plutus fait des merveilles , Apollon doit faire des vers.