‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 138 sur 186 · LEUR MAMERE UE VIVRE · texte numérisé non relu

LEUR MAMERE UE VIVRE

Entre tous les objets vivants dans ces beaux lieux , Deux êtres distingués frappent surtout les yeux ; Dans le noble maintien de leur nudité pure. Ils paroissent les rois de toute la nature. Les charmes , les vertus et la félicité , Entre eux sont partagés , mais non l'autorité . Leur sexe est différent , ainsi que leur puissance : L'un tient l'autre soumis à son obéissance : Adam unit la force à la beauté des traits , Eve joint la douceur aux plus brillants attraits. Les zéphyrs caressant ses tresses voltigeantes, En font souvent un voile à ses grâces naissantes ; Non qu'elle veuille aux yeux dérober tant d'appas , Son ame de la honte ignore l'embarras -. Doit-on rougir des dons que nous fait la nature ? Effrayant déshonneur, né d'une source impure, Tyran de nos plaisirs, tu portes dans le cœur Le trouble, les remords, la honte et la terreur. Ce couple fortuné, créé dans l'innocence. Sans voile aux yeux de Dieu , n'en craint point la présence A l'ombre d'un berceau par les eaux rafraîchi , Ils vont se reposer, exempts de tout souci ; Leurs jardins n'exigeoient que les soins nécessaires, Pour goûter le repos et des mets salutaires; Sur des bancs de gazon, ornés de mille fleurs. Les arbres leur portoient des fruits et des odeurs.

Leur suc les rassasie, et dans l'écorce dure, Ils puisent pour la soif une eau légère et pure ; Le sourire enchanteur, les entretiens charmants , Tout ce qu'Amour inspire à de jeunes amants, Seuls habitants du monde et vivant sans alarmes , Achèvent d'embellir ce repas plein de charmes.

Ici l'auteur peint le moment du coucher nuptial de nos premiers parents.

La mère des humains dit d'une voix touchante :

A tes vœux, cher époux, mon ame complaisante

Ne sait que t'obéir ; de Dieu telle est la loi :

Tu tiens de lui ta cègle, Eve la tient de toi.

Avec toi tout me charme; heureuse en ces demeures,

J'oublie en te parlant les saisons et les heures.

Mais le frais du matin , le lever du soleil ,

Les concerts des oiseaux annonçant leur réveil.

Ces fruits encor brdlants des larmes de l'aurore ,

Le doux parfum des fleurs que nous voyons éclore ,

L'air pur de ce beau soir, le silence, la nuit ,

La lune, dont l'éclat m'enchante et nous conduit.

Les yeux du firmament et leur céleste flamme ,

Sans toi n'ont rien de doux , rien qui plaise à mon ame ;

Et ta présence unie à ces trésors divers,

Me rend le jour plus pur, les arbrisseaux plus verts.

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