‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 159 sur 186 · BOUTADE SUR LES FEMMES AUTEURS · texte numérisé non relu

BOUTADE SUR LES FEMMES AUTEURS

Qu'une femme auteur est à plaindre ' Au diable soit le sot métier !

Qu'elle se fasse aiuier ou craindre.

Chacun cherche à la décrier.

30^1 CHEFS-D'ŒLVRE POÉTIQUES

Veut-elle vivre solitaire, On crie à l'affectation; Veut-elle un instant se distraire , Elle aime à se montrer, dit-on.

Tout ce qu'elle ose se permettre, En mal on sait l'interpréter :

Elle ne peut parler, chanter, Sourire, sans se compromettre :

Son silence blesse les sots , Ses propos ne les touchent guère ; Elle doit^parler par bons mots , Ou ne rien dire avec mystère.

Comme un animal curieux , Tantôt chacun la considère , Tantôt une bégueule altière Lui jette un regard dédaigneux.

Un faquin , Brutus par la tête , Pour attirer l'attention , Par un mensonge plat et bête Ternit sa réputation.

Une mégère la provoque , Puis lui fait, d'un ton radouci, Tout haut un éloge équivoque.

Tout bas un affront réfléclii.

Un piètre auteur entre chez elle.

Malgré son ordre très-exi)rès , Pour aller partout dire après :

Je viens de chez madame telle; Aous avons {je le dis tout bas) Parlé de sa pièce nouvelle , Et mes conseils n'y nuiront pas.

Un prosateur blâme ses vers ; Un poète blâme sa prose.

Joignez à ces tourmens divers

Les gentillesses de la chose :

Chansons , épigramnies , pamphlets ,

Menus propos des bons apôtres ,

Et vous connoîtrez ce que c'est

Que d'être un peu moins sot que d'autres.

Au diable soit le sot métier !

Oui, j'y renonce pour la vie Fuyez , encre , plume , papier, Amour des vers , rage ou folie. . .

Mais , non , revenez m'aveugler ; Bravez ces clameurs indiscrètes.

Ah ! vous savez me consoler De tous les maux que vous me faites.

STANCES

ÉCRITES EN TÈTE DE l'aLBUM DE LAUTEUR.

Venez, amis, je vous appelle; Sur mon Album inscrivez-vous :

D'une gloire toujours nouvelle Qu'il devienne un titre pour nous !

Dans un excès de modestie.

Gardez-vous bien, je vous en prie.

De m'aflliger par un refus; Car ce livre qui nous rassemble Va nous faire rester ensemble , Même quand nous ne serons plus.

Qu'ici l'auguste Poésie Dé[iose un rayon de ses feux ;

306 CHEFS-D'OELVRE POÉTIQUES

Que la Peinture , l'Harmonie Y laissent des traits glorieux ; Que la Science , le Génie , L'Amitié, la Philosophie, Partout s'y montrent dignement , Et que ce monument aimable Soit ainsi l'œuvre inimitable Des beaux-arts et du sentiment.

Et vous , dont l'univers s'honore , Grands hommes de tous les pays , Que votre nom aussi décore Cette réunion d'amis.

Quoique loin de notre patrie Le sort vous ait donné la vie , Brille/, dans ce recueil heureux , Tels que ces plantes étrangères Qui sont de nos riches parterres L'ornement le plus précieux.

Ah ! puissent ces feuilles légères Résister à la faulx du tenis , Et de nos heures passagères Fixer quelques heureux instans î Après nous, restant d'âge en âge.

Puissent-elles , à chaque page , Charmer nos neveux attendris , Et , pour augmenter notre glone , Porter au temple de Mémoire Nos noms sans cesse réunis !

SUIi LES FEIVBIES POLITIQUES.

Vous nous blâmez de parler politique ; En vérité , messieurs , vous avez tort ; Et laissant là tout esprit de critique , Je veux tenter de nous mettre d'accord

Nous vous aimons , je me plais à le dire ; Tout entre nous est commun ici-bas -.

Or, quand le cœur, le sentiment inspire, Pourquoi les goûts ne se suivroient-ils pas ?

Le bien public nuit et jour vous agite ; Vous régentez, vous réglez l'univers...

Ce qui pour vous est un si grand mérite Peut-il pour nous être un si grand travers ?

Quand avec nous votre esprit se déploie , Ne pouvons-nous prendre aussi votre ton ? Sommes-nous donc des enfans qu'on renvoie Quand par hasard on veut parler rai>on :'

Il seroit beau pour un homme qu'enflamme De son pays la gloire, l'intérêt, De voir sourire ou s'étonner sa femme Aux mots de loi , de guerre , de budget !

Peut-elle entendre avec indifférence Ce que partout chacun sait discuter ?

Ne faut-il pas qu'elle ôte à sa dépense Ce qu'à l'impôt elle voit ajouter?

Oublîra-t-elle , insensible et futile, Ces grands conabats, effroi du genre humain? Doit-elle , ô dieux , rester froide et tranquille Si son enfant peut la quitter demain?

Quand vingt journaux instructifs et commodes Soir et matin chez elle arriveront , Ne sera-t-il que le journal des modes Qu'elle ait le droit de consulter à fond ?

Lorsque naguère, enfin, dans leurs souffrances, On la voyoit consoler ses amis, Sur leurs dangers , leurs vœux , leurs espérances , La blâmoit-on de donner son avis ?

Laissez , laissez une vaine censure , . Pères , maris , aimables précepteurs ! Vous ne pouvez réformer la nature ; Et c'est pour vous le plus grand des bonheurs.

Si d'un joujou , d'une toilette à faire , D'un rien parfois, vous jugez mieux que nous, Je ne vois pas pourquoi, dans cette affaire, Nous ne pourrions raisonner comme vous.

Mais qu'ai-je dit ! L'espoir seul de vous plaire Peut embellir ce débat à nos yeux , Et près de vous, je n'en fais point mystère, D'autres sujets nous conviendroient bien mieux.

Quand l'amitié, quand l'amour nous rassemble. Certes le cœur en est plus enchanté ; Mais il vaut mieux politiquer ensemble Que de rester chacun de son côté.

Tous vos désirs ne sont-ils plus les nôtres ? Vous plaire en tout n'est-il plus notre soin ? Quoi! séparer nos intérêts des vôtres... La conséquence iroit un peu trop loin.

Sur ce qu'on fait , sur ce que l'on propose , Passez-nous donc quelques mots superflus , Ou désormais parlez-nous d'autre chose Si vous voulez que nous n'en i)arlious plus.

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