TRADUCTION DE METASTASE
Grâces à ta coquetterie ,
O Nice! je respire enfin;
Enfin, de cette ame flétrie
Le ciel adoucit le destin.
Mon cœur, dégagé de sa chaîne ,
Jouit de sa tranquillité ;
Non , ce n'est plus une ombre vaine !
J'ai retrouvé ma liberté.
Toute mon ardeur est éteinte , Et je suis paisible à ce point , Que , sous le dépit ni la feinte , L'amour ne se déguise point.
Même on ne voit plus mon visage A ton nom changer de couleur; Je te fixe, et, devenu sage, Je ne sens plus Ijattre mon cœur.
Mon ame n'est plus abusée
Par tes attraits dans mon sommeil ;
Tu n'occupes plus ma pensée Au premier instant du réveil.
Je m'éloigne de toi sans peine , Sans désirer de te revoir ; Et près de toi rien ne m'enchaîne ; Peine et plaisir .sont sans pouvoir.
Si je m'entretiens de tes ciiarmes , Je ne me sens point attendrir ; Ton injustice et mes alarmes N'affectent plus mon souvenir.
Je ne sens plus ce trouble extrême Lorsque tu t'approches de moi ; Enfin, avec mon rival même, Je puis encor parler de toi .
Regarde-moi d'un œil sévère ; Parle-moi d'un ton gracieux ; Ton mépris ne m'afflige guère; Ta faveur est vaine à mes yeux.
Ta voix sur moi n'a plus d'empire.
Non , tu n'as plus l'accent vainqueur ; Et tes yeux ont , je dois le dire , Perdu le chemin de mon cœur.
Ce qui me déplaît ou m'attire, Et ma tristesse et ma gaîté, N'est plus causé par ton sourire.
N'est point l'effet de ta fierté.
Le bois , la colline , la plaine , Savent bien me plaire sans toi ; Mais avec toi , beauté trop vainc , Tout triste séjour l'est pour moi.
Écoute ; si je suis sincère , Je te trouve encor des appas ; Mais tu n'es plus cette bergère Que mille autres n'égaloient pas ; Et sur ton aimable figure , Je vois ( souffre la vérité ) Certain défaut de la nature , Qui me sembloit une beauté.
A ma honte , je le confesse , Quand j'arrachai le trait cruel , Mon cœur navré, dans sa détresse, Crut ressentir un coup mortel.
Mais pour mettre fin à ses peines , Pour sortir de captivité, Et pour briser enfin ses chaînes , Tout souffrir est nécessité.
L'oiseau qui s'est laissé surprendre , Qui dans le piège est arrêté.
Perd quelques plumes pour reprendre Sa chère et douce liberté.
Mais bientôt il les voit renaître; Et, par le malheur même instruit, De tout appât qu'il voit paroître Il ne peut plus être séduit.
Tu crois sans doute que la flamme Qui jadis consumoit mon sein Vit encore au fond de mon ame Lorsque je t'en parle sans fin.
C'est par cet instinct qui nous presse De peindre les périls passés,
Que le bonheur ou notre adresse Ont habilement repoussés.
Le guerrier parle avec délices Des hasards qu'il a su dompter; Il nous montre ses cicatrices, Se plaît sans cesse à les compter. L'esclave aussi qui sort de peine, Joyeux d'avoir sa liberté, Avec transport montre la chaîne D'une dure captivité.
J'aime à rappeler ma victoire; Et , sans vouloir même songer Si tu refuses de me croire, Mon cœur ne veut que s'alléger.
J'en parle et ne m'informe guère Si je suis approuvé de toi ; Si tu t'émeus ou non , bergère , Lorsque tu t'entretiens de moi.
Je ne laisse qu'un cœur volage , Et tu perds un cœur sans détour; Entre nous, qui doit davantage Se consoler de son amour?
Je sais qu'il n'est plus de modèle, Nice, d'un si fidèle amant, Et qu'une maîtresse infidèle Ne se trouve que trop souvent.